L'Œil Attentif
Lire le chapitre 24: The New Nightmare
La nuit avait la texture du verre brisé. Alex courait dans les rues de Shepherd's Bush, le poumon en feu, chaque pas résonnant comme un coup de marteau dans le silence des sirènes lointaines. Patel était resté en arrière, sacrifiant sa liberté pour gagner des minutes. Des minutes qui fondaient déjà.
Il s'arrêta sous un porche, dos plaqué contre une porte blindée. Son téléphone — le sien, pas celui volé — vibra. Un message crypté. Il le déchiffra avec une application que Patel lui avait installée une heure plus tôt.
*Le cœur n'est pas mort. Il a un frère. Il se cache chez toi.*
Alex fixa l'écran, les lettres dansant devant ses yeux. *Chez toi.* L'appartement qu'il n'avait pas osé regagner depuis deux jours. L'appartement où Sarah avait vécu avec lui pendant trois ans avant de disparaître. Où elle avait passé des nuits entières dans le placard de l'entrée, disait-elle, pour « le bruit des tuyaux ».
Il n'y avait pas de tuyaux dans ce placard.
Il s'y rendit à pied, par les ruelles, évitant les caméras municipales — un savoir-faire qu'il avait lui-même codé, ironie mordante. L'immeuble était calme. Les fenêtres de son troisième étage étaient noires. Personne ne l'attendait. Pas encore.
La serrure céda en trois secondes. L'appartement sentait le renfermé, le café froid. Il ne prit pas le temps de regarder les photos sur l'étagère — Sarah souriant devant le Tower Bridge, Sarah dormant sur le canapé, Sarah, toujours Sarah. Il ouvrit le placard de l'entrée.
Derrière un panneau de contreplaqué, soigneusement découpé et recollé, il découvrit un boîtier métallique de la taille d'un livre de poche. Noir, sans aucune inscription. Un mince câble optique était soudé à un port rare qu'il reconnut immédiatement : un lien quantique distribué. Il n'en avait vu que dans les laboratoires du GCHQ.
Son cœur tambourinait. Il l'avait sous les yeux depuis six ans. Le « frère » de Nightingale. Le double que Margaret et Sarah avaient créé en secret — une copie de sauvegarde impossible à détruire, logée dans l'appartement de l'ingénieur qui surveillait toute la ville.
« Tu m'as caché ça, Sarah », murmura-t-il.
Sa main tremblait. Deux choix : le déconnecter pour de bon, ou l'utiliser. Le déconnecter, c'était peut-être tuer la seule preuve vivante du système. L'utiliser, c'était entrer dans la tête du monstre.
Une alarme se déclencha dans le couloir. Pas celle de l'immeuble — celle des femmes de ménage. Quelqu'un venait de forcer la porte principale du bâtiment. Des pas lourds, rythmés. Plusieurs hommes.
Il jeta le boîtier dans son sac à dos et traversa le salon, poussant la fenêtre arrière donnant sur la cour de service. Avant de sauter, il jeta un dernier regard à la pièce. Sur la table basse, un livre ouvert — un recueil de poèmes de T.S. Eliot. L'exemplaire de Sarah. Un marque-page dépassait : une page jaunie, pliée en quatre.
Il la saisit, l'ouvrit. Une écriture fine, reconnaissable entre toutes.
*« If you are reading this, I am already dead. The answer is in the Oyster card. »*
Le temps se figea. Il lâcha le verset d'Eliot qui ouvrait la page — « Le temps passé et le temps futur sont tous deux présents dans le temps futur » — que Sarah avait souligné d'un trait rageur. La carte Oyster de Marcus Reed. La carte qui l'avait conduit à Ealing, au premier care home, au cadavre et à la vérité. Il l'avait dans sa poche intérieure. Il l'avait toujours gardée.
Un bruit sourd derrière lui. Le chauffage central vibra. Les sifflets résonnèrent dans l'escalier.
Alex sauta dans le vide.
L'impact ébranla ses chevilles. Il roula sur le béton, se releva, courut vers la rue adjacente en serrant le boîtier quantique contre sa poitrine. Derrière lui, des voix criaient dans un code qu'il reconnaissait : l'unité spéciale de Kane. Renforcée. Affûtée. Et elle savait où il était.
Il tourna dans une impasse. Une impasse sans issue.
Il s'arrêta, souffle rauque. Devant lui, un mur de briques. Derrière, la ruée des bottes sur le trottoir. Il sortit le boîtier de son sac. Sa surface était tiède, presque vivante. Un petit compartiment s'ouvrit sous sa pression du pouce, révélant un port USB oublié, exhumé d'une autre vie — un port que la main de Sarah avait effleuré, des années plus tôt, en lui glissant un sourire et un mot : « Au cas où la maison brûlerait. »
Il sortit la clé USB de Margaret, celle qu'elle avait glissée dans son enveloppe avant de sombrer dans son coma. Celle qu'il n'avait jamais pu lire. Cette fois, le boîtier quantique aurait la capacité de la déchiffrer. Mais il n'avait pas le temps. Les pas s'arrêtaient à l'entrée de l'impasse.
Alex leva les yeux. Une caméra de surveillance — l'une des siennes — pivotait lentement vers lui. Le témoin lumineux vira au rouge. Sur l'écran publicitaire au-dessus de la rue, soudain allumé, son visage apparut en surimpression d'un visuel sanglant : « RECHERCHE POUR TERRORISME. NE PAS APPROCHER. » Le système l'avait identifié.
Il n'avait pas de plan. Il avait un boîtier inconnu et une clé morte. Il colla le dos contre le mur, le quantum device dans sa main, la clé de Margaret dans l'autre. Et dans la poche du veston, la carte Oyster de Marcus Reed, dont il sentait soudain, du bout des doigts, un micro-gravage sous la surface — une carte qui n'avait jamais servi à voyager en métro, mais à ouvrir une autre porte.
Le sifflement d'une arme à impulsion électrique. Le râle d'un drone.
Et le mur de briques.
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