Cœurs Hors-Jeu
Lire le chapitre 26: The Lie Catches Up
La notification de Marcus Webb arriva à 7 h 12, heure de Londres, mais Elena la vit à 9 h 40 dans un hall de gare à Glasgow, perché sur un écran public qui diffusait les infos en continu. Le titre défilait en bas de l'écran, blanc sur bandeau rouge, comme une blessure ouverte :
« LA JOURNALISTE QUI A FABRIQUÉ UNE CITATION — UNE SOURCE INTERNE DE L’ATHLETIC RÉVÈLE LE MENSONGE D’ELENA MARSH. »
Elle resta figée, son café refroidissant dans sa main. Le reportage montrait des captures d'écran d'e-mails internes de la rédaction de Manchester, datés de trois ans plus tôt. Des échanges entre elle et un éditeur adjoint, où elle demandait une « reformulation plus percutante » d'une déclaration d'un entraîneur. La version publiée ensuite contenait une phrase que l'entraîneur n'avait jamais prononcée. Techniquement, c'était une embellie. Dans le monde réel, c'était une exécution publique.
À côté d'elle, Jack finissait son bacon roll, indifférent à l'écran. Il vit son visage changer.
— Quoi ?
Elle lui tendit son téléphone, l'article déjà ouvert. Jack lut en silence, ses mâchoires serrant. Puis il rendit le téléphone.
— Ce type, Webb. Il écrit pour qui, déjà ?
— Le Gazette. C'est un concurrent direct. Il a dû payer quelqu'un à Manchester pour sortir ces e-mails.
— Et c'est vrai ? demanda Jack, sans jugement dans la voix.
Elena inspira.
— La citation était déformée, oui. Mais pas fabriquée. Il y a une différence entre arrondir un angle et inventer une phrase. Le truc, c'est que publié comme ça, sans contexte, ça me fait passer pour une menteuse.
— Et toi, tu peux prouver la différence ?
Elle regarda ses mains. Son téléphone vibra : trois messages de son éditeur, deux de la direction du journal, un de l'ombudsman. Elle n'ouvrit aucun.
— Je dois aller à Manchester. Le coach en question, il peut témoigner que la phrase venait de lui, juste reformulée. Mais il est à la retraite, et il déteste la presse.
— Alors tu vas devoir le convaincre.
Elle releva la tête vers lui. Jack avait fini son petit-déjeuner, et il la regardait avec cette intensité calme qu'elle commençait à reconnaître — la même qu'il réservait aux défenseurs adverses en pleine surface de réparation. Sauf que là, c'était elle, sa coéquipière.
— Tu ne peux pas venir avec moi, dit-elle.
— Je sais. Le conseil d'administration attend ma réponse à 14 heures. Si je ne suis pas là, l'enquête interne tombe à l'eau.
— Mais si je vais à Manchester, tu seras seul à Berne pour la rencontre avec la fausse Sarah.
Jack essuya ses doigts sur une serviette.
— On ne va pas à Berne. On a déjà décidé ça. Et la sœur de Sarah est peut-être ici, à Glasgow — on est à sa porte.
Elle se tut. Il avait raison. Le plan était de retrouver la sœur. Mais l'article de Webb changeait la donne. Si sa crédibilité s'effondrait, tout ce qu'elle avait documenté sur Whitmore et Dan perdait son poids. Les preuves ne valaient que si on la croyait, elle et son travail.
— Je peux appeler la sœur, dit-elle. Lui expliquer. Elle avait laissé deux messages vocal sans réponse.
— Et si elle ne répond pas ?
— Alors je vais à Glasgow sans rendez-vous, je frappe à sa porte.
Jack acquiesça.
— Et l'article ?
— Je le gère. Je connais ce milieu. Les journalistes se dévorent entre eux, mais une fois que tu as démenti une fois, calomnié une fois, ça suffit. Le vrai problème, c'est que Webb soit lancé par quelqu'un d'autre.
— Par Whitmore.
— Par Whitmore, ou par Dan. Le timing est trop précis. Ils veulent me neutraliser avant qu'on présente le dossier à la FA.
Jack se leva, replia sa veste sur son bras.
— On y va.
Ils prirent un taxi vers le quartier de Partick, une rue étroite bordée de maisons victoriennes en grès rouge. La sœur de Sarah Okafor, prénommée Amara, vivait dans un duplex au dernier étage d'un immeuble calme. Ils sonnèrent. Une femme d'une cinquantaine d'années ouvrit, les cheveux gris tirés en arrière, des lunettes sur le nez. Elle tenait un livre de cuisine, comme si elle préparait le déjeuner.
— Elena Marsh ? dit-elle, en les reconnaissant. Je vous ai vue à la télévision. Et vous, vous êtes le capitaine de West London.
— On a besoin de vous parler de Sarah, dit Elena.
Le visage d'Amara se ferma.
— Sarah est morte. Je n'ai rien à ajouter.
— On sait, mais il y a des choses qu'on a découvertes, intervint Jack. Des choses que votre sœur avait commencé à documenter. Sa mort est liée à ce qu'elle a trouvé.
Amara hésita, puis ouvrit la porte plus grand.
— Entrez. Monsieur Webb a envoyé quelqu'un ce matin aussi. Je suppose que vous n'êtes pas du même bord.
Elena et Jack échangèrent un regard.
— Webb est ici ? demanda Elena.
— Pas ici. Il a téléphoné. Il cherchait des informations sur Sarah. Une femme insistante. Elle s'appelait… je crois qu'elle a dit Robinson. Ou Roberts.
