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Ce Que La Saone Noublie Pas

Lire le chapitre 4: — LES MARIONNETTES D'HENRI

La pièce du fond, chez les Bernard, était pleine de têtes en bois.

Guignol, Gnafron, Madelon. Des marionnettes anciennes et d'autres fabriquées par Henri lui-même. Des cahiers de textes, des castelets démontables, des affiches, un vieux tambourin, des chansons notées à la main.

Marianne appelait cela « le musée d'Henri ».

Henri refusait le mot musée.

« Un musée, c'est quand les choses ont fini de servir. »

Il s'assit seul parmi les boîtes après le départ de Claire.

Il retrouva une photo d'elle à onze ans, les bras levés derrière un castelet, tellement concentrée qu'elle tirait la langue.

Elle était douée.

Pas seulement techniquement. Elle savait écouter le public et changer le rythme quand les enfants décrochaient.

Puis elle avait grandi.

À seize ans, elle trouvait le Guignol ridicule. À dix-huit, elle avait refusé d'étudier le théâtre. À vingt-trois, elle était partie à Paris. Plus tard, elle avait quitté son travail.

Henri avait transformé chaque choix de sa fille en offense personnelle.

Marianne entra.

« Elle a souffert. »

Henri continua à ranger des papiers.

« Je n'ai rien dit. »

« Tu dis énormément de choses sans ouvrir la bouche. »

Il leva les yeux.

« Laurent était un imbécile s'il l'a trompée. »

« Tu vois ? Tu t'inquiètes déjà. »

« Je constate. »

Marianne s'assit près de lui.

« Si tu veux qu'elle revienne vraiment, il va falloir arrêter de lui faire payer le fait d'être partie. »

Henri prit une petite marionnette de Guignol.

« Elle a toujours été têtue. »

« Elle te ressemble. »

Cette réponse le vexa parce qu'elle était exacte.