Le Registre du Faiseur de Guillotines
Lire le chapitre 23: The Prison Rescue
La pluie fouettait les pavés lorsque Étienne atteignit la grille de la Conciergerie. Il avait troqué sa veste de charpentier contre une cape sombre de la couleur des murs, et le garde qu'il avait soudoyé—un déserteur nommé Marat, ironie du sort—l'attendait sous l'arcade, la lanterne basse.
« Vous avez l'argent ? » demanda Marat, les yeux plissés.
Étienne glissa une bourse de livres dans la paume du garde. « Et vous avez la clé ? »
Marat la sortit de sa poche, une lourde clé de fer forgé, semblable à celle qui lui avait ouvert le dépôt sous la Seine. Il la lui tendit, mais ne la lâcha pas tout de suite. « On m'a dit qu'il y avait un homme qui posait des questions, un charpentier qui construisait des veuves. On m'a dit qu'on le cherchait, ce charpentier. »
« On cherche beaucoup de monde par les temps qui courent. »
Le garde sourit, dents jaunes éclairées par la lanterne. « C'est bien pour ça que je prends votre argent, camarade. Je préfère pêcher dans les deux rivières. »
Ils descendirent l'escalier taillé dans la pierre, l'humidité des siècles leur collant aux os. La Conciergerie était un labyrinthe conçu pour désorienter, chaque couloir identique au précédent, chaque porte semblable à celle d'à côté. Mais Étienne avait construit des échafauds, pas seulement à la Place de la Révolution—il avait aussi façonné les charpentes du Palais de Justice avant la mort du roi, quand le travail légal rapportait moins mais pesait plus léger sur l'âme.
Il connaissait les souterrains. Il en connaissait les failles.
« Les cellules du niveau inférieur, celles qui servaient aux débiteurs, » murmura-t-il. « Elles ont un accès par les anciennes latrines. Il y a un passage que j'ai rebouché moi-même, il y a trois ans, pour le compte du juge d'instruction. »
Marat s'arrêta net. « Le passage rebouché ? Marie, mère de Dieu. C'est de la folie. C'est scellé. On ne rebouche pas un passage avec de la langue. »
« Je l'ai rebouché avec du bois et de la paille, faute de mortier à l'époque. Le temps a fait son œuvre. Le bois sèche, se fend. On peut le défoncer à la main. »
Le garde essuya la sueur de son front d'un revers de paume. « Vous êtes vraiment charpentier, hein ? »
« Je construis des choses. Parfois je les déconstruis. »
Ils arrivèrent au bas des marches. Les cellules s'étendaient en enfilade, des ombres dans des ombres, le seul bruit le goutte-à-goutte de l'eau suintant des voûtes. Un cri étouffé monta quelque part au loin, puis rien. Étienne ne ralentit pas.
« La cellule 47, dit Marat à voix basse. Celle du fond, à gauche. Elle est seule à l'intérieur. Une femme. Elle est vivante, si c'est ce que vous voulez savoir. »
« On l'a interrogée ? »
Le garde détourna le regard. « Je fais les rondes. Je ne regarde pas ce qui se passe derrière les portes. »
La colère monta chez Étienne, brûlante comme la chaux. Mais il la ravala. La colère faisait du bruit, et le bruit attirait les oreilles qui ne devaient pas l'entendre.
« Ouvrez-moi la porte. »
« Ah, non. Moi, je reste ici. Si les choses vont mal, je connais le chemin pour remonter. Vous, vous discuteriez avec le tribunal de la Révolution plus vite que vous ne pouvez cligner des yeux. »
Étienne prit la clé que Marat lui présentait enfin. Fer forgé, massif, avec une tige épaisse de trois doigts. Il la glissa dans la serrure et tourna.
Le mécanisme résista un instant, puis céda avec un claquement sourd qui résonna dans le couloir comme un coup de pistolet. Ils attendirent tous les deux, retenant leur souffle. Rien ne vint.
Il poussa la porte.
Claire était assise dans le coin, adossée au mur de pierre, les genoux ramenés contre la poitrine. Son visage était marbré de contusions, sa chemise déchirée à l'épaule. Mais ses yeux s'ouvrirent, et quand elle vit Étienne, elle ne pleura pas.
« Tu as mis le temps, » dit-elle. Sa voix était rauque, cassée.
« J'ai dû passer prendre une clé. »
Elle se leva, chancelante, et il la rattrapa par le bras. Elle sentait la paille, le moisi, la peur. Il n'y avait pas de temps pour les réconforts. Pas ici.
« Ils ont pris la carte ? » demanda-t-il.
Claire secoua la tête. « Je l'ai copiée de mémoire sur la doublure de mon corsage. L'originale, ils l'ont. Mais je connais la route par cœur. Chaque étape. Chaque détour. » Elle marqua une pause. « Et ils n'ont pas pris ceci. »
Elle tira de sa manche un petit morceau de plomb plié, écrasé entre ses doigts. Elle le déplia avec soin pour révéler une empreinte grossière — un sceau inversé, imprimé dans le métal malléable.
