L'Année des Ombres
Lire le chapitre 33: The Final Key
La bibliothèque sentait encore la poussière soulevée par la chute du portrait. Edward tenait la clé rouillée dans sa paume, celle que la servante spectrale lui avait montrée, et il la tournait entre ses doigts, cherchant une serrure qui n'existait pas sur les murs qu'il connaissait.
Il fit le tour de la pièce, effleurant les rayonnages du bout des doigts. Le portrait de Marie Leclair avait laissé une marque plus claire sur le mur, un rectangle de pierre nue où la poussière n'avait pas eu le temps de se redéposer. Edward s'arrêta devant cette surface vide. Il l'avait parcourue dix fois sans y penser, comme on ignore un trou dans une rangée de livres.
Mais cette fois, il posa la paume à plat contre la pierre. Elle était froide, plus froide que le reste du mur. Il appuya, d'abord doucement, puis avec plus de force. Rien. Il recula d'un pas, examina les joints entre les pierres. L'un d'eux, au niveau de son épaule, semblait plus profond, comme si le mortier avait été gratté.
Il glissa la clé dans cette rainure. Elle s'enfonça d'elle-même, aspirée par un mécanisme invisible, et un déclic sourd résonna dans le mur. Le rectangle de pierre pivota lentement vers l'intérieur, révélant une cavité qu'Edward n'avait jamais remarquée – pas même dans ses nuits de fouille méthodique.
L'intérieur était sombre, mais une seconde clé reposait là, sur un coussin de velours dévoré par les mites. Elle était plus petite que la première, plus ancienne, sa tige tordue comme un sarment de vigne gelé. Edward la prit. Elle était légère, presque sans poids, comme si le métal avait été vidé de sa substance. Sur le pavillon, gravées en lettres si fines qu'il fallait plisser les yeux pour les lire : *Ce qui fut clos doit être ouvert.*
Il retourna vers le couloir, la petite clé dans une main, l'autre dans sa poche, serrée autour de la grande. La tour ouest se dressait à l'extrémité du corridor, sa porte de chêne bardée de fer que le régisseur lui avait montrée le premier jour, en lui disant qu'elle avait été murée de l'intérieur depuis des générations. Il n'y avait jamais prêté attention – une porte condamnée ne s'ouvre pas.
Il glissa la petite clé dans la serrure. Elle tourna avec un grincement de métal qui n'avait pas servi depuis des siècles. La porte s'ouvrit.
Edward s'attendait à un escalier en colimaçon plongé dans les ténèbres, à des marches effondrées, à l'odeur de moisissure et de pierre humide. Au lieu de cela, la lumière l'aveugla. Un soleil pâle de fin d'après-midi entrait par de hautes fenêtres orientées à l'ouest, éclairant une pièce ronde, propre, presque accueillante.
Une table de lecture occupait le centre, sa surface polie par des mains qui n'avaient pas touché ce meuble depuis longtemps. Sur la table, un volume relié de cuir noir, sans titre ni dorure. Edward s'en approcha, le souffle court. Il ouvrit le livre.
Les premières pages étaient une liste de noms, écrits d'une main différente à chaque entrée. Il reconnut d'abord Antoine de Valombre, le portrait tombé dans la bibliothèque. Puis les autres, ceux dont il avait vu les visages dans la galerie, ceux qui avaient disparu année après année, siècle après siècle. Il les compta. Vingt-trois noms, de la première à la dernière victime.
Sous chaque nom, une ligne de commentaire, écrite dans une écriture différente – celle d'Henri de Valombre, reconnut Edward pour avoir passé des heures sur son journal. *Antoine, 1723 : il a refusé de comprendre. Auguste, 1751 : il a cru à un trésor. Louis, 1789 : il a pleuré. Charles, 1812 : il a voulu fuir, mais le château l'a retenu.* Et ainsi de suite jusqu'à la dernière entrée, un nom que le régisseur lui avait donné comme le plus récent : *Émile, 1901 : il a souri avant de descendre.*
Puis, au milieu du volume, une liasse de feuillets plus anciens, pliés en quatre, scellés d'un ruban de soie effiloché. Edward les déplia. L'écriture était celle du premier seigneur, Henri de Valombre – celle qu'il connaissait par cœur depuis des semaines.
*Je te tue, moi qui t'ai fait naître.*
La phrase occupait seule la première ligne. Edward relut. Plus bas : *Marguerite est venue me voir cette nuit-là. Elle m'a dit que son fils dormait au fond du château, dans le ventre de la terre. Elle souriait. Elle souriait toujours, Marguerite, même quand je la suppliais de me pardonner.*
Le feuillet trembla dans les mains d'Edward. Il lut la suite : *J'ai noyé son enfant dans le puits. Il avait trois ans. Je l'ai fait parce qu'il n'était pas le mien, parce que son père était un valet, parce que mon orgueil était plus grand que mon amour. Et quand j'ai compris ce que j'avais fait, j'ai voulu mourir. Mais la mort n'a pas voulu de moi. Le château a pris la haine de Marguerite et l'a faite sienne. Il l'a fait pour que je n'oublie jamais ce que j'avais commis. Mais il l'a fait en absorbant tous ceux qui portaient mon sang, un par un, afin que mon crime devienne leur héritage.*
Edward cessa de lire. Le mot qu'il cherchait n'était pas encore écrit, mais il le sentait monter des pages, comme la fumée d'un incendie souterrain. Il tourna les feuillets. La dernière ligne était plus courte, presque arrachée par la violence du geste : *Les héritiers ne disparaissent pas, Edward. Ils comprennent. Et quand ils comprennent, ils choisissent de rester dans l'ombre du château, incapables de revenir vers la lumière avec ce que je leur ai légué.*
En dessous, d'une encre plus fraîche, presque récente, une autre main avait ajouté deux mots qu'Edward mit plusieurs secondes à déchiffrer, tant l'écriture était déformée par la hâte ou la peur :
*Ils descendent.*
Le livre lui glissa des mains. Il frappa le sol de la tour avec un bruit sourd. Edward resta immobile, les bras le long du corps, la lumière de l'ouest qui baissait traversant maintenant les fenêtres à l'horizontale.
Dehors, le puits dans la cave était sec depuis la veille. Il avait cru que c'était la fin de la malédiction.
Le sol de la tour, sous ses pieds, semblait porter son poids d'une manière différente, comme si la pierre attendait qu'il fasse le lien.
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