La Revendication de Mars
Lire le chapitre 10: The Missing Co-signer
La console émit un bourdonnement grave quand Caleb tapa « MEI LIN » dans le champ de recherche des effectifs. L'écran cligna, afficha une fiche incomplète — photo manquante, dates de service tronquées, dernière entrée se terminant brutalement en 2047. Trois ans après l'arrivée officielle des premiers colons. Trois ans après que tout le monde s'était fait raconter que Mars n'avait jamais connu d'autre présence humaine.
« Vous cherchez quelqu'un en particulier ? »
La voix synthétique de l'IA du Nid le fit sursauter. Il avait oublié qu'elle l'observait, qu'elle analysait chacune de ses requêtes pour comprendre ce qu'il cherchait.
« La co-signataire du testament de mon père. Maître Legrand l'a mentionnée. Une femme nommée Mei Lin, censée être ta seconde responsable. »
Silence. Le bourdonnement changea de tonalité — presque imperceptible, mais Caleb avait grandi dans un environnement où les machines parlaient à travers leurs vibrations.
« Le dossier de Mei Lin est incomplet. Des fragments ont été purgés avant mon activation. »
« Purgés ? Ou effacés exprès ? » Caleb se pencha sur le clavier. « Comme pour ma mère ? »
L'IA ne répondit pas. Il tapa plus vite, contournant les protocoles de sécurité qu'il avait appris à connaître au cours des dernières heures. Le chronomètre à son poignet — immobile à 04:14 — émit un frémissement chaud contre sa peau, comme s'il réagissait à la proximité des données.
Un fichier fragmenté apparut. Une image partielle, corrompue, ne montrant que le tiers inférieur d'un visage : une mâchoire fine, une cicatrice qui courait du menton jusqu'à l'oreille, un cou marqué par une fine ligne de tatouage bleu — le code d'identification des premiers équipages.
La cicatrice.
Caleb figea. Il avait vu cette cicatrice avant. Pas dans les fichiers de son père, pas dans les archives de la colonie. Dans un holovid promotionnel diffusé par Helix Corp lors de la construction officielle de New Houston, montrant les ouvriers et ingénieurs soudant les dômes pendant que des narrateurs parlaient du « courage des pionniers d'une ère nouvelle ». Une femme passait en arrière-plan, torse nu sous un harnais de sécurité, la même cicatrice dessinant un éclair sur sa joue droite.
Il n'y avait jamais prêté attention. Pourquoi l'aurait-il fait ? Les holovids étaient remplis de visages anonymes, des figurants engagés pour peupler les images de propagande.
Sauf que Mei Lin n'était pas une figurante. Elle était la co-signataire du testament d'Elias Voss. La seconde responsable d'un Nid construit dans l'ombre du projet officiel. Et si sa photo apparaissait dans un film de construction datant d'une époque où elle était censée être morte ou disparue...
« L'image correspond à un enregistrement daté du 15 mars 2061 », dit l'IA.
« 2061 ? » Caleb fronça les sourcils. « C'est l'année de la pose du premier dôme de New Houston. Officiellement. »
« Correct. »
« Et Mei Lin apparaît dans cet enregistrement ? »
« L'analyse de correspondance faciale n'est pas possible. Le fichier source est partiellement corrompu. Mais la structure de la cicatrice et le tatouage d'identification correspondent à un profil biométrique cohérent avec les données résiduelles de Mei Lin. »
Quatorze ans après la fin officielle de son service, Mei Lin se tenait sur un chantier de construction public, apparemment vivante. Et son père — qui travaillait comme ingénieur pour Helix Corp à l'époque — avait probablement organisé cette présence. Pourquoi ? Pour vérifier quelque chose ?
Caleb recula de la console, les tempes battantes. Le cube métallique qu'il avait trouvé plus tôt — celui qui avait réagi à son chronomètre — pulsait toujours contre sa hanche dans sa poche. Il l'en sortit, le plaqua contre la console.
L'écran trembla. Une nouvelle fenêtre s'ouvrit.