« Qu'est-ce que c'est ? »
« Le sceau du cachet qui scellait mes ordres d'incarcération. Ceux qui m'ont enfermée ici papiers signés d'une main qui voulait rester propre. J'ai volé l'empreinte pendant qu'ils me fouillaient. Je faisais semblant de succomber. » Elle lui jeta un regard en coin. « Ils ont cru que je pouvais être intimidée. »
Étienne plissa les yeux dans la pénombre, examinant la forme. Un renard. La gueule entrouverte par un rire figé dans le métal, ou une morsure. Il n'aurait su dire.
« Le Renard, » dit-il à voix basse. « Signé de sa propre main. »
« Le dessous du sceau est le plus intéressant, » précisa Claire. « Regarde les lettres en périphérie : ce ne sont pas des initiales, mais des fractions. Des dates. Chaque lettre d'un nom, chaque fraction d'une date de condamnation. »
« Un code. Encore un code. »
« Tous les codes mènent à quelque chose, Étienne. C'est bien pour ça que le ministère les emploie. »
Le bruit de bottes résonna soudain dans le corridor. Des pas lourds, nombreux, pressés. Marat se retourna vers l'escalier, le visage devenu blême.
« Ils passent la nuit plus tôt que prévu. Trois hommes au moins. Vous avez trente secondes, peut-être moins. »
Étienne saisit Claire par la main. « Le passage. Vite. »
Ils sortirent de la cellule et longèrent le mur du fond, là où la pierre devenait plus tendre, plus imprégnée d'humidité. Il trouva du premier coup les traces de ses propres travaux—les chevilles de bois qu'il avait enfoncées dans les joints trois ans plus tôt, à présent gonflées et fendues.
Il donna un coup d'épaule. Le bois céda avec un gémissement, puis en un éclatement qui les fit tous sursauter. S'ouvrait devant eux un boyau noir, obstrué de chaux et de terre effondrée, mais ouvert. Le passage d'une vieille canalisation romaine.
« On dirait une tombe, » murmura Claire.
« C'en était peut-être une. Viens. »
Les bottes martelaient les dalles maintenant. Étienne se glissa dans le tunnel, Claire derrière lui. Ils se faufilèrent à tâtons, la boue glacée leur montant aux chevilles, puis aux genoux. Derrière eux, des voix s'élevaient, suivies de jurons, puis la détonation sèche d'un pistolet tiré dans l'obscurité. La balle ricocha sur la pierre à quelques pouces de leur tête.
Étienne poussa Claire devant lui. « Cours. Ne t'arrête pas. »
Ils coururent dans le noir, les mains contre les parois pour se guider, les poumons en feu, l'eau et la terre leur fouettant le visage. Puis l'air devint plus frais, plus salé, et une lumière grise apparut : l'embouchure du tunnel donnant sur la Seine, masquée par les racines d'un vieux saule pleureur.
Ils s'effondrèrent sur la rive boueuse, haletants, couverts de vase. Claire cracha une gorgée d'eau noire et se tourna vers lui.
« Et maintenant ? »
Étienne leva les yeux vers les toits de la capitale, la masse sombre des bâtiments de la République. Quelque part dans tout cela se trouvait l'homme qui signait ses ordres d'un renard, qui déplaçait de l'or, qui faisait monter des innocents sur son échafaud.
« Maintenant, nous frappons le repaire. »
Elle le regarda, une lueur nouvelle dans les yeux. « Toi et moi ? »
« J'ai besoin de quelqu'un qui sache lire les codes. Et toi, tu as besoin de quelqu'un qui sache construire les armes que nous utiliserons. » Il l'aida à se relever. Le poids du temps, de la peur et des morts qui s'accumulaient pesait sur ses épaules. « Et j'ai besoin de comprendre pourquoi ce garde savait exactement qui j'étais avant même que je prononce un mot. »
Il sortit la bourse de pièces restante et compta à voix basse. Le montant était exact. Le salaire avait été payé.
Doucement. Il se souvint que Marat avait dit : *On m'a dit qu'on le cherchait, ce charpentier.*
Quelqu'un avait parlé. Quelqu'un connaissait son nom, son visage, sa profession.
Il ne regarda pas en arrière vers la Conciergerie. Quelque part là-haut, un homme en spectacles ronds se tenait peut-être à une fenêtre, souriant. Il était peut-être trop tard pour être déjà en fuite. Peut-être était-il déjà entouré.
Ou peut-être—et cette pensée était plus glaciale encore—peut-être que le garde soudoyé avait été envoyé pour le laisser entrer, et que la porte qu'ils avaient franchie n'avait jamais été un piège, mais une porte ouverte par le Renard lui-même.
Un piège dans la pièce. Une place à l'échafaud.
Il resserra sa prise sur la main de Claire. La nuit n'était pas finie.
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