Le sang d'Elena se glaça. Elle sortit son téléphone, ouvrit la photo d'une capture d'écran qu'elle avait prise d'un dossier interne — le nom d'une assistante de Whitmore : Claire Roberts. Amara hocha la tête.
— Oui, c'est elle. Comment savez-vous ?
Jack regarda Elena. Elle comprenait, sans qu'il ait besoin de le dire. Whitmore ne se contentait pas de les discréditer — il cherchait à les précéder partout. À Glasgow, à Manchester, à Berne. Ils n'avaient pas un adversaire. Ils avaient un réseau.
Amara les fit asseoir dans un salon encombré de plantes et leur servit du thé. Sur la table basse, des photos de deux femmes souriantes — Sarah et elle, plus jeunes, devant un hôpital.
— Sarah était médecin, dit Amara. Elle a toujours été du côté des patients. Quand elle est partie pour ce poste à West London, j'étais fière. Puis elle a commencé à changer. Elle m'appelait moins. Elle parlait de choses étranges. Des résultats d'analyses falsifiés. Des athlètes sous pression.
— Elle vous a dit des noms ? demanda Jack.
— Pas des noms. Des rôles. Un propriétaire qui ne supportait pas de perdre. Un entraîneur trop ambitieux. Et un capitaine qui servait de bouclier.
Jack se raidit.
— Moi.
Amara le regarda longuement.
— Elle ne vous accusait pas. Elle disait que vous étiez une pièce. Une pièce qu'ils utilisaient pour couvrir leurs manœuvres.
Elena posa sa tasse.
— Il y a une chose, Amara. La police a établi que Sarah est morte d'une crise cardiaque. Mais nous avons découvert qu'elle avait une maladie qu'elle gardait secrète. Elle savait qu'elle allait mourir. Est-ce qu'elle vous a parlé de ce qu'elle comptait faire avant ?
Amara ferma les yeux.
— Elle m'a dit qu'elle avait tout consigné. Qu'elle avait laissé une copie avec une personne de confiance. Elle n'a jamais précisé qui.
Elena sentit bouger quelque chose dans sa mémoire, le polaroid retrouvé dans les archives, les lettres manuscrites. La personne de confiance n'était peut-être pas un journaliste, ni un policier. C'était peut-être le seul homme de la maison que Whitmore n'avait pas acheté.
— Jack, dit-elle lentement. Quand on a trouvé les archives, il y avait une boîte de dossiers médicaux, datée de 2019. Le nom du médecin traitant, c'était Okafor. Mais il y avait une mention en marge, une initiale.
Jack hocha la tête. Il se souvenait.
— P.D. Devlin.
— Et Devlin, dit Elena, il est où maintenant ? Toujours en fuite ?
— Il se cache quelque part. Mais il avait un contact médical de confiance, quelqu'un qui lui fournissait ses produits. Un pharmacien à Manchester.
Elena se tourna vers Amara.
— Manchester. Le coach aussi est à Manchester. Et Webb lance sa campagne depuis là-bas. Whitmore concentre ses ressources au même endroit.
Jack la regarda, un pli au front.
— Tu penses qu'il y a un lien ?
— Je pense qu'il y a une raison pour laquelle Whitmore veut concentrer l'attention à Manchester. Il sait qu'on va devoir y aller tôt ou tard. Il prépare le terrain.
Amara les observa en silence, puis elle se leva, ouvrit un tiroir, en sortit une enveloppe cachetée.
— Sarah m'avait dit de ne l'ouvrir que si quelqu'un venait me parler de la vérité, pas du scandale. Vous êtes les premiers.
Elle la tendit à Elena. L'enveloppe contenait une seule feuille, écrite de la main de Sarah. Elena la lut à voix haute pour Jack :
— « Si vous lisez ça, c'est que vous savez que je suis morte trop tôt. Le pharmacien de Manchester s'appelle Raj Sekhon. Il tient une pharmacie sur Wilmslow Road. Il a les numéros de série des échantillons falsifiés. Mais surtout, il a reçu une visite en mars 2023 de quelqu'un du club. Quelqu'un qui voulait détruire les originaux. Il a refusé. Il pourra le confirmer. »
Jack prit la feuille, la lut lui-même.
— Raj Sekhon. C'est lui, le témoin de Manchester.
Elena hocha la tête, le poids de la coïncidence pesant sur elle.
— Le même homme qui peut me blanchir pour la citation fabriquée. Le même homme qui peut prouver la falsification des échantillons. Tout converge vers la même porte.
Le soleil de Glasgow se glissa par la fenêtre, pâle et métallique. L'écran du téléphone d'Elena vibra à nouveau. Elle regarda le message de son éditeur : « La rédaction veut une déclaration publique d'ici 16 h. Si tu ne réponds pas, on suspendra ta carte de presse. »
Elle rangea le téléphone sans répondre.
— Je dois y aller, dit-elle. Manchester. Seule.
— Non, dit Jack. Pas seule. Je viens avec toi.
Elle leva la tête, surprise.
— Et le conseil d'administration ? La lettre à la FA ? Ton équipe ?
Jack sortit son propre téléphone, commença à composer.
— Le conseil peut attendre. La FA peut attendre. S'ils veulent la vérité, ils attendront la vérité. Et je ne te laisserai pas traverser la ligne ennemie sans couverture.
Il appuya sur « appeler », et pendant que la tonalité résonnait, il la regarda :
— Tu m'as sorti de l'eau noire à Istanbul. Je te rembourse à Manchester.
Elena ne trouva pas les mots. Au fond d'elle, quelque chose se réchauffa — une petite braise dangereuse, qu'elle n'avait pas le temps d'examiner. Le train pour Manchester partait dans quarante minutes.
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