Apres La Chute
Lire le chapitre 6: — BELLECOMBE
Étienne l'invita à revenir quelque temps à Bellecombe-sur-Loire, le village de leur enfance.
Laurent accepta sans casquette ni lunettes noires.
Le village avait changé.
Des volets restaient fermés toute l'année. L'école avait fusionné avec celle d'une commune voisine. Les jeunes partaient à Tours, Orléans, Nantes ou Paris. Les anciens vivaient entre potagers, rendez-vous médicaux et visites de leurs enfants.
Étienne cultivait encore des légumes et entretenait une petite parcelle de saules osiers.
Un matin, Laurent rencontra Marcel Besson, quatre-vingt ans, qui revenait du bord de Loire avec trois oies.
« Tu reviens pour de bon ? » demanda Marcel.
« Je ne sais pas. »
« Tant mieux. Ceux qui disent “pour de bon” repartent souvent le mardi. »
Marcel avait une cataracte, une petite retraite et un fils qui travaillait dans un entrepôt à cent kilomètres.
« On n'est pas vraiment pauvres, dit-il. On est devenus inutiles. C'est pire. »
La phrase frappa Laurent.
Dans la grange d'Étienne, un vieux panier en osier attendait une réparation.
« Qui sait encore faire ça ? » demanda Laurent.
« Les vieux. »
« Combien ? »
« Assez pour te donner une mauvaise idée. »
Il était trop tard.
Laurent imaginait déjà paniers, luminaires, corbeilles, mobilier, séparations de restaurant, objets décoratifs et commandes hôtelières.
« On pourrait créer un atelier. »
Étienne gémit.
« Tu étais revenu te reposer. »
« Je me repose. C'est mon cerveau qui travaille. »
Le lendemain, Laurent avait un nom.
L'Atelier du Soleil.
Étienne n'avait toujours pas donné son accord.