L'Avocat Lié par Serment
Lire le chapitre 31: The Trial of Augustus
La salle était minuscule. Trois rangées de bancs de bois noir, un plafond voûté si bas qu’Élias pouvait presque le toucher en levant la main, et une poussière centenaire qui dansait dans les rais de lumière tombant d’une lucarne grillagée. Pourtant, elle vibrait. Elle vibrait de contrats non tenus, de serments murmurés à voix basse, de sang versé sur du parchemin plutôt que sur le pavé. Le tribunal des mémoires n’avait pas accueilli de vivant depuis la reine Victoria.
Mérylène se tenait à la droite d’Élias, droite comme une lame, les doigts serrés sur un dossier vide. Elle ne portait plus sa robe de soie habituelle mais un tailleur sombre, presque funéraire. « Il viendra, dit-elle sans le regarder. Il ne peut pas refuser. Un covenantaire qui décline une audience du cœur perd tout droit de sire sur ses propres clauses. »
Élias acquiesça. La plume d’obsidienne pesait dans sa poche intérieure, froide comme un glas. Il ne l’avait pas utilisée depuis le retour du Royaume des Regrets. Chaque trace laissait une cicatrice sur ce qui lui restait de mémoire. Mais ce soir, peut-être, il n’aurait pas le choix.
La porte du fond s’ouvrit sans bruit.
Augustus entra comme on entre en scène. Costume trois pièces gris perle, cheveux argentés impeccablement plaqués, sourire carnassier affûté par deux siècles de mensonges. Il était suivi de deux Enforcers encapuchonnés – pas Dorian, nota Élias, avec un pincement de soulagement. Derrière eux, une cohorte de débiteurs entassés dans le couloir retenait son souffle.
« Mon cher avocat. » La voix d’Augustus roula comme un orage lointain. « En quel honneur cette mise en scène ? Vous auriez pu prendre un rendez-vous. Je vous aurais offert le thé. » Il s’assit sans y être invité en face de la longue table de chêne qui servait de barre. « Mais j’imagine que vos clients ont besoin de publicité. »
Élias ne mordit pas. Il ouvrit le registre poussiéreux posé devant lui et leva la paume. « En vertu du règlement 47, alinéa B, du Code des Hearings Souterrains, je convoque l’héritier présumé de la Maison Covenant à produire le Pacte fondateur, scellé dans sa chair, pour vérification d’authenticité de signature. »
Un silence.
Augustus éclata de rire – un rire franc, presque beau, qui fit vibrer les murs. « Le règlement 47 ? Miséricorde. Vous déterrez les morts de la procédure pour m’ennuyer, Thorne ? » Il se pencha, les coudes sur la table. « Le Pacte est inaltérable. Il est incrusté dans mon cœur depuis soixante ans. Chaque clause a été vérifiée par des notaires, des Keeper, des tribunaux entiers. Vous n’avez rien, sinon votre petit chagrin de fils et une plume volée. »
Mérylène s’avança d’un pas. « L’audience du cœur n’exige pas de preuve préalable. Seulement la présence de la partie concernée et la demande formelle de vérification. Vous êtes ici. La demande est faite. Présentez le Pacte. »
Un muscle tressaillit sous l’œil d’Augustus. Puis il sourit, et ouvrit sa veste. Sa chemise s’effaça d’un geste – pas de tissu déchiré, une simple révérence de la matière – et sa poitrine apparut, nue. Au centre, sous la peau translucide, battait un cœur de parchemin. Des lignes de texte minuscules, noir de jais, couraient le long des veines comme des araignées immobiles.
Élias sentit son propre cœur cogner contre ses côtes. C’était donc vrai. Le Pacte était là, battant en rythme avec chaque mensonge qu’Augustus avait propagé.
