Colocataires et Fondateurs
Lire le chapitre 28: The Offer
La pluie de Londres tambourinait contre les vitres du salon quand la sonnette retentit. Jazz leva les yeux de son écran, les paupières lourdes. Il était à peine sept heures du matin, et le café qu'elle avait préparé pour survivre à la nuit de codage lui brûlait encore l'estomac. Tom, avachi sur le canapé, ne bougea pas.
Elle ouvrit la porte, et son sang se glaça.
Miles Harrington se tenait sur le seuil, un parapluie noir dégoulinant dans une main, un dossier sous le bras. Son sourire poli sentait le piège.
— Jasmine. Quelle surprise de te trouver éveillée à cette heure. Puis-je entrer ?
— Non.
Il haussa un sourcil.
— C'est dommage. J'ai une proposition qui pourrait sauver votre entreprise. Et votre appartement, d'ailleurs.
Jazz croisa les bras, bloquant l'entrée.
— Nous n'avons rien à nous dire.
— Vraiment ? Dans moins de trente-six heures, vous devez prouver la propriété de votre brevet. Votre serveur est compromis, vos fichiers de sauvegarde sont douteux, et votre seul espoir repose sur une fusion avec Maya Chen — qui, soit dit en passant, ne veut signer qu'avec toi. Amusant, non ?
Il marqua une pause.
— Tom ne t'a pas dit, pour ma proposition à lui ?
La mâchoire de Jazz se serra. Elle jeta un coup d'œil par-dessus son épaule : Tom s'était redressé, la chemise froissée, les yeux gonflés. Il la regardait, et son expression — cette expression-là — lui fit comprendre qu'il y avait quelque chose qu'il avait caché.
Elle ouvrit la porte plus grand, sans inviter Miles.
— Entre. Et parle vite.
L'air dans la cuisine était électrique. Miles s'installa sans y être invité, ouvrit son dossier et en sortit un document. Jazz resta debout, Tom appuyé au comptoir, les bras croisés.
— Les choses sont simples, commença Miles. Vous avez un problème de liquidités. Tom a contracté une dette personnelle considérable pour financer les premiers mois du développement — une dette que je détiens désormais.
Le cœur de Jazz se serra.
— Vous avez racheté sa dette ?
— J'ai fait mieux. Tom a accepté de me céder une participation dans votre startup en échange de son annulation complète.
Le silence tomba. Jazz se tourna lentement vers Tom.
— Tu as fait quoi ?
— Je n'avais pas le choix, Jazz. C'était avant l'incubateur, avant Maya, avant tout ça. J'avais besoin de liquidités, et Miles était le seul prêt...
— Tu as signé avec *lui* ?
— C'était avant qu'il ne devienne notre concurrent direct, cracha Tom, les poings serrés. Avant que je ne sache qu'il essaierait de nous voler le brevet. Comment aurais-je pu prévoir ?
— Tu aurais pu m'en parler. Tu aurais pu *me laisser t'aider* au lieu de faire cavalier seul — encore une fois.
— Et toi tu aurais pu ne pas signer en cachette pour le brevet, non ? Le dossier sur lequel je t'ai menti ? Celui que tu as découvert ? Tu ne m'as pas dit que tu l'avais signé, tu l'as juste couvert. Deux poids, deux mesures, Jazz.
Miles applaudit lentement, deux fois.
— Touchant. Mais le temps presse. Ce document, signé il y a quatre mois, stipule que si Tom ne rembourse pas la totalité du prêt d'ici la fin de la semaine prochaine, une participation de quarante pour cent me revient. Compte tenu de votre situation actuelle, quarante pour cent vous mettrait dans l'incapacité de décider quoi que ce soit sans mon approbation. Je prendrais le brevet, la fusion avec Maya, et la startup entière.
Tom ouvrit la bouche, mais Jazz l'interrompit.
— Laisse-moi voir ce document.
Elle l'arracha des mains de Miles, le parcourut ligne par ligne, le cerveau en ébullition. Le jargon juridique défilait sous ses yeux — « prêt », « contrepartie », « défaut de paiement », « cession d'actions ».
Et puis elle le vit.
Elle relut la clause, une fois, deux fois. Un sourire lent se dessina sur ses lèvres.
— Miles, dit-elle en posant le document sur la table, ce contrat est nul.
— Pardon ?
— Ici, clause 4.2 : « Le prêt est accordé à Thomas Whitmore à titre strictement personnel, pour des dépenses non liées à des activités commerciales à but lucratif. » Et là, annexe A, la description de l'objet du prêt : « Acquisition d'équipement pour projet de développement logiciel — usage exclusif et personnel. »
Elle leva les yeux vers lui.
— Ce que Tom vous a emprunté, c'était pour financer son développement. Mais le contrat dit que l'argent est destiné à un usage personnel non commercial. Vous saviez qu'il allait l'utiliser pour la startup, vous avez même négocié des parts en contrepartie — mais c'est précisément ce qui rend le contrat frauduleux.
Miles serra les mâchoires.
— C'est de l'interprétation.
— C'est de la loi. Un prêt à usage personnel ne peut pas être échangé contre des parts d'une entreprise à but lucratif, sauf si le contrat mentionne explicitement cette éventualité. En l'état, votre document contredit lui-