L'Avocat Lié par Serment
Lire le chapitre 17: The Perilous Research
La salle des manuscrits de la British Library sentait le papier ancien, la poussière et le renfermé. Elias avait le nez plongé dans un folio relié de cuir craquelé, daté de 1742, quand Sarah poussa un petit cri étouffé de l'autre côté de la table de chêne.
— Elias. Il faut que tu voies ça.
Il releva la tête. Les lampes vertes des postes de lecture jetaient une lumière maladive sur ses traits tirés. Il n'avait pas dormi depuis la conversation avec Dorian, pas vraiment. La perception des clauses invisibles lui dévorait chaque instant : le contrat tacite du serveur qui lui avait vendu un café ce matin, la promesse conditionnelle du chauffeur de taxi, le bail implicite du bibliothécaire qui lui avait confié le registre. Des rubans de texte argenté flottaient devant ses yeux comme des toiles d'araignée.
Il traversa la salle à pas lents, contournant une table où un vieil universitaire somnolait sur un cartulaire, et se pencha par-dessus l'épaule de Sarah.
Son doigt ganté de coton blanc pointait une page de la *Chronique des Citées Liées*, un registre que Sarah avait exhumé de ses propres recherches aux archives municipales de York. La page était couverte d'une écriture dense et serrée, mais une note marginale, ajoutée d'une encre brune différente, avait été encadrée d'un trait méticuleux.
— Lis la marge. En bas.
Elias plissa les yeux. La note était en vieux français légèrement déformé, difficile à déchiffrer.
— « …et ainsi fut fait pour la ville de Carlise, dont le pacte fut retourné *void ab initio* par le tribunal des briseurs, en l'an mil sept cent soixante… »
Il s'interrompit. Sarah le regardait, les yeux brillants.
— *Void ab initio*. Nul dès l'origine. Ce n'est pas une dissolution — c'est une déclaration que le document n'a jamais eu de pouvoir. Comme si le pacte n'avait jamais existé.
— Il y a eu un tribunal des briseurs, murmura Elias. Des gens spécialisés dans… casser ces choses.
Il tourna la page avec une précaution extrême. La note continuait au verso, dans la même encre brune. Sarah déchiffra à voix haute, à mi-voix, pour ne pas troubler les autres lecteurs :
— « …et pour ce faire, il fallut que trois hommes libres, n'ayant nulle part au pacte, et un quatrième les tenant quittes, se réunissent en un lieu où la ville n'avait point de pouvoir. Car la rupture d'un tel lien ne se fait point par un seul, mais par le concours des volontés, comme l'effondrement d'un pilier n'est point l'affaire d'une seule pierre. »
Sa voix s'acheva sur un souffle. Le silence de la salle parut se refermer autour d'eux comme une eau trouble.
— Trois hommes libres, répéta Elias. Plus un quatrième qui les tient quittes. Un quorum.
Sarah hocha lentement la tête.
— Et il y a un précédent. Carlisle. Si elle a été libérée, pourquoi pas Londres ?
— Parce que Londres est plus grand. Plus vieux. Plus profondément lié, répondit-il. Mais le principe… si nous pouvions rassembler trois avocats qui n'ont aucune dette envers le Pacte, et quelqu'un qui les tienne quittes de toute autre obligation…
— Un juge, murmura Sarah. Ou un arbitre. Quelqu'un de reconnu.
Elias s'appuya au dossier de sa chaise, les yeux perdus sur les rayonnages qui montaient jusqu'au plafond voûté. Son esprit travaillait à toute allure, traçant des parallèles entre les vieilles formules et le droit moderne des contrats, quand un nouveau texte argenté apparut brusquement dans le coin de son champ de vision — flottant au-dessus de la table, entre leurs deux visages.
Il le lut machinalement. C'était le contrat tacite de cette consultation, la promesse implicite qu'aucune information ne sortirait de cette table sans autorisation. Une clause banale. Mais sous elle, en filigrane presque invisible, une seconde ligne s'écrivait d'elle-même à mesure qu'il la percevait :
*Nul document consulté en ce lieu ne peut être utilisé contre le Pacte de Londres.*
Elias blêmit.
— Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Sarah, alertée par son changement d'expression.
Il ne répondit pas tout de suite. Il fixait la clause fantôme, déchiffrant sa calligraphie mouvante. Elle ne venait pas du manuscrit de Carlisle. Elle venait de plus loin — du bâtiment lui-même, du contrat de construction de la British Library, modifié en secret et superposé à tous les documents qui y étaient consultés.
— La bibliothèque est liée, dit-il enfin d'une voix rauque. Le bâtiment est partie prenante du Pacte. Tout ce que nous lisons ici est contaminé.
Sarah suivit son regard, ne voyant rien. Elle fronça les sourcils.
— Alors c'est pour ça que la note de Carlisle était si difficile à trouver. Quelqu'un l'a laissée exprès, mais elle ne peut pas être utilisée en preuve.
— Pas en preuve légale, non, répondit-il. Mais ce n'est pas une preuve que je cherche. C'est une méthode.
Il se leva, emportant le folio avec lui avec une autorité silencieuse. Sarah le suivit, pressant le pas pour ne pas le perdre dans les allées du labyrinthe de rayons. Ils émergèrent dans le hall d'entrée de marbre blanc. La lumière du jour y tombait en cascade depuis le toit de verre, tiède et dorée.
Elias posa le folio sur un présentoir de consultation libre, ouvert à la page de la note marginale. Puis il sortit un carnet de sa poche intérieure et recopia la note entière, lettre par lettre, avec une lenteur appliquée. Quand il eut terminé, Sarah l'observa avec attention.
— Qu'est-ce que tu fais ?
— Le contrat de la bibliothèque interdit l'utilisation *du document*. Mais une copie manuscrite, faite hors de son aire de pouvoir ? Le hall est un espace public, ouvert à tous. Le bâtiment n'a pas de juridiction ici.
Il déchira la page de son carnet et la plia soigneusement. Le texte argenté de la clause d'interdiction — qu'il voyait encore flotter au-dessus de la porte intérieure — ne s'étendait pas jusqu'au seuil de verre. Il n'y avait pas de ruban au-dessus de leurs têtes dans le hall.
— Un tribunal des briseurs, dit-il à mi-voix. Trois avocats libres. Un quatrième qui les tient quittes. Et un lieu où la ville n'a pas de pouvoir.
Il leva les yeux vers le plafond de verre, vers le ciel pâle de Londres qui s'étendait au-dessus.
— Londres n'est pas la première. C'est une consolation.
Sarah posa une main sur son bras, brève, presque imperceptible.
— Ça veut dire que c'est possible. Qu'il y a un chemin.
— Et ça veut dire aussi, ajouta Elias en rangeant la page pliée dans sa poche intérieure, que quelqu'un le sait déjà. Quelqu'un l'a déjà fait, pour Carlisle. Et quelqu'un a caché cette note ici, dans un endroit où elle ne pouvait être trouvée que par quelqu'un qui cherche vraiment.
Il sortit son téléphone, consulta l'écran. Un message de Sam, envoyé vingt minutes plus tôt : *Cordelia est introuvable. La cérémonie est avancée à cette nuit. Le Notaire Blanc va se déplacer de lui-même.*
— Nous n'avons pas le temps de chercher trois avocats libres, dit-il. Cordelia va être liée cette nuit.
Sarah prit le folio des mains d'Elias et le remit à sa place sur le présentoir, comme si elle refermait un cercueil.
— Alors il faut l'en empêcher autrement.
Elias sentit le texte argenté du contrat de la bibliothèque frémir derrière lui, et sous ce texte, une autre ligne — claire, nette, insistante — qui se déroulait dans sa perception sans qu'il la cherche :
*Le Notaire Blanc signe au nom du vide.*
Il ne savait pas ce que cela signifiait. Mais il savait que ce n'était pas une clause ordinaire.
Il glissa la main dans sa poche, l'index posé sur la page pliée où dormait la méthode de Carlisle. Puis il sortit dans la lumière de Londres, vers une bataille qu'il ne savait pas encore comment livrer.
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