L'Héritage du Vignoble
Lire le chapitre 20: The Missing Person's Trail
Le téléphone vibra contre la table de la cuisine à cinq heures du matin. Camille, qui n'avait pas dormi depuis deux jours, attrapa l'appareil avant même d'ouvrir les yeux.
Lucas. Un message. Pas de préambule.
*Trouvé trace. Village : Santa Margherita Ligure. Une femme correspondant à la description de Claire y a acheté une maison en 1989. Nom sous lequel elle a signé : M. Fabre. Je pars vérifier.*
Camille relut trois fois. Sa mère. Vivante. Peut-être. Depuis toutes ces années.
Elle ne prit pas le temps de réfléchir. En trente minutes, elle avait bouclé un sac, laissé des instructions précises à Jean-Marc — protéger le vin, surveiller le thermomètre de la cave, appeler le laboratoire à la moindre nouvelle — et jeté les clés de la voiture sur la table.
— Tu es sûr de pouvoir gérer ? demanda-t-elle à Jean-Marc, déjà sur le seuil.
Le vieux régisseur la regarda avec ses yeux usés par cinquante années de vendanges.
— J'ai tenu ce domaine sous ton père, sous ton grand-père. Je peux tenir deux jours. Pars.
Elle partit.
La route vers l'Italie était longue — six heures de voiture, puis le train depuis Gênes. Camille conduisit comme une automate, le paysage de Bordeaux cédant la place aux plaines du Languedoc, puis aux contreforts des Alpes. Elle n'osait pas s'arrêter. Si elle s'arrêtait, elle devrait réfléchir. Et si elle réfléchissait, elle devrait envisager la possibilité que Lucas se trompe.
Ou pire. Qu'il ne se trompe pas.
Santa Margherita Ligure était un village de carte postale, accroché à la côte ligure comme un coquillage à son rocher. Camille gara la voiture près du port, l'air salé lui fouettant le visage. Elle appela Lucas.
— Rue des Oliviers, numéro douze, dit-il. Je t'attends devant.
La maison était petite, blanchie à la chaux, avec des volets bleus fatigués et un rosier grimpant qui n'avait pas vu un sécateur depuis des années. Lucas se tenait devant la porte, son carnet à la main.
— J'ai trouvé le nom dans les registres de la commune, commença-t-il. Une certaine M. Fabre a acheté cette maison en 1989. Elle a vécu ici jusqu'en 2002. Ensuite, silence. Mais la maison appartient toujours à quelqu'un — les impôts sont payés chaque année, par virement d'une banque suisse.
— 1989, murmura Camille. C'est l'année où elle est partie.
Elle poussa la porte. Elle n'était pas verrouillée.
L'intérieur sentait la poussière et le temps arrêté. Des meubles simples, propres, sous des draps blancs. Une cuisine minuscule avec une cafetière italienne encore posée sur le gaz. Des étagères remplies de livres de botanique et d'ampélographie — des éditions anciennes, certaines en latin, d'autres en allemand.
Lucas la laissa explorer en silence.
Dans la chambre, sous le lit, Camille trouva une malle en cuir. Elle l'ouvrit lentement. Des vêtements de femme — des robes simples, élégantes, d'une époque révolue. Un carnet de croquis. Des lettres, attachées par un ruban décoloré.
Et puis, au fond, sous une pile de linge, un paquet enveloppé de papier kraft. À l'encre bleue, une écriture fine, familière :
*Pour Camille.*
Sa main trembla. Elle s'assit sur le bord du lit, tenant le paquet comme s'il pouvait se dissoudre entre ses doigts.
— Je te laisse, dit Lucas, sortant discrètement.
Camille déchira le papier. Une lettre, plusieurs pages, pliées soigneusement. Elle reconnut l'écriture tout de suite — la même que celle des étiquettes qu'elle avait trouvées dans le pressoir, les notes griffonnées en marge des cahiers de vendanges.
Elle commença à lire.
*Ma chérie,*
*Si tu lis cette lettre, c'est que tu es devenue la femme que j'espérais. Tu es retournée au château. Tu as trouvé la parcelle. Tu as trouvé les bouteilles — ou ce qu'il en reste.*
*Je dois te dire la vérité, celle que je n'ai jamais pu prononcer devant toi. En 1982, j'ai commis une erreur. Une seule, mais elle a tout changé.*
Camille cessa de respirer. Dehors, le soleil déclinait sur la Méditerranée. La lettre tremblait dans ses mains.
*Le millésime était malade. La pourriture noble avait mal tourné — quelques fûts avaient été contaminés. Ton père ne voulait pas le reconnaître. La réputation du château était en jeu. Alors, j'ai fait un choix. J'ai sucré le vin pour masquer l'acidité. J'ai trafiqué cette cuvée, contre l'avis des anciens. Je pensais que personne ne le saurait jamais.*
*Mais quelqu'un l'a découvert. Quelqu'un qui m'a fait chanter pendant des années. Quand il a commencé à menacer de te faire du mal — toi, ma fille, mon unique réussite — j'ai compris que je devais partir. Ce n'était pas une fuite. C'était un sacrifice.*
*Je n'ai jamais cessé de t'aimer. Et je n'ai jamais cessé de surveiller le château, de prier chaque soir pour que tu y trouves la vérité que je n'ai pas pu te donner.*
La lettre se terminait par un mot — un seul — répété sur la page comme une prière :
*Pardonne-moi. Pardonne-moi. Pardonne-moi.*
La signature : *Claire.*
Camille resta assise dans la pénombre de la chambre italienne, la lettre serrée contre sa poitrine, les larmes coulant silencieusement sur ses joues.
Sa mère n'était pas morte.
Sa mère avait fui pour la protéger.
Mais quelqu'un l'avait fait chanter pendant des années. Quelqu'un qui voulait détruire le château — ou la famille — et qui détenait toujours le secret.
Elle relut la dernière page. Il y avait un post-scriptum, griffonné plus tard, l'encre différente :
*R. sait tout. R. est la seule personne en qui j'aie jamais eu confiance. Trouve-le. Il te dira le reste.*
*R.* Arbor. Le botaniste qu'elle avait cherché partout.
Camille se leva, replia la lettre avec soin, et regarda par la fenêtre. La nuit tombait sur le village italien. Quelque part dans cette obscurité se trouvait la vérité — sur sa mère, sur le vin, sur l'homme qui les avait séparées.
Elle sortit son téléphone.
— Lucas, dit-elle, la voix encore rauque. Il faut rentrer. Il faut rentrer maintenant.
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