Ce Que La Saone Noublie Pas
Lire le chapitre 5: — UNE NOUVELLE ADRESSE
Antoine trouva à Claire un appartement de deux chambres à vingt minutes à pied de chez ses parents, dans une résidence récente et sécurisée.
Il changea une serrure, installa internet, remplit le réfrigérateur de produits de première nécessité et laissa les cartes de recharge et les documents dans une boîte étiquetée.
« Tu fais ça pour toutes tes anciennes camarades ? » demanda Claire.
« Seulement celles qui me donnent des missions avec cahier des charges incomplet. »
Lucie s'assit sur le canapé avec son lapin.
« J'ai faim. »
Antoine ouvrit un placard.
« Pâtes ? »
« Avec du fromage. »
« Madame a des standards. »
Après le déjeuner, Claire regarda son nouvel appartement.
Pour la première fois depuis des mois, elle ressentit quelque chose qui ressemblait à de la stabilité.
Le soir, ils allèrent se promener dans le Vieux Lyon. Lucie s'arrêta devant les vitrines de marionnettes, les confiseries, les librairies et les boutiques trop touristiques.
Sur le quai, elle demanda à monter sur un bateau.
Claire allait dire non.
Antoine avait déjà acheté les billets.
La Saône reflétait les façades, les ponts et la lumière de fin de journée.
Claire se rappela son père qui lui racontait les canuts, les imprimeurs, les marchands, les crues, les traboules et les révoltes comme s'il avait personnellement assisté à tout.
Elle avait passé son adolescence à fuir ces histoires.
À présent, elles lui manquaient.
« Je vais chercher du travail », dit-elle soudain.
Antoine la regarda.
« Tout de suite ? »
« Si j'attends d'avoir moins peur, je ne ferai rien. »
« Hôtellerie ? »
« Je vais essayer. »
« Tu étais bonne. »
« Il y a six ans. »
« Les hôtels n'ont pas inventé une nouvelle espèce de client entre-temps. »
Claire sourit.
Elle n'était pas sûre d'être encore bonne à quoi que ce soit.
Mais elle savait enfin qu'elle devait vérifier.