La Condition du Comte
Lire le chapitre 34: The Misunderstanding
Le matin était encore gris quand Clara traversa le petit salon, un livre de comptes sous le bras. Elle avait espéré trouver Julian pour discuter des réparations de l'orangerie avant qu'il ne parte pour ses affaires. Mais la voix qu'elle entendit, filtrant par la porte entrouverte de son cabinet, n'était pas destinée à ses oreilles.
"—et je dois m'assurer que tout soit en ordre. Le contrat doit être rempli, Whitmore. Je ne peux pas me permettre d'échouer."
Clara s'arrêta net. Le cœur lui manqua. *Le contrat.* Il n'avait donc jamais cessé d'y penser. Tout ce qu'il avait fait — les gestes tendres, les regards appuyés, la promesse de ne jamais décider seul — n'était que la politesse d'un homme d'affaires méticuleux qui s'apprêtait à solder ses dettes.
Elle recula d'un pas, les doigts serrés sur la reliure de cuir. Elle entendit la voix de Whitmore, le clerc de Julian, répondre quelque chose qu'elle ne comprit pas. Puis Julian reprit, plus bas, avec cette intensité qui lui était propre lorsqu'il parlait de chiffres et d'échéances :
"—oui. Si tout se passe comme convenu, nous pourrons considérer l'affaire close d'ici la fin du mois."
L'affaire close. Voilà ce qu'elle était. Une affaire. Un arrangement temporaire, soigneusement négocié, mené à son terme avec la précision d'un avocat qui ne laissait rien au hasard.
Clara traversa le hall sans se souvenir d'avoir marché. Ses pas la portèrent jusqu'à la bibliothèque, où elle s'assit dans le fauteuil de son père, le regard vide. Elle avait cru — follement, naïvement — que les quinze jours de répit que Julian s'était accordés avant d'accepter son siège parlementaire étaient une concession à leur amour naissant. Qu'il avait besoin de temps pour comprendre ce qui se passait entre eux. Pour trouver les mots.
Mais non. Il avait besoin de temps pour préparer sa sortie.
Elle resta là longtemps, à regarder la pluie battre les vitres. Le parc qu'elle avait sauvé, les terres qu'elle avait arrachées aux créanciers, le domaine qui portait le nom de sa famille depuis des générations — tout cela était désormais assuré. Ashworth Park ne serait pas vendu. La lignée des Ashworth continuerait, grâce à l'argent de Julian, grâce à son intelligence, grâce à son sens du devoir.
Mais à quel prix ?
Elle serait libre, certes. La femme d'un vicomte ruiné, retirée dans la maison de douairière, à l'écart des regards. Julian reprendrait sa vie à Londres, sa carrière politique, ses ambitions. Peut-être épouserait-il une femme de son rang, une héritière du ton qui saurait tenir salon. Elle, on l'oublierait — ou on la plaindrait, selon les humeurs des commères.
Clara ferma les yeux. L'orgueil des Ashworth brûlait encore en elle, plus fort que la douleur.
*Je ne resterai pas là à attendre qu'il me congédie.*
À midi, elle fit demander sa femme de chambre.
« Préparez mes malles, Jenny. Je pars pour la maison de douairière aujourd'hui.
— Aujourd'hui, madame ? Mais... les draps ne sont pas aérés, et le toit de l'aile nord a besoin de réparations...
— Alors je m'en passerai. Prenez l'essentiel. Je ne vais pas loin.
— Mais... My lord sait-il ?
— Non. Et il n'a pas besoin de le savoir. Laissez une lettre sur mon secrétaire. Je la rédige à l'instant. »
Clara s'assit à son bureau et prit une plume. Les mots lui vinrent plus facilement qu'elle ne l'avait craint. Elle écrivit :
*Mon cher Julian — ou plutôt, mon cher lord Rothbury,*
*Ashworth Park est sauvé. La dette est payée, le domaine est entre de bonnes mains. Le but de notre arrangement a été rempli dans les moindres détails, et je ne doute pas que vous sachiez aussi bien que moi le moment où il convient de conclure ce qui avait été commencé.*
*Je me retire à la maison de douairière. C'est le lieu qui convient à une femme mariée dont le contrat touche à sa fin. Vous n'avez pas à vous inquiéter de ma situation : le revenu que vous m'avez assigné est généreux, et je saurai m'en contenter.*
*Vous avez été un partenaire loyal et scrupuleux. Pour cela, et pour avoir sauvé la terre de mes ancêtres, je vous dois une gratitude que je ne saurais exprimer par écrit.*
*Je vous prie de croire à ma considération distinguée,*
*Clara Ashworth*
Elle relut la lettre une fois, deux fois. C'était froid, précis — une lettre d'affaires pour terminer une affaire. C'était tout ce qu'il méritait.
Mais sa main trembla lorsqu'elle la cacheta.
À trois heures, la pluie avait cessé. La voiture attendait devant le perron, chargée de deux malles modestes et d'une malle de livres qu'elle n'avait pas eu le cœur de laisser derrière elle. Clara descendit l'escalier d'honneur, vêtue de son manteau de voyage gris, le buste droit.
Elle ne pleurerait pas. Les Ashworth ne pleuraient jamais.
Ce fut en traversant le grand salon qu'elle entendit un pas derrière elle. Elle se retourna, s'attendant à voir Jenny ou un domestique. Mais c'était Julian, en chemise, les manches roulées, une expression de confusion totale sur le visage.