« Voyez, mesdames et messieurs les débiteurs invisibles dans le couloir. » Augustus tourna lentement, exhibant sa chair comme un trophée. « Le voilà. Le contrat des contrats. La source de tout pouvoir dans cette ville. Vous voulez vérifier la signature ? Approchez, Thorne. Lisez-la. »
Élias ne bougea pas. « Je ne vais pas l’approcher. » Il tira de sa poche une photographie journaleuse, cornée, jaunie – une copie du registre des fondateurs, retrouvée dans les archives brûlées de la Maison. « Voici la signature originale de John Covenant, premier signataire, datée du 11 octobre 1887. Observez la boucle du C, la barre du J, la pression de la plume. » Il la posa sur la table. « Et maintenant, Augustus, veuillez vous signer pour comparaison. Une simple feuille. Cela suffira. »
Un éclat de fureur traversa les yeux d’Augustus. « Ceci est une insulte. Mon nom n’a jamais été signé hors du Pacte. »
« Alors montrez-nous votre main. » Élias était calme, mais chaque mot était un coup de marteau. « Un Covenant écrit son nom chaque fois qu’il prête serment, même anodin. Écrivez-moi une note de remerciement pour votre thé. Un autographe. N’importe quoi. »
Le silence s’étira comme un élastique prêt à rompre.
Et alors, une voix s’éleva du fond de la salle. Une voix de femme, brisée mais claire, qui fit sursauter tout le monde y compris Élias.
« Il ne peut pas. »
Sarah Hartwell se tenait dans l’embrasure de la porte, flanquée de deux gardiens municipaux qui semblaient aussi surpris qu’elle. Elle était pâle, vêtue d’un manteau délavé, mais ses yeux brillaient d’une détermination inédite. Mérylène ouvrit la bouche ; Sarah l’interrompit d’un geste.
« Il ne peut pas écrire son nom, monsieur Thorne. Parce que son nom n’est pas Covenant. Je le sais. Je suis sa secrétaire juridique depuis vingt ans. J’ai organisé chaque signature, chaque document. Je l’ai vu contourner l’orthographe, utiliser des paraphes, des initiales, des tampons. Mais jamais une signature complète. Jamais. » Elle avança dans la salle, sous les murmures qui grossissaient. « J’ai cru que c’était une manie. Puis, il y a trois semaines, j’ai fouillé l’ancienne archive pour préparer un dossier. J’ai trouvé ceci. »
Elle posa sur la table une enveloppe bleue, scellée d’un cachet de cire noire – le sceau des Covenant. Augustus blêmit. Il fit un pas pour l’atteindre, mais deux Enforcers apparurent derrière lui, mains sur leurs épaules, l’immobilisant.
Sarah l’ouvrit. À l’intérieur, une lettre sur parchemin, signée d’une main déliée, magnifique. « Le testament de John Covenant, fils légitime, daté de 1954. Il y est écrit : “Je lègue la Maison à mon petit-fils par le sang, William Hartley, mon fils naturel reconnu. Si celui-ci refuse, la Maison reviendra à l’aîné de la lignée Hartley.” »
Elle leva des yeux troubles vers Augustus, dont le visage se décomposait en masque de craie. « Vous avez usurpé le nom. Vous avez acheté des témoins, brûlé des actes, tué peut-être pour effacer la trace de William. Mais je suis sa petite-fille. Et je porte son sang. »
La salle entière sembla se soulever. Une vibration sourde sous les pieds, un craquement ancien. Sur les murs, des lignes de contrats anciens – gravées dans la pierre – commencèrent à luire d’un noir phosphorescent, puis à se brouiller, comme si l’encre fondait.
Augustus poussa un cri étranglé et entrouvrit sa veste. Le parchemin dans sa poitrine était en train de se déchirer à un endroit précis. La signature. Là, à la base du document, là où sa main avait tracé un nom qui n’avait jamais été le sien, l’encre noire se fissurait, s’effritait, tombait en poussière dans le sang de cœur.
Le pouvoir quittait Augustus. On le voyait comme on voit fondre une bougie. Ses épaules s’affaissèrent, son visage se creusa, ses cheveux perdirent leur éclat d’argent feint.
« Ceci n’est pas fini, Thorne », gronda-t-il, mais sa voix avait perdu son tonnerre. Elle était humaine maintenant, cassée.
Dans la poche d’Élias, la plume d’obsidienne tourna d’elle-même, fraîche contre sa cuisse, comme une bête qui perçoit l’odeur du sang. Et sous le chêne de la table, les lettres incrustées du nom de la salle – *Forum Cordis* – changèrent d’un coup. Elles n’indiquaient plus un tribunal.
Elles indiquaient un tombeau.
Continuer gratuitement
Débloquer ce chapitre
Regardez une courte publicité pour débloquer ce chapitre.
Aucun paiement requis.