L'Hôte d'Hiver
Lire le chapitre 37: The Proposal
La neige tombait en silence derrière les fenêtres de la bibliothèque, chaque flocon se déposant sur les vitres comme une signature hésitante. Maren était assise dans le fauteuil de cuir qui avait appartenu à Arthur, un exemplaire de *L'Hiver à Evergreen* ouvert sur ses genoux, mais elle ne lisait pas. Elle regardait Julian.
Il était debout près de l'échelle de la bibliothèque, un carnet à la main, ses lunettes remontées sur son front. Il griffonnait quelque chose, puis s'arrêtait, levait les yeux vers l'étagère du haut, griffonnait encore. Depuis le départ de Natasha, trois jours plus tôt, il avait recommencé à écrire — vraiment, passionnément, comme s'il avait retrouvé une voix qu'il croyait perdue à jamais.
— Tu sais, dit-elle doucement, tu fixes ce même rayon depuis dix minutes.
Il sursauta, son stylo glissant de ses doigts. Il le rattrapa de justesse, le visage rougissant légèrement.
— Je pensais à quelqu'un qui m'a dit un jour que les livres trouvaient toujours leurs lecteurs au bon moment.
— C'est une belle pensée.
— C'est toi qui l'as dite. Il y a trois mois, à peine après ton arrivée. Tu ne t'en souviens pas, bien sûr, tu étais en train de déneiger le perron et tu m'as dit ça entre deux pelletées.
Maren sourit, ferma le livre. Trois mois. Cela semblait à la fois une éternité et un battement de cœur. Trois mois depuis qu'elle avait fui New York, brisée, portant seulement une valise et les cendres de sa carrière. Trois mois depuis qu'elle avait découvert que la grand-mère qu'elle connaissait à peine lui avait laissé une auberge, une seconde chance, et un homme qui écrivait des phrases magnifiques dans le silence de la nuit.
Julian posa son carnet sur le bureau et s'approcha. Il y avait quelque chose de changé dans sa démarche, une intention que Maren ne lui avait jamais vue. Il s'arrêta devant elle, passa une main dans ses cheveux — ce geste nerveux qu'elle connaissait si bien — puis s'agenouilla. Il s'agenouilla sur le tapis persan, devant le feu qui s'éteignait doucement dans l'âtre, et il sortit une petite boîte de velours bleu de sa poche.
Maren sentit son cœur s'arrêter, puis repartir à une vitesse qui la fit vaciller.
— Attends, dit-elle, la voix étranglée. Julian, je ne suis même pas sûre d'avoir pris une douche ce matin, et tu...
— Tu es parfaite, dit-il, simplement. Tu es parfaite dans ce sweat trop grand, avec tes cheveux en désordre, à lire un livre que je t'ai recommandé sans savoir si tu l'aimais. Tu es parfaite quand tu râles que le café est trop fort et quand tu parles aux plantes de la serre comme si elles pouvaient te répondre. Tu es parfaite parce que tu ne cherches pas à l'être. Et je ne veux pas passer le reste de ma vie à compter les raisons pour lesquelles je t'aime, parce que je n'aurais jamais fini.
Ses mains tremblaient légèrement. Maren les vit trembler, ces mains qui avaient tapé des milliers de mots dans l'obscurité de son bureau, et elle saisit l'une d'elles dans les siennes.
— Julian...
— Laisse-moi finir, dit-il avec un sourire nerveux. Arthur nous a laissé une condition stupide. Il nous a laissé cette maison, ce lieu, cette vie — mais seulement si nous nous marions dans l'année. Et j'ai passé les trois dernières nuits à me demander si je voulais que tu dises oui parce que c'était écrit dans un testament, ou parce que c'était écrit dans mon cœur. Et la réponse est simple : ce n'est pas le testament. Ce n'est jamais le testament. C'est toi. C'est toujours toi depuis le moment où tu es entrée dans cette cuisine avec tes bottes trempées et ton air de penser que tu allais tout casser, mais que tu allais le réparer avant de partir.
Maren sentit les larmes monter, chaudes et inattendues. Elle cligna des yeux, les laissa couler sans honte.
— Arthur savait ce qu'il faisait, murmura-t-elle. Il nous a piégés dans cette histoire.
— Arthur était un homme qui avait peur de l'amour, dit Julian en ouvrant la boîte. Il a passé sa vie à écrire des lettres qu'il n'a jamais envoyées. Il m'a regardé répéter ses erreurs, et il a voulu m'empêcher de les commettre. Ce n'est pas un piège, Maren. C'est une chance.
La bague était simple. Un saphir bleu nuit, entouré de deux petits diamants, posé sur un anneau d'argent. Maren ne connaissait rien aux bijoux, mais elle savait que cette bague appartenait à une autre époque, à une autre femme.
— C'était à ma grand-mère, dit Julian doucement. Ma mère me l'a donnée au funérailles, sans un mot. Elle m'a dit : « Arthur aurait voulu que tu l'aies pour ce moment. » Alors voilà. Je suis là. Je te propose de rester coincée ici avec moi, dans cette auberge que nous avons réparée, dans cette vie que nous avons construite, pour toujours. Tu veux bien ?
Maren rit, un rire mouillé de larmes, et elle tendit la main.
— Oui, dit-elle. Oui, oui, oui.
