Le Portrait Caché
Lire le chapitre 35: The New Beginning
Le soleil de septembre glissait entre les persiennes de l'appartement de Marc, dessinant des raies dorées sur le parquet. Claire était assise en tailleur sur le canapé, une tasse de café tiède entre les mains, encore engourdie par la nuit blanche qu'elle avait passée à restaurer les bords effrités du portrait d'Élodie.
Marc sortit de la cuisine, s'essuyant les mains sur un torchon. Il s'arrêta devant elle, et quelque chose dans son expression la fit lever les yeux.
— J'ai quelque chose à te demander, dit-il.
Claire posa sa tasse. Son cœur fit un petit bond désordonné. La dernière fois qu'un homme avait commencé une phrase comme ça, c'était son ex, pour lui annoncer qu'il partait à New York sans elle.
Marc s'accroupit devant elle, prenant ses mains dans les siennes.
— Je sais que les six derniers mois ont été... intenses. L'enquête, le portrait, les Vergers, les expositions. Mais ce n'est pas ce que je veux. Ce n'est pas seulement le mystère qui m'attire chez toi, Claire.
Elle détourna le regard, fixant la bibliothèque pleine de livres d'art.
— On s'est connus autour d'un cadavre dans une toile, Marc. Comment je peux être sûre que tu ne tombes pas amoureux de l'enquête, pas de moi ?
Il resta silencieux un instant. Puis il plongea la main dans sa poche et en sortit un petit écrin de velours bleu, usé aux coins. Il l'ouvrit.
L'intérieur contenait un médaillon d'argent ovale, finement ciselé. À l'intérieur, une photographie sépia d'une jeune femme.
Sa mère.
— Léa, dit-il doucement. Je l'ai trouvée chez un antiquaire de la rue des Rosiers. Le type m'a dit qu'elle venait d'une vente aux enchères à Tours. Coïncidence ? Je ne crois pas.
Claire porta le médaillon à sa poitrine, les doigts tremblants.
— Comment as-tu su que c'était elle ?
— Tu as la même fossette au menton. Et le même regard. Celui que tu as quand tu décides de ne pas lâcher prise.
Elle rit, un petit rire mouillé. Marc se releva, l'attirant à lui.
— Je ne te demande pas de décider aujourd'hui. Mais je veux que tu saches : je suis là, même quand il n'y a plus de mystère. Même quand tout est résolu et qu'il ne reste que nous deux.
Claire enfila le médaillon autour de son cou. Le métal était frais contre sa peau, mais il semblait s'y habituer vite. Elle leva les yeux vers lui.
— Marc, je...
Le téléphone sonna. Les deux sursautèrent. Claire attrapa son portable, vit le nom sur l'écran : *Geneviève Laurent*.
— Geneviève ? Pourquoi m'appelle-t-elle à cette heure ?
— Ta collègue du Louvre ?
— Oui. Elle devait m'appeler pour la caisse du portrait. Je décroche.
Elle appuya sur le bouton vert.
— Gen ? Un problème avec le transport ?
— Pas de transport, Claire. C'est autre chose.
La voix de Geneviève était tendue. Claire échangea un regard avec Marc.
— Quoi ?
— J'ai reçu un appel, il y a dix minutes. Une femme s'est présentée comme la sœur adoptive de ta mère. Elle a vu l'interview que tu as donnée après la vente aux enchères. Elle veut te rencontrer.
Claire sentit sa main se crisper sur le téléphone.
— Ma mère n'a jamais eu de famille adoptive. Elle est arrivée à Tours à douze ans, elle a grandi à l'orphelinat jusqu'à sa majorité.
— C'est ce que je lui ai dit. Elle m'a répondu que c'étaient les archives qui racontaient ça. La réalité était différente. Elle m'a demandé de te transmettre un message.
Un léger bourdonnement d'angoisse parcourut les épaules de Claire.
— Quel message ?
— Elle a dit : « La petite qui souriait aux oiseaux, celle qu'on appelait Lili, était l'enfant de ma sœur. Elle vient de la rivière, mais elle nous appartenait. »
Claire resta figée, le médaillon entre ses doigts.
— Lili, murmura-t-elle. Ma mère s'appelait Léa, mais Élodie avait l'habitude de l'appeler...
— Lili, termina Geneviève. Précisément. Cette femme prétend avoir reconnu ta mère dans la description de ton interview. Elle vit à Dijon. Elle veut te voir là-bas, pas à Paris.
Marc s'était rapproché, une ride entre les sourcils.
— Qu'est-ce que ça veut dire, « vient de la rivière » ?
Claire secoua la tête, brusquement plus claire qu'elle ne l'avait été depuis des semaines.
— Je vais y aller. À Dijon.
— Maintenant ? Tu as l'installation de l'exposition dans douze heures.
— L'exposition, je m'en occupe ce soir. Mais cette femme...
Elle regarda le médaillon.
— Cette femme connaissait le surnom de ma mère. Le seul mot que mon père n'avait jamais prononcé devant moi parce qu'il le craignait. Personne dehors ne pouvait le savoir, sauf si elle disait vrai.
— Et si c'était un piège ? Tu as mis la moitié de la famille Verger en prison.
— Le notaire de Tours m'a dit la même chose la semaine dernière quand je l'ai appelé pour la fondation. Il m'a dit que certaines portes s'ouvrent seulement quand on est prêt à marcher. Je crois qu'il avait raison.
Elle se leva, enfila sa veste. Le médaillon glissa contre sa clavicule, léger comme une promesse.
— À Dijon, alors, dit Marc en attrapant ses clés. Mais pas sans moi.
— Tu as ton travail.
— Mon travail peut attendre. Toi, non.
Claire marqua une pause, la main sur la poignée. Elle se retourna, le dévisagea, le soleil dans le dos.
— Pourquoi tu fais ça ?
Marc sourit, ce sourire en biais qu'elle connaissait depuis Huysmans, depuis la salle de restauration, depuis le premier coup de scalpel donné dans la peinture obscure de Julien Perrault.
— Parce que je t'aime. Pas la trace d'un secret caché sous une toile. Toi. La femme qui devient brillante quand elle parle de pigments et qui pleure en silence devant une photo de sa mère. Celle-là. Toujours celle-là.
Claire ouvrit la porte, le soleil l'éblouit un instant. Derrière elle, Marc la suivit sans hésiter.
Dans sa poche, son téléphone vibra. Un message de Geneviève :
*Réf. portraitVerger_1958_installation OK. Mais un détail bizarre : sur l'étiquette provisoire, quelqu'un a ajouté une note à la main : « Dites-lui que la rivière coule dans les deux sens. » Je n'y comprends rien.*
Claire lut le message, prit une longue inspiration. Le médaillon pulsait doucement contre sa poitrine, comme un second cœur.
— Dijon, dit-elle. Et après, on ira voir ce que cette rivière veut dire.
Elle se tourna vers Marc, un sourire neuf aux lèvres. Pas le sourire de l'enquêtrice, ni celui de la restauratrice. Le sien. Enfin.
— Commençons par le commencement, alors.
Ils descendirent l'escalier, la lumière du matin à leurs trousses.
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