L'Héritage du Château
Lire le chapitre 22: The Well's Secret
Une motte de terre humide frappa la joue d'Élodie. Elle cracha, essuya son visage du revers de la manche, et continua de creuser. La pelle de Luc mordait le sol à côté d'elle, tandis que Julien, plus âgé, tirait les pierres descellées du rebord du puits à mains nues. L'air sentait la mousse et la terre retournée, un parfum de sépulture.
« Vous êtes sûrs que c'est ici ? » demanda Julien, haletant.
« Le journal de votre grand-père est précis », répondit Luc sans s'arrêter. « Il a même dessiné une croix sur le côté nord du puits. Celle qui n'est plus visible. »
Élodie planta sa bêche plus profondément. Ses épaules brûlaient, mais elle ne pouvait pas s'arrêter. Chaque coup de pelle la rapprochait de la vérité qu'Amélie avait portée pendant soixante ans. Le fond du puits était un sol meuble, curieusement meuble, comme s'il avait déjà été retourné depuis longtemps. Trop longtemps pour laisser des traces claires, mais assez pour que la terre cède avec une facilité suspecte.
Un choc métallique s'éleva sous sa pelle. Le son était sec, mat, inhumain.
Luc s'accroupit aussitôt, écartant la terre à mains nues. Quelques secondes plus tard, il dégagea un objet ovale, de la taille d'une paume. Un médaillon en argent terni, fermé.
« Le médaillon d'Amélie », murmura Élodie.
Luc le souleva avec précaution. Le fermoir résista un instant, puis céda dans un grincement. À l'intérieur, une mèche de cheveux bruns, nouée d'un fil de soie rouge. Il s'était attendu aux cheveux d'Amélie, brillants et noirs comme l'aile d'un corbeau. Ceux-ci étaient d'un brun châtain, presque roux. Et sous la mèche, un papier jauni, replié en un petit carré.
Élodie retint son souffle tandis que Luc dépliait le papier. Les caractères étaient fins, précis, écrits à l'encre noire qui avait légèrement viré au brun avec le temps.
« C'est une écriture d'homme. D'après la pente, je dirais quelqu'un d'éduqué », dit-il.
« Qu'est-ce que ça dit ? » demanda Julien, s'avançant.
Luc fronça les sourcils. Il lut lentement, à voix basse, puis répéta les passages clés pour qu'ils puissent entendre.
« "Je m'appelle Antoine Moreau, mais je ne suis pas né Moreau. Je suis né Antonin Soler, en Espagne, fils légitime de Ricardo Soler et de Maria Esteban de Soler. Mon père est le premier enfant d'un homme qui a quitté son pays sous un autre nom." » Luc releva les yeux. « Il y a une lettre incluse avec un nom. »
Julien s'immobilisa. Sa mâchoire tomba.
« Quel nom ? »
Luc plissa les yeux, déchiffrant une écriture qui s'estompait. « Le nom de son grand-père. Ce passage parle "d'un héritage que la famille en France a toujours cru perdu, mais que Amélie a gardé le secret de faire valoir." »
Le médaillon semblait peser une tonne dans la main d'Élodie. Voilà pourquoi Amélie avait tout caché. Antoine n'était pas un simple ouvrier agricole comme tout le monde l'avait cru. Il était l'héritier d'une fortune importante, et celle-ci avait épousé trois fois sans jamais rien révéler. Pourquoi ? Pour éviter qu'on découvre l'histoire d'Antoine ? Ou pour protéger celle-ci à sa façon tordue ?
« Si Antoine avait réclamé cet héritage, les gendarmes auraient enquêté », raisonna Luc. « Ils auraient demandé où il était. Amélie l'a fait disparaître pour se protéger, et elle a utilisé son secret comme monnaie d'échange. »
Élodie regarda la fosse à ses pieds. Ils n'avaient pas trouvé le corps. Pas encore. La pelle était restée plantée dans la terre à l'endroit où elle l'avait laissée, le fond du puits fouillé sur une profondeur de soixante centimètres, le trou beant comme une bouche.
« Il faut creuser encore. »
Julien ne semblait pas écouter. Il était pâle, fixant le médaillon comme s'il contenait l'histoire de sa propre vie. Il avait déjà l'air de savoir ce qu'elles allaient trouver.
Ils recommencèrent à creuser. La chair de poule parcourut les bras d'Élodie quand la pelle heurta quelque chose de dur. Pas une pierre. Trop long, trop régulier.
Luc s'accroupit, écarta la terre avec précaution. Un os apparut. Puis un autre. Puis une structure entière, couchée sur le côté, repliée dans une position contorsionnée qui ne ressemblait à aucun sommeil.
Élodie entendit Julien réciter une prière silencieuse derrière elle.
Luc dégagea les restes d'un vêtement de laine épais, presque intact à cause de la sécheresse du sol. Sur l'annulaire gauche du squelette, un anneau en or : un bandeau lisse, gravé d'une inscription fine qu'Élodie ne pouvait pas lire à cette distance. Luc le fit doucement pivoter.
« "À Antoine. Je t'aimerai toujours. A." » dit-il à voix basse.
Antoine. Le corps n'était pas celui d'un homme récent. Les silhouettes étaient bien, les os blanchis par des décennies de silence.
« Mon grand-père », dit Julien d'une voix étranglée. « Henri a fait ça. Pour une femme qui aimait un autre homme. »
Élodie ne pouvait pas détacher ses yeux de l'anneau. Amélie avait gardé le silence, gardé les lettres, caché le médaillon avec le secret de son mari et hérité de la fortune dans le même silence. Et maintenant, soixante ans plus tard, elle avait trouvé Antoine au fond du puits.
Un bruit derrière eux fit sursauter tout le monde. Le cliquetis caractéristique d'une arme qu'on arme.
Élodie se retourna.
Pierre se tenait à dix mètres, silhouetté contre le soleil du petit matin, un fusil de chasse pointé vers eux. Son visage était inexpressif, mais sa main, posée sur le canon, tremblait légèrement. Il avait dû les voir entrer dans la propriété depuis sa cabane à l'autre bout du domaine. Il avait dû savoir exactement pourquoi.
« Vous n'auriez pas dû creuser ici », dit-il, sa voix grave et vieille traversant l'air immobile. « Vous n'étiez pas censés le trouver. Personne n'était censé le trouver. »
Luc leva lentement les mains, protégeant instinctivement Élodie de son corps. « Pierre. Mettez le fusil par terre. Personne ne veut vous faire du mal. »
Pierre secoua la tête, les yeux fixés sur le squelette exposé. Il semblait voir autre chose qu'un ossuaire. Il voyait un souvenir.
« C'était ma faute », murmura-t-il. « Si je n'avais pas dit à Amélie... si je n'avais pas su qu'elle allait le rejoindre ce jour-là... »
Sa phrase resta en suspens, mais Élodie vit ce que les autres ne voyaient pas. La façon dont Pierre regardait le corps d'Antoine n'était pas celle d'un témoin innocent. C'était la jalousie qui brillait dans ses yeux usés par les années.
Elle comprit, avec une clarté glaciale, que le puits n'avait pas encore fini de livrer ses secrets.
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