Il glissa la bague à son doigt, et elle était parfaitement à sa taille, comme si elle avait été taillée pour elle. Il prit son visage entre ses mains, lentement, comme s'il avait peur qu'elle disparaisse entre ses paumes, et il l'embrassa.
Le baiser était doux, profond, patient. Il ne contenait pas trois mois d'attente comprimée, mais une éternité d'enracinement. Quand ils se séparèrent, le feu s'était éteint, mais Maren ne ressentait aucun froid.
— On devrait appeler Lily, dit-elle enfin.
Julian rit, s'assit par terre à ses pieds, la tête sur ses genoux.
— Elle va hurler si fort que les sapins vont perdre leur neige.
Maren attrapa son téléphone sur la table basse, composa le numéro, mit le haut-parleur. Lily décrocha à la deuxième sonnerie.
— Maren ! Je t'ai envoyé dix photos du gâteau que je veux faire pour le festival, tu n'as pas répondu, et je—
— Lily, dit Maren, la voix brisée mais rayonnante. Julian et moi, on va se marier.
Trois secondes de silence. Une respiration. Puis un cri si aigu que Julian se boucha les oreilles en riant.
— QUOI ? QUOI ? Maren, tu plaisantes ? Tu — Oh mon Dieu, je savais, je savais ! Est-ce qu'il a fait une demande romantique ? Est-ce qu'il y avait de la bougie ? Est-ce que vous avez— Bon, écoute, je serai demoiselle d'honneur, pas négociable, et vous allez vous marier ici, à l'auberge, pendant le festival de printemps, et je vais faire un gâteau de mariage qui ferait pleurer Marie-Antoinette—
Julian regarda Maren, qui regardait Julian. Pendant vingt minutes, ils écoutèrent Lily dessiner un mariage entier, avec des guirlandes de fleurs séchées, des tables en bois brut, des lampes à huile et une piste de danse dans la serre. Ils ne la corrigèrent pas, ne l'interrompirent pas. C'était exactement la vie qu'ils voulaient. Et c'était exactement la personne qu'ils voulaient pour la planifier.
Quand ils raccrochèrent enfin, Maren se pencha, embrassa le sommet de la tête de Julian.
— Elle va nous tuer, dit-elle.
— Elle va organiser le meilleur mariage que le Vermont ait jamais vu, corrigea-t-il. Et elle va écrire un récit de voyage de notre lune de miel pendant qu'elle y est, tu sais. Dans son blog, on sera « les tourtereaux de la vallée ».
— Au moins elle ne nous appellera pas les gérants de la rose brume.
Julian la regarda, curieux.
— C'est le nom qu'elle avait proposé pour l'auberge la semaine dernière.
— Non.
— Si. Elle a dit que ça faisait « très mille et une nuits rencontre le Vermont ».
Maren secoua la tête, encore un rire au bord des lèvres. Elle regarda ses doigts, la bague qui brillait doucement dans la lumière hivernale, les reflets qui dansaient sur le saphir.
— Julian, dit-elle sérieusement. Tu te souviens de ce que tu m'as dit le soir de la tempête ? Quand Natasha était partie et que le monde nous semblait encore vaciller ?
Il ferma les yeux un instant, cherchant la mémoire.
— Je t'ai dit que je croyais en nous.
— Non. J'ai demandé si tu avais peur, et tu as dit que tu l'étais, mais que tu voulais le faire quand même. Que tu voulais construire quelque chose qui dure, pas parce que c'était facile, mais parce que c'était vrai.
— Je le pense toujours.
— Alors j'ai un projet. Pas pour le testament, pas pour Arthur. Pour nous, toi et moi.
Elle se leva, traversa la bibliothèque, et désigna la table centrale où leurs ordinateurs, leurs carnets, leurs manuscrits traînaient encore dans un désordre fécond.
— Nous allons écrire un livre ensemble. L'histoire de cette auberge. Celle de nos grands-mères et de nos pères, de la lettre antérieure et de la porte cachée, du blizzard et de cette rencontre improbable à la fin de l'hiver. Nos deux voix, entrelacées. Chaque chapitre écrit par l'un, répondu par l'autre.
Julian se leva lentement, s'approcha d'elle, contempla le chaos fécond que cette phrase évoquait.
— Personne ne va croire que c'est une histoire vraie.
— C'est justement pour ça que personne n'a besoin de le croire. Ils ont juste besoin de le ressentir.
Il prit sa main, porta la bague à ses lèvres, y déposa un baiser.
— Marché conclu. On écrit le livre. On se marie au printemps. On rebaptise cette auberge comme elle le mérite. Et on vit heureux.
— Tu as pensé au nouveau nom ?
— J'ai pensé aux Evergreens. Le Secret des Evergreens. Non, attends — la résidence des mots échangés...
Il grimaça. Maren rit.
— Laisse tomber, on aura le temps d'en discuter.
— Le temps, dit Julian, en passant son bras autour d'elle pour faire face à la fenêtre où les flocons continuaient de tomber en silence. On a tout le temps du monde.
Ils restèrent là, main dans la main, à regarder la neige recouvrir le paysage de son manteau d'oubli blanc. Le festival approchait, les invités arriveraient bientôt, la vie vibrerait autour d'eux. Mais pour ce moment, il n'y avait que le silence, le feu qui crépitait doucement en se rallumant, et deux cœurs qui battaient à l'unisson, enfin délivrés de leurs secrets.
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