Un dirigeant du consortium félicita Marc lors d’une réunion officielle.
Trente ans de carrière internationale. Des projets difficiles. Des ouvrages majeurs. Une réputation d’homme qu’on appelait lorsque les autres n’y arrivaient plus.
Julien sentit monter une colère inattendue.
Le soir, il retrouva Marc près de l’entrée du tunnel.
— Vous regrettez ?
Marc comprit.
— Oui.
— Assez pour avoir fait autrement ?
Long silence.
— Je ne sais pas.
Julien rit sèchement.
— C’est pire.
— C’est vrai.
Marc ne se réfugia pas derrière de grands mots.
— Je crois encore que ces ouvrages sont utiles. Les gens vivent grâce aux routes, aux trains, à l’eau, à l’électricité. Mais j’ai utilisé cette vérité pour justifier des choix qui n’étaient pas obligatoires.
Julien ne répondit pas.
— Je me disais que ta mère comprenait. Qu’il y aurait toujours un prochain congé, une prochaine fin de chantier. Puis j’ai été fier, vexé, en colère. Le travail m’a permis de transformer ma fuite en vertu.
La phrase frappa Julien.
Il pensa à ses propres repas sautés, à ses appels manqués, à sa tendance à considérer la fatigue comme un défaut moral.
Il ressemblait plus à Marc qu’il ne voulait l’admettre.
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