Le Dernier Trajet Avant Laube
Lire le chapitre 8: — LA VILLE FERMÉE
À dix heures, les bus s’arrêtèrent.
Les stations de métro fermèrent leurs grilles. La gare principale ne laissa entrer que les voyageurs autorisés. La préfecture demanda aux habitants de rester chez eux et interdit les déplacements non essentiels hors de la métropole.
Camille regarda le direct à la télévision.
Elle pensa à leurs parents.
Julien, lui, conduisait trois étudiants en dernière année de médecine vers le CHU. Ils avaient choisi de revenir à Belrive pour aider.
L’un d’eux, Théo Lambert, parlait sans arrêt quand il était nerveux.
— Ma mère pense que j’ai perdu la tête. Mon père trouve ça formidable. Ils ne se parlent plus depuis hier.
— Ils trouveront un autre sujet de dispute. Les familles sont très créatives.
Devant la gare, des centaines de personnes traînaient leurs valises en découvrant qu’elles ne partiraient pas. Une femme hurlait qu’elle devait rejoindre son père mourant. Un étudiant pleurait assis sur son sac.
Julien eut envie de les aider tous.
Il ne pouvait pas.
Ce fut sa première vraie leçon : le besoin était plus grand que n’importe quelle bonne volonté.
Pendant ce temps, Camille reçut la visite de Sophie, leur voisine du dessous. Son mari et son fils étaient partis quelques jours plus tôt pour un mariage familial hors de Belrive. Tous les deux venaient d’être hospitalisés avec de la fièvre.
Sophie ne pouvait plus les rejoindre.
Camille passa l’après-midi à appeler des numéros, à écrire à Élodie, à chercher un contact dans l’établissement où ils se trouvaient.
Elle obtint finalement la promesse d’un médecin : il se renseignerait.
Sophie pleura de soulagement.
Après son départ, Camille resta longtemps devant la porte fermée.
Elle comprit enfin pourquoi Julien avait fait demi-tour.