Le Gardien des Murailles
Lire le chapitre 24: The East Wing Revealed
L'orage s'était éloigné, mais le vent gémissait encore dans les couloirs de Castle Kintail comme un chœur dérangé. Eilidh tenait la lampe à pétrole, sa flamme vacillante projetant des ombres dansantes sur les murs de pierre nus. Hamish marchait à côté d'elle, une barre à mine sur l'épaule, le visage ravagé mais déterminé.
La porte de l'aile est avait été condamnée bien plus qu'ils ne l'avaient imaginé. Derrière la première porte de chêne, scellée par des planches grossières, se trouvait un mur de moellons récents, posé sans mortier de chaux traditionnel – du ciment moderne, songea Eilidh avec mépris professionnel. Quelqu'un avait voulu que cette pièce ne soit jamais retrouvée.
« Ça date des années soixante, » murmura-t-elle, passant ses doigts sur la surface rugueuse. « Pas d'origine. Ta famille a reconstruit ce mur il n'y a pas si longtemps. »
Hamish posa la barre à mine. Ses jointures blanchirent. « Mon père. Il parlait parfois de l'aile est comme d'un endroit maudit. »
« Il savait, alors. Il savait ce qu'il dissimulait. »
Le silence s'étira entre eux, lourd de tout ce qu'ils avaient échangé pendant l'orage. Hamish avait pleuré. Il s'était brisé devant elle, et cette image lui avait donné un vertige tout autre que la colère qui les avait opposés depuis leur rencontre.
« Aide-moi, » dit-il simplement.
Ils travaillèrent pendant vingt minutes, extrayant les pierres une à une. Le ciment cédait avec des craquements secs, la poussière s'accumulant sur leurs vêtements. Eilidh sentit ses muscles protester, mais elle ne ralentit pas. Le trou s'élargit peu à peu, révélant l'obscurité totale au-delà.
« J'aperçois quelque chose, » souffla Hamish.
Ils dégagèrent les dernières pierres, créant une ouverture suffisante pour passer. L'air qui en sortait était sec et froid, chargé d'une odeur de poussière ancienne, de cire, et d'un parfum floral – lavande, peut-être, ou rose séchée. Eilidh frissonna.
Hamish passa le premier, sa lampe haute. Eilidh le suivit de près, son cœur battant si fort qu'elle l'entendait dans sa poitrine.
La pièce était petite, intime, close comme une tombe. Une chambre féminine, préservée dans l'obscurité depuis des décennies – non, des siècles. Eilidh promena sa lampe autour d'elle, les yeux s'écarquillant.
Un lit à baldaquin en chêne sculpté, ses rideaux de brocart vert effrangés mais encore teintés de couleur. Un fauteuil près de la cheminée éteinte, un ouvrage de broderie abandonné sur l'accoudoir, l'aiguille encore plantée dans le tissu. Un secrétaire en acajou, son plateau couvert d'encriers desséchés et de plumes d'oie qui tombaient en poussière.
Et sur la cheminée, une miniature dans un cadre d'argent.
Hamish la saisit avant qu'Eilidh ne puisse l'en empêcher, soufflant sur la poussière. La lumière révéla un visage féminin – des yeux sombres et perçants, un menton volontaire, des boucles brunes encadrant un visage d'une beauté saisissante. Sa bouche esquissait un sourire à peine perceptible, comme si elle connaissait un secret qu'elle n'était pas disposée à partager.
« Finella, » dit Eilidh, le nom sortant comme un souffle.
Hamish fixait le portrait, une expression complexe sur le visage. « Elle ressemble à ma mère, » murmura-t-il. Puis, se reprenant : « Non. Ma mère lui ressemblait. »
Eilidh s'approcha du secrétaire. Le plateau était couvert de poussière, mais un objet attira son regard – un petit carnet de cuir, ses pages gondolées par l'humidité. Elle le souleva avec précaution, mais la reliure craqua, et plusieurs pages se détachèrent.
« Ne touche pas trop, » dit Hamish, soudain protecteur. « C'est un site de fouilles, maintenant. »
« C'était sa vie avant d'être un site de fouilles. »
Le silence retomba. Eilidh ouvrit le carnet au hasard, mais l'encre était délavée, presque illisible. Une phrase émergeait pourtant, comme un fantôme : "…que ces murs témoignent de l'injustice qui m'est faite…"
Les mots de la servante lui revinrent. *Les murs garderont ma voix.*
« Elle a écrit ici, » dit-elle d'une voix étranglée. « Elle a écrit ses craintes, ici même. » Elle regarda autour d'elle, soudain oppressée. La pièce était si petite, si fermée. « C'est ici qu'elle est restée avant qu'on l'emmène à l'asile. Ils l'ont gardée prisonnière dans sa propre chambre. »
Hamish ne répondit pas. Il s'était déplacé vers le lit, sa main effleurant les rideaux fanés. Quand il se retourna, ses yeux étaient humides.
« Je n'ai jamais rien vu d'aussi… triste, » dit-il. « Cette pièce est une tombe. »
Eilidh sentit une boule se former dans sa gorge. Elle s'approcha de lui, sans savoir quoi dire. Tout ce qu'elle avait ressenti pour cet homme – colère, méfiance, désir, exaspération – s'était dissipé, laissant place à autre chose. Une forme d'intimité étrange, tissée de secrets partagés et de fautes avouées.
« Regarde, » dit-elle, désignant le coin de la pièce.
Une malle en cuir était posée contre le mur, et au-dessus d'elle, une boîte en fer, noire de suie, avec un cadenas élaboré. Elle ressemblait à un coffre-fort miniature, ornée d'un motif de chardon écossais.
Hamish la souleva, grimaçant sous le poids. « Elle est lourde. » Il la posa sur le lit, secouant la poussière qui s'en éleva. « Mais elle est vide. »
« Elle est fermée, » corrigea Eilidh. « Ce n'est pas la même chose. »
Le cadenas était intact, pas rouillé – quelqu'un l'avait huilé, entretenu. Eilidh s'en approcha, ses doigts effleurant le métal froid. Une clé était encore dans la serrure. Elle n'avait pas été retirée.
« Elle a fermé sa boîte, » murmura-t-elle, « et elle n'est jamais revenue pour l'ouvrir. Elle a laissé la clé dedans, comme si… comme si elle avait l'intention de revenir. »
Hamish déglutit. « Qu'attendons-nous ? »
Eilidh regarda la clé, puis le visage de Hamish, puis la boîte de fer. Le portrait de Finella semblait l'observer depuis la cheminée, son sourire énigmatique presque encourageant.
Le château entier semblait retenir son souffle.
Eilidh posa sa main sur la clé. Le métal était froid contre sa peau, et pourtant elle sentit une chaleur étrange monter le long de son bras, comme si la boîte elle-même reconnaissait qu'elle était enfin arrivée.
Elle tourna la clé.
Le mécanisme céda avec un clic sec, si sonore dans le silence de la pièce qu'ils sursautèrent tous les deux.
Le couvercle s'ouvrit sur les ténèbres.
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