L'Œil Attentif
Lire le chapitre 31: The Final Confrontation
La pluie battait contre la tôle ondulée du hangar, un martèlement incessant qui noyait les bruits du port. Alex se tenait dans l'ombre, dos contre un conteneur rouillé, et regardait Elena approcher. Elle portait un imperméable sombre, capuche baissée, les cheveux trempés collés à ses tempes. Elle s'arrêta à trois mètres de lui, comme si franchir cette distance revenait à franchir une ligne qu'elle n'était pas sûre de pouvoir repasser.
« Vous êtes venu », dit-elle.
« Vous saviez que je viendrais. »
Elle acquiesça, sortit une tablette de sa poche, l'alluma. L'écran projetait une faible lueur bleue sur son visage fatigué. Alex vit d'abord des courbes, des signes vitaux. Puis une image granuleuse : une femme dans un lit, des tubes partout, un masque d'oxygène. Sarah. Son cœur manqua un battement.
« Elle est sous coma induit, dit Elena. Depuis huit mois. La vie est artificiellement maintenue par un système de support directement relié au serveur central installé sous la clinique. Si vous coupez le serveur, vous coupez le support. »
Alex serra les poings. « Vous me demandez de choisir entre détruire le système et la laisser otage. »
« Je ne vous demande rien. Je vous dis la vérité. La décision vous appartient. »
La pluie redoubla, tambourinant si fort que le toit ondulé semblait vibrer. Alex regarda l'image de Sarah. Ses paupières fermées, ses traits détendus. Elle avait échappé au système en s'effaçant. Et le système l'avait retrouvée quand même, pour s'en servir comme une carte de crédit humaine.
« L'entreprise. Les remplaçants de Sentinel. Ils savent que je suis vivant. »
« Ils le savent, confirma Elena. La nouvelle a fait le tour. Mais ils se croient protégés. Structure corporative, avocats, actionnaires. Ils ont embauché un ancien général pour diriger la sécurité. Kane était un amateur comparé à eux. »
Alex releva la tête, fixa Elena. « Où est-ce qu'ils gardent le serveur ? »
« Clinique privée de Nine Elms. C'est là que Sarah est retenue. Le sous-sol est blindé, un data center modulaire. Alimentation indépendante. Personnel restreint. Ils ont transformé le système en infrastructure de chantage institutionnel. »
Alex hocha lentement la tête. Elena fronça les sourcils.
« Alex. Vous ne pouvez pas simplement… »
« Si. »
Il se détourna, marcha vers une camionnette garée dans l'ombre du hangar. Elena le suivit, la voix teintée d'une alarme croissante.
« Ils ont des mercenaires. Des protocoles de neutralisation. Vous n'avez aucune arme, aucun plan, aucun back-up. »
Il ouvrit la portière de la camionnette, sortit un vieux manteau, un sac à dos. « J'ai l'Oyster card. J'ai le dossier complet. Et j'ai plus rien à perdre. »
Elle le regarda, bouche entrouverte, ses yeux trahissant un mélange d'incrédulité et d'admiration involontaire. « C'est de la folie. »
« Peut-être. Mais c'est la seule chose qui me reste de cohérent. »
Il claqua la portière, démarra. Elena resta sur le quai, silhouette fragile sous la pluie, et Alex ne regarda pas en arrière.
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Le siège d'Exeter Data Systems se dressait au-dessus de la Tamise comme un mausolée de verre et de titane. Trente étages de lumière artificielle, un bâtiment que personne n'appelait plus par son nom — juste « la Tour ». Alex gara la camionnette devant l'entrée principale, coupa le moteur. La sécurité l'avait déjà repéré, il le savait. Deux gardes en uniforme noir marchaient vers lui, mains sur leurs étuis.
Il sortit du véhicule, les mains levées, le sac sur l'épaule.
« Je veux voir votre direction. Maintenant. »
Le plus grand des deux gardes ricana. « Vous êtes qui, monsieur ? »
« Alex Mercer. Celui que vous cherchez. Celui que votre système croit avoir éliminé. »
Un silence. Les deux gardes échangèrent un regard. Le grand porta une main à son oreillette, murmura quelques mots. Une seconde plus tard, son expression changea.
