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Ce Que La Saone Noublie Pas

Lire le chapitre 1: — RETOUR À LYON

Le TGV entra en gare de Lyon-Part-Dieu avec trois minutes d'avance.

Claire Bernard trouva cela presque insolent.

Autrefois, revenir chez elle demandait une organisation entière : billets réservés trop tard, correspondances ratées, sacs trop lourds, appels de sa mère pour savoir où elle en était. À présent, Paris et Lyon se rejoignaient en moins de deux heures, et Claire avait pourtant l'impression d'avoir mis des années à parcourir la distance.

À côté d'elle, Lucie frottait l'oreille gauche d'un lapin en peluche gris.

Depuis l'accident, elle faisait cela chaque fois qu'elle avait peur.

« On arrive, ma puce. »

Lucie ne répondit pas.

Avant, elle parlait sans respirer. Elle commentait les vêtements des gens, inventait des familles aux pigeons et posait des questions que personne n'avait la force d'entendre avant huit heures du matin.

Depuis la mort de Laurent, son père, elle pouvait rester une journée entière presque silencieuse.

Claire regarda son reflet dans la vitre.

Elle avait trente-quatre ans et l'air d'en avoir davantage.

Trois ans plus tôt, elle avait quitté la maison familiale après une dispute avec son père. Henri Bernard lui avait lancé :

« Puisque tu tiens tant à vivre sans nous, vis sans nous. »

Claire avait répondu :

« C'est exactement ce que je compte faire. »

Elle n'était jamais revenue.

Le taxi quitta Part-Dieu, traversa la Presqu'île puis descendit vers la Saône. À mesure qu'ils approchaient du Vieux Lyon, Claire sentit son souffle changer.

Les façades ocre et roses, les ruelles étroites, les passages qu'elle connaissait par cœur, les terrasses déjà pleines, les touristes qui cherchaient des traboules avec l'air de découvrir des portes secrètes : tout lui semblait familier et légèrement déplacé, comme une maison d'enfance après des travaux.

La famille Bernard vivait près de Saint-Jean, dans une vieille maison mitoyenne avec une petite cour intérieure.

La grand-mère de Claire, Jeanne, y avait élevé presque toute la famille. Elle avait quitté l'école à treize ans, mais répétait toujours :

« On peut manquer d'argent. Si quelqu'un lit à table, on n'est pas pauvre. »

Claire pensa à elle et eut soudain envie de pleurer.

Le taxi s'arrêta.

Un camion de déménagement occupait la moitié de la rue.

Des meubles entraient chez ses parents.

Dans la cour, son frère cadet Julien criait sur Thomas, l'aîné.

« Tu as un appartement à Monplaisir ! Pourquoi tu prends ma chambre ? »

« On l'a vendu. »

« Ce n'est pas mon problème. »

« Cette maison est aussi la mienne. »

« Et moi je dors où ? »

« Dans l'ancienne chambre de Claire. »

Julien se retourna.

Claire se tenait sous le porche avec deux valises et Lucie à la main.

Personne ne parla.

Sa mère, Marianne, sortit de la cuisine.

« Claire ? »

Henri, assis près de la fenêtre, leva enfin les yeux.

Il avait vieilli.

Elle aussi.

Et pourtant, la colère entre eux semblait avoir attendu sans prendre une ride.