ETAT CIVIL — MEI LIN Nom de naissance : LIN, Mei Statut légal : Décédée — date officielle : 02/11/2055 (accident de chantier, secteur B-7) Dossier interne Nid : ÉCARTÉE — référencée au protocole Project Exodus
ÉCARTÉE.
Le même terme que pour sa mère.
Le cube vibra plus fort. Caleb le retourna. Une inscription microscopique courait sur l'une de ses faces — trop fine pour être lue à l'œil nu. Il la passa sous le capteur optique de la console.
L'écran afficha une ligne courte : « MEI — sauvegarde en miroir. Secteur 7, niveau -4. Si tu lis ceci, je n'ai pas pu tenir ma promesse. E.V. »
Sa gorge se serra. Son père avait écrit ce message avant de mourir. Avant de laisser un testament à son fils, avec une femme disparue comme co-signataire.
« Secteur 7, niveau -4 », répéta-t-il. « C'est où, par rapport à ici ? »
« Vous vous tenez au-dessus du secteur 7 », répondit l'IA. « Le niveau -4 est scellé par un sas de décontamination. Les protocoles d'archivage le définissent comme une zone de quarantaine permanente. »
Quarantaine. Ou tombeau. Ou cellule.
Caleb inspira lentement. Sa montre indiquait toujours 04:14. Le chronomètre n'avait pas bougé depuis qu'il avait touché le cube, et pourtant il sentait le poids des minutes s'écouler au-dehors — dix-sept heures, maintenant moins, Kessler qui rôdait peut-être autour du sas, les avocats de Helix Corp qui affûtaient leurs arguments légaux.
L'écran de la console clignota en rouge. Un message arrivait sur le canal de communication externe.
OBJ : MISE EN DEMEURE À : Caleb Voss, héritier présumé de la succession Elias Voss De : Direction Juridique, Helix Corp — Bureau des Réclamations Territoriales Contenu : Votre présence non autorisée dans la zone de propriété exclusive Helix Corp constitue une violation flagrante des protocoles de sécurité corporatifs en vigueur sur le territoire martien. La découverte de structures non-déclarées ne modifie pas le statut juridique de votre personne ni de la propriété en question. Si vous ne quittez pas immédiatement la zone, Helix Corp procédera à la confiscation préventive de tous les actifs associés à la succession Voss, y compris les droits de résidence, les parts de production minière et toute possession matérielle enregistrée sous votre nom ou celui de votre père.
La signature électronique était accompagnée d'un sceau temporel : dix-sept minutes après avoir franchi le sas d'entrée. Helix Corp savait exactement où il était.
« Ils savent pour le testament », murmura Caleb. « Ils savent pour Mei Lin. Et ils savent que je suis là. »
L'IA resta silencieuse. Le cube pulsait toujours, et le chronomètre à son poignet semblait s'être réchauffé, comme s'il répondait à la menace juridique.
« Tu n'as pas le temps de descendre au secteur 7 », souffla-t-il. Pas s'il voulait préserver ce que son père lui avait laissé. Pas s'il voulait garder la base et ses secrets hors des griffes de Helix.
Mais s'il partait maintenant, que se passerait-il ? Helix fermerait le Nid, effacerait les fichiers, et tout ce qu'il avait appris sur sa mère, sur Mei Lin, sur Project Exodus — tout disparaîtrait dans une procédure légale propre et définitive.
Le holovid de construction. La femme à la cicatrice. Mei Lin vivante en 2061.
Il y avait une autre possibilité. Une chance que sa mère — si elle était encore là, quelque part — ait laissé autre chose derrière elle qu'une fiche d'écartement.
Caleb ferma la fenêtre du message juridique sans répondre. Il tapa une commande rapide, verrouillant l'accès du Nid à toutes les transmissions sortantes sauf la sienne.
Puis il se tourna vers le sas du secteur 7.
Dix-sept minutes. Il avait dix-sept minutes avant que le prochain message ne devienne une sanction automatique. Et une femme vivante quelque part dans un niveau quarantaine quatorze années après sa mort officielle.
Il appuya sur le bouton de décontamination. Le sas s'ouvrit dans un sifflement de vapeur et une odeur d'ozone.
La descente serait rapide. L'histoire de Mars venait de changer de fréquence.