L'Avocat Lié par Serment
Lire le chapitre 12: The Forsworn Month
Le réveil sonna à midi moins quatre, comme s’il pouvait encore arrêter le temps. Elias se jeta hors du lit, encore vêtu de la veille, sa chemise trempée d’une sueur froide qui n’avait rien à voir avec la température de son appartement londonien. La douleur dans sa poitrine pulse, une horloge fêlée qui battait à contretemps.
Il attrapa son téléphone. Trois appels manqués de Sam, le fils de Margery. Un message vocal, haché, paniqué : *« Monsieur Thorne, ma mère, elle… elle ne répond plus, elle a crié, et puis… »*
Elias décrocha en courant dans la rue, un taxi arrêté d’un geste qui ne lui ressemblait pas. Il donna l’adresse de Margery et fixa le tableau de bord. Le chronomètre du véhicule défilait en secondes volées.
Il arriva à treize minutes de retard, essoufflé, le cœur cognant contre la clôture magique qu’il portait en lui.
Sam l’attendait sur le palier, livide, des larmes sèches incrustées autour des yeux. Il ouvrit la porte sans un mot.
Margery était recroquevillée sur sa chaise de cuisine, mais elle était autre. Plus petite. Plus frêle. Les rides autour de ses yeux s’étaient creusées de dix ans en dix minutes. Ses mains, autrefois agiles, reposaient comme des oiseaux morts sur ses genoux.
— Elle a dit l’heure, murmura Sam. « Il est midi. » Et puis elle a gémi, et… elle a vieilli. D’un coup. Devant moi.
Margery leva des yeux troubles vers Elias. Ils étaient toujours lucides, mais voilés d’une fatigue que les heures ne suffisent pas à expliquer.
— Vous n’y pouvez rien, souffla-t-elle. Votre signature. Je sais.
Elias sentit la rage monter, liquide brûlant dans son œsophage. Vingt minutes plus tôt, il aurait pu… quoi ? Appeler un juge ? Invoquer une clause d’urgence ? Le registre du Covenant l’interdisait. Non seulement toute action en justice contre la Maison, mais *toute action légale*. Un mot assez large pour englober chaque formulaire, chaque assignation, chaque lettre d’avocat qu’il pourrait tracer.
— Vous avez mal ? demanda-t-il en s’agenouillant devant elle.
— Le mal est ailleurs, dit-elle. Il est à l’intérieur du temps. Celui qu’ils m’ont pris n’était pas à moi.
Elias resta avec eux. Il fit du thé. Il fallait un but à ses mains. Sam parlait, interminablement, de choses sans importance, comme s’il pouvait émailler le trou dans le compte de sa mère.
À quatorze heures, la douleur dans la poitrine d’Elias s’intensifia. Une crampe, un serrement, comme si un étau invisible tournait un cran supplémentaire. Il s’appuya au chambranle de la porte.
— Monsieur Thorne ?
— Ça va.
Un mensonge. Il consulta l’heure : sa montre à lui, l’ordinaire, celle qui s’était arrêtée la veille, indiquait toujours trois heures de l’après-midi. Mais celle de son père, à son poignet, disait dix-neuf heures passées. Un décalage de cinq heures en moins d’une journée réelle. Le temps qu’il lui restait brûlait plus vite que le monde autour.
Il quitta l’appartement sur une promesse vide— *je trouverai une autre voie*—et marcha sans but dans la ville, les mains dans les poches.
Les rues de Londres étaient indifférentes. Un homme robuste dans son identité de juriste, réduit à l’impuissance par une clause de trente jours glissée dans un registre qu’il n’avait pas lu. Qu’est-ce qu’un avocat sans la loi ?
Il s’arrêta devant une librairie juridique, vit les titres familiers—*Restitution, Contrats, Obligations*—et ressentit une nausée de reconnaissance. Toute sa vie avait été construite sur ces étagères, et un vieillard masqué avait éteint les lumières.
C’était là, devant la vitrine poussiéreuse, que l’idée le prit.
Il n’était pas un juge. Il était un homme.
Le clause 14 disait : *Durant une période de trente jours à compter de la signature, le signataire s’interdit toute démarche légale, toute action en justice, toute procédure contractuelle, toute communication officielle destinée à modifier, contester, éluder, ou autrement affecter les obligations d’une autre partie envers la Maison.*
Mais il n’y avait rien sur la conversation. Rien sur une visite. Rien sur un homme qui s’assoit à la table d’une femme âgée et prend des notes pour lui-même.
La loi n’est pas le seul côté. La voix de Prudence lui revint, chaque syllabe comme un coup de marteau sur une enclume invisible.
Elias ne pouvait pas plaider. Il ne pouvait pas écrire d’assignation. Il ne pouvait pas évoquer une juridiction, un tribunal, un arbitre.
Mais il pouvait parler à Margery. Il pouvait parler à chaque autre débiteur du Covenant s’il en trouvait les traces. Recueillir leur version, la chronique des promesses brisées, des signatures forcées, des vies bouffées par un contrat sans âme.
Ce n’était pas un dossier. Ce n’était pas un cas.
C’était une histoire.
Et les histoires, se dit-il en se remettant en marche d’un pas plus sûr, n’avaient jamais été soumises à une clause écrite par un registre volé.
Il rentra chez lui, ouvrit son ordinateur, et créa un fichier. Il l’appela simplement : *Témoignages*.
Puis il composa le numéro de Sam.
— Je veux que vous me racontiez tout, dit-il quand Sam répondit. L’histoire de votre mère. Depuis le début. Pas pour un tribunal. Pour moi. Mot à mot. J’ai trente jours à ne rien faire de légal. Autant qu’ils servent à autre chose qu’à perdre mon temps.
Il y eut un silence à l’autre bout de la ligne, puis la voix de Sam, hésitante mais ravivée d’une lueur :
— D’accord. Mais pourquoi ? Vous ne pouvez pas l’aider. Vous avez dit vous-même…
— Je n’ai pas dit que je ne pouvais pas l’écouter.
Il raccrocha, et le sentiment de retourner un échiquier sur une table interdite lui fit presque oublier la brûlure dans sa poitrine, la montre de son père qui avançait toujours plus vite, et la clause qui l’enfermait dans un mois de silence juridique.
Mais le silence n’était pas le mutisme.
Il avait encore sa voix.
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