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Les Dossiers De Medicine Nucleaire

Lire le chapitre 1: — LA NOUVELLE

« Le professeur Zou Shiming est mort. »

Cette nuit-là, Li Xiangyang ne dormit pas.

Novembre arrivait à Jingzhou avec cette brutalité particulière des villes qui semblent oublier les saisons intermédiaires. La veille encore, on déjeunait en manches courtes. Au matin, une pluie glacée fouettait les façades et le vent rabattait les parapluies contre les passants.

Li pensa à Zou.

Brillant. Imprévisible. Capable d’une chaleur presque généreuse puis, sans prévenir, d’une froideur qui blessait.

Des voitures de police filaient déjà vers l’hôpital Hongda, grand centre universitaire rattaché à l’université de Handong. Devant l’entrée, des patients venus de loin restaient immobiles sous la pluie. Autrefois, obtenir une consultation avec Zou relevait du parcours du combattant. À présent, l’hôpital remboursait les rendez-vous et des bouquets de fleurs blanches s’accumulaient sur les marches.

L’histoire officielle tenait en quelques lignes.

Zou avait été enlevé alors qu’il se rendait à une consultation urgente. Des mois plus tard, des restes humains avaient été retrouvés. Le célèbre chirurgien orthopédiste était considéré comme assassiné.

Li parcourut à pied le dernier kilomètre depuis le métro. Lorsqu’il atteignit le service de médecine nucléaire, ses cheveux collaient à son front et ses yeux étaient si rouges que personne ne lui demanda si la pluie expliquait tout.

Autour de lui, on chuchotait.

« Ils ont à peine retrouvé de quoi l’identifier. »

« Ceux qui ont fait ça voulaient envoyer un message. »

« Un médecin comme lui… »

Li entendait sans écouter.

Dix-huit mois plus tôt, le professeur Zou Shiming n’était ni un martyr, ni une victime, ni même quelqu’un que Li aurait imaginé pleurer un jour.

Il était son adversaire.

Tout avait commencé lors d’une réunion de mortalité. Plusieurs patients opérés dans des établissements affiliés étaient décédés. Li, alors jeune médecin de médecine nucléaire, avait relu les images et était arrivé assez furieux pour oublier la hiérarchie.

« Vous avez opéré avant d’avoir établi précisément l’étendue des lésions. Si même notre réanimation utilise le PET-CT lorsque l’anatomie seule ne suffit pas, pourquoi des établissements moins équipés feraient-ils comme si l’incertitude n’existait pas ? L’humilité n’est pas une faiblesse. C’est aussi une manière de garder les patients en vie. »

Le silence tomba.

Au bout de la table, le visage de Zou se ferma.

Zou n’était pas seulement chirurgien. Il dirigeait un important groupe opératoire, supervisait plusieurs hôpitaux partenaires et pesait dans les commissions internes. Li, lui, était jeune, direct, et administrativement très simple à sanctionner.

L’hôpital ne s’en priva pas.

On lui reprocha d’avoir dépassé les limites de son service et critiqué des confrères publiquement. Une candidature scientifique déposée par une voie extérieure à l’établissement fut également considérée comme un manquement aux procédures. Li fut suspendu de son activité clinique dans l’attente d’un réexamen.

Dans les couloirs, certaines connaissances cessèrent de le saluer.

Il ne leur en voulut pas.

Dans un grand hôpital, la hiérarchie ressemble parfois au champ stérile d’un bloc opératoire : chacun sait où il vaut mieux ne pas poser les pieds.

Li installa son ordinateur au Blue Sea Café, près de Hongda.

Un après-midi, des cris éclatèrent dans un salon privé.

Le patron, Zhou Xifu, accourut, livide.

« Docteur Li, venez. Quelqu’un s’est effondré. »

« Appelez les secours. »

« C’est fait. Mais il respire à peine. »

Li le suivit.

Un adolescent corpulent gisait sur la moquette, les lèvres déjà bleutées.

On pouvait suspendre un médecin de ses fonctions.

Pas de sa formation.

Li s’agenouilla.

Il ignorait encore que le garçon était le fils du professeur Zou.

Il ignorait que le sauver allait modifier l’équilibre de tout l’hôpital.

Et il était très loin d’imaginer que l’homme que Jingzhou pleurerait un jour sous le nom de Zou Shiming n’était peut-être pas celui qu’on croyait.