« Clara ? Où allez-vous ?
— À la maison de douairière, répondit-elle d'une voix égale. J'ai laissé une lettre sur mon secrétaire. Vous y trouverez toutes les explications nécessaires.
— Quelle lettre ? Quelle explication ? » Il s'avança, mais elle ne recula pas. Elle releva le menton.
« Le contrat est rempli, Julian. Je vous l'accorde. Ashworth Park est sauvé, votre carrière est assurée, et il ne me reste plus qu'à reprendre ma place.
— Votre place ? Vous voulez dire... » Il secoua la tête, incrédule. « Clara, nos quinze jours ne sont pas terminés. Nous avions dit que nous déciderions ensemble...
— En effet. Et j'ai décidé. J'ai entendu votre conversation avec Whitmore, ce matin. Vous avez dit que le contrat devait être rempli. Que l'affaire serait close d'ici la fin du mois. Je n'ai pas besoin de vous entendre davantage.
— Whitmore ? Vous avez entendu... » Julian passa une main dans ses cheveux et rit — un rire court, presque amer. « Clara, ce n'était pas à propos de notre mariage. Whitmore est mon clerc pour l'affaire des créanciers d'Eastleigh. Je parlais du remboursement des dettes de Lady Eastleigh. Ce contrat-là.
— Peu importe. » Elle détourna le regard, les joues en feu. « Ce que vous avez dit, ce que vous vouliez dire — cela ne change rien à la réalité. Notre mariage était une transaction. Et les transactions ont une fin.
— Clara, écoutez-moi...
— Non. » Sa voix se brisa malgré elle, et elle le détesta pour cela. « Non, Julian. Je ne veux plus écouter des mots qui ne veulent rien dire. Vous avez été bon pour moi — meilleur que je ne le méritais. Mais je ne peux pas rester dans cette maison à vous regarder m'attendre comme on attend une échéance. C'est au-dessus de mes forces.
— Mais... j'avais des plans. J'avais des intentions.
— Des intentions ? » Son rire fut sans joie. « Oui, vous êtes un homme d'intentions. Vous les notez, vous les classez, vous les exécutez avec la précision d'un notaire. Mais moi, je ne suis pas un dossier. Je ne suis pas un acte à parapher. Je suis une femme, Julian, et je refuse d'être traitée comme une clause d'un contrat.
— Alors restez et laissez-moi vous prouver que...
— Non. » Elle descendit la dernière marche et tendit la main vers la portière que le cocher tenait déjà ouverte. « La maison de douairière est à vous, puisqu'elle est incluse dans votre achat d'Ashworth Park. Vous pourrez y habiter quand vous voudrez. Je n'en aurai pas besoin longtemps. »
Elle monta dans la voiture sans le regarder une dernière fois. La portière claqua. Le cocher retint ses chevaux.
Mais avant qu'il ne donne le signal du départ, Julian posa la main sur la fenêtre ouverte, les phalanges blanches.
« Clara, écoutez-moi très attentivement. Je ne vous laisserai pas faire ça. J'avais prévu de vous dire ceci ce soir, quand les choses seraient en ordre. J'ai déchiré le contrat ce matin, Clara. J'ai déchiré le contrat et j'ai jeté les morceaux dans le feu.
Clara se figea. Elle se tourna lentement vers lui. « Vous avez... quoi ?
— Vous avez entendu Whitmore parler de choses que je devais régler. Ce n'était pas notre mariage. C'était la liquidation des biens d'Eastleigh. Le contrat auquel je faisais référence était un accord de remboursement. Notre mariage... » Son regard plongea dans le sien, brûlant de sincérité. « Notre mariage n'a plus de papier, Clara. Il ne reste que ce que nous en avons fait — et je ne suis pas prêt à le laisser finir. Mais si vous partez maintenant, je comprendrai. Je vous aimais assez pour vous laisser choisir. »
Clara restait immobile, la main sur le rebord, partagée entre la colère et un espoir fou. La voiture était prête à partir. La lettre était écrite. Mais ses doigts ne lâchaient pas la portière.
« Vous avez déchiré le contrat ? » répéta-t-elle, comme pour s'assurer d'avoir bien entendu.
« Oui.
— Et que comptez-vous faire, sans contrat ?
— Ce que j'aurais dû faire depuis le début, répondit-il en s'approchant. Vous demander, non pas comme une clause à négocier, mais comme une femme à aimer. Clara, je n'ai pas brûlé le papier pour me libérer de vous. Je l'ai brûlé pour me libérer de la peur de vous perdre. »
Elle était sur le point de répondre — peut-être de descendre, peut-être de rester — quand un cavalier apparut au bout de l'allée, galopant dans la boue, agitant un pli au-dessus de sa tête.
« My lord ! » cria-t-il, essoufflé. « Message de Londres ! Le parti de Lady Eastleigh a riposté — ils ont trouvé un témoin qui jure que vous saviez que l'annulation était frauduleuse dès le début. Le tout Londres en parle. On vous accuse d'avoir comploté avec elle pour tromper la justice. »
Julian se tourna vers Clara. Elle vit le piège se refermer autour d'eux — et dans ses yeux, une détermination qu'elle ne lui avait jamais vue. Il tendit la main vers elle, sa main ouverte, comme un contrat sans petites lettres.
« Venez, dit-il. Si je dois affronter l'enfer, je ne le ferai pas seul. »
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