Le Portrait Caché
Lire le chapitre 27: The Confrontation
Le souffle de Claire se figea. La silhouette de Laurent Perrin se découpait dans l'embrasure du jardin, pâle sous la lune, mais son bras était parfaitement stable. Le canon d'un pistolet noir visait le centre de sa poitrine.
« Pose le carnet, Claire. Lentement. Et toi, Marc... » Sa voix n'avait rien de menaçant. Elle était pire : calme, presque douce. « Tu ne bouges plus. »
Marc leva les mains, mais ses yeux balayèrent le terrain, cherchant une issue. Claire sentit le cuir du journal contre ses doigts. Elle serra plus fort.
« Vous saviez », dit-elle, et sa voix trembla moins qu'elle ne l'aurait cru. « Vous saviez qu'il était là. »
« Depuis le début. » Laurent fit un pas. Ses cheveux gris brillaient comme de l'argent filé. « Elodie croyait que sa petite cachette resterait secrète. Mais mon père m'a tout appris de cette famille. Chaque recoin, chaque mensonge, chaque tombe. »
« Elle n'est pas morte de maladie, n'est-ce pas ? » Claire avança d'un demi-pas. Le gravier crissa. « Vous l'avez tuée. Vous et Auguste. »
Laurent inclina la tête, comme un professeur devant une élève brillante. « Elodie avait découvert les comptes offshore de la fondation. Elle menaçait de tout révéler, de ruiner le nom des Perrin. Auguste ne pouvait pas le permettre. Alors on l'a enfermée, on l'a fait taire, et on l'a envoyée à Buenos Aires où un médecin complaisant a signé un certificat de pneumonie. » Il haussa une épaule. « C'était il y a quarante ans. Personne n'a posé de questions. »
« Sauf moi. » La voix de Marc fendit l'air. « Sauf que je sais que ta mère a payé pour ce secret. »
Le visage de Laurent se durcit. Le pistolet trembla d'un millimètre. « Ta mère était une femme cupide qui a voulu faire chanter mon père. Elle a eu ce qu'elle méritait. »
Marc bougea avant que Claire ne puisse le retenir. Sa main s'abattit sur le poignet de Laurent, non pas pour saisir l'arme, mais pour la dévier. Le coup partit, un éclair blanc qui creusa la terre à vingt centimètres du pied de Claire. La douleur de l'impact traversa le sol. Marc pivota, son coude heurtant la mâchoire de Laurent qui lâcha le pistolet d'un réflexe. L'arme tomba dans les rosiers avec un bruit sourd.
Claire bondit. Mais Laurent fut plus rapide. Sa main jaillit, attrapa son poignet, la tira contre lui. Son autre bras se referma autour de sa gorge, pas assez fort pour étouffer, mais suffisant pour la maintenir. Elle sentit son souffle chaud contre son oreille.
« Lâche le journal ou je lui brise le cou. »
Marc, à genoux près des roses, se figea. Le sang coulait de sa lèvre fendue. Ses yeux passèrent de Laurent à Claire, un calcul muet et douloureux.
Elle baissa les yeux sur le carnet dans sa main. La couverture usée portait l'empreinte d'une vie entière de secrets. L'écriture d'Elodie, les preuves, la vérité que deux générations lui avaient volée.
« Si vous me tuez », dit Claire, et sa voix était presque douce, « vous ne saurez pas où sont les copies. »
« Les copies ? »
Elle sourit. C'était un pari. Mais son instinct lui dit qu'il mordrait à l'hameçon. « Vous croyiez que je venais seule ? J'ai tout envoyé à Leblanc. Si je ne réapparais pas ce soir, le dossier atterrit sur le bureau du procureur. »
Laurent resserra son bras. Claire sentit le sang battre sous sa peau, sa vision se brouiller une seconde.
« Tu bluffs. »
« Vous êtes sûr ? » Le défi lui brûlait la gorge. « Votre disparition a duré quinze ans. Comment pensez-vous que j'ai retrouvé votre trace ? »
Quelque chose vacilla dans les yeux de Laurent. Une ombre ancienne. Le doute. Sa prise se relâcha d'un cheveu, et Claire en profita pour enfoncer son coude dans ses côtes. Il grogna, la lâcha.
Elle fit un pas, deux, mais il la rattrapa, la plaquant contre le mur de pierre du jardin. Sa main remonta vers sa gorge.
« Vous allez regretter — »
Les lumières les aveuglèrent. Trois projecteurs s'allumèrent d'un coup, transformant la nuit en plein jour. Des voix hurlèrent en français, des ordres secs et précis.
« Police ! Lâchez-la ! Les mains en l'air ! »
Laurent cligna des yeux, désorienté. Ses doigts relâchèrent Claire. Elle glissa contre le mur, les genoux dans la terre, haletante. Des hommes en uniforme convergeaient de toutes parts, leurs armes pointées sur Laurent Perrin, qui leva lentement les mains. Quelque chose dans son expression se brisa — non pas la panique, mais la défaite d'un homme qui avait tout contrôlé, tout orchestré, qui avait même choisi l'heure de sa propre mort, et qui découvrait qu'on avait suivi son scénario pour lui.
Marc se releva, le pistolet de Laurent dans sa main. Il le tendit à l'officier qui approchait.
« Enregistrement », dit-il en montrant son téléphone. « Il a tout avoué. »
Claire chercha le journal dans l'herbe. Ses doigts rencontrèrent le cuir encore tiède. Elle le pressa contre sa poitrine et regarda Laurent Perrin se faire passer les menottes, son visage de marbre fissuré par un dernier regard. Il ne la regardait pas, elle. Il regardait Marc.
« Tu leur ressembles plus que tu ne le crois. »
Marc ne répondit pas. Il tendit la main à Claire. Elle la prit. Leurs paumes étaient moites, tremblantes, mais jointes, elles tenaient ferme.
Sous les projecteurs, le jardin des Perrin ressemblait à un théâtre vidé. La fosse d'Elodie était encore ouverte, sa vérité exposée à la lumière. Claire pensa à sa grand-mère, à sa mère, à la lettre qu'elle n'avait jamais pu lire.
C'était enfin fini. Ou peut-être que tout ne faisait que commencer.
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