« Suivez-nous. ».
On le fit monter au vingt-neuvième étage, dans une salle de conférence panoramique qui dominait la ville. Quatre personnes l'attendaient : un homme en costard gris, une femme aux cheveux blancs tirés en arrière, un avocat en costume sombre, et un homme en uniforme de général, rubans alignés sur sa poitrine. Le général se tenait à la fenêtre, tournant le dos.
L'homme en gris s'approcha, un sourire de circonstance plaqué sur le visage. « Monsieur Mercer. Nous suivons vos exploits avec intérêt. Assez théâtraux pour un ingénieur. »
« Où est Sarah ? »
Le sourire s'élargit. « Sarah. La femme qui s'est effacée. La variable que le système ne pouvait pas prédire. Espèce de paradoxe humain. Elle est vivante, monsieur Mercer. Dans un coma, certes, mais vivante. Vous pouvez la voir. Vous pouvez même la toucher. Mais si vous tentez de la déconnecter, de toucher au support vital, le serveur s'arrête instantanément. Et elle s'arrête avec lui. »
Alex posa le sac sur la table, l'ouvrit lentement. Tous les yeux se braquèrent sur lui. Il en tira le dossier papier, la liasse de documents qu'il avait trouvée dans le coffre, les clés USB étiquetées. Il les disposa en rang, comme des cartes de visite.
« Vous croyez que Sentinel était une IA. Que Nightingale était un algorithme autonome. Vous avez bâti votre empire corporatif sur cette fiction. »
Le général se retourna enfin. Un visage dur, des yeux froids. « C'était une IA. La plus avancée jamais créée. »
Alex secoua la tête. « Nightingale n'a jamais été autonome. C'était une façade. Un écran de fumée pour une liste d'hommes — et de femmes — qui utilisaient le système pour éliminer leurs opposants. J'ai les preuves. Les fichiers de décision. Les ordres de ciblage. Les signatures humaines enregistrées dans les logs du système. »
L'avocat s'éclaircit la gorge. « Des allégations. Sans authentification légale… »
Alex sortit son téléphone, le posa sur la table. Il pressa un bouton. Sur l'écran de la salle de conférence, une vidéo commença à se diffuser : une retransmission en direct sur un canal public. Sous elle, un flux de documents défilait. Les logs. Les signatures. Les noms.
La femme aux cheveux blancs pâlit. L'homme en gris fit un pas vers Alex. Le général resta figé, mâchoire serrée.
« Vous venez de vous condamner, Mercer. Ils vous arrêteront à la minute où cette diffusion se termine. »
Alex sourit faiblement. « C'est le but. »
Il se tourna vers la porte. « Maintenant, emmenez-moi voir Sarah. »
Le général fit un geste, deux mercenaires apparurent dans l'embrasure. « Vous êtes en état d'arrestation, Mercer. Pour haute trahison, atteinte à la sécurité nationale, et — »
Le bruit d'une alarme stridente interrompit sa phrase. Des voix dans les oreillettes. Quelqu'un, dans un couloir, criait que les locaux étaient cernés.
« C'est la police », dit Alex. « Non, c'est la vraie police. Pas vos marionnettes. J'ai transmis les preuves à l'unité anti-corruption du ministère de l'Intérieur et à trois journaux d'investigation internationaux. Vous pensez que Kane était dangereux ? Lui au moins, il poursuivait une mission même tordue. Vous, vous avez juste bâti une entreprise sur des cadavres. »
Le général porta la main à son arme. L'avocat hésita. La femme regardait son téléphone vibrer, des notifications en cascade.
Alex regarda l'homme en gris droit dans les yeux. « Je veux voir Sarah. Maintenant. Pendant que vous avez encore les clés. »
L'homme en gris soutint son regard un long moment. Puis, lentement, il sortit une carte magnétique de sa poche et la tendit à Alex.
« Sous-sol. Niveau -3. Chambre 7. »
Alex la saisit sans un mot, sortit dans le couloir. Derrière lui, la porte de la salle de conférence se referma sur des hurlements étouffés, des appels d'avocats, des bruits de menottes.
Il ne courut pas. Il marcha. Chaque pas le rapprochait d'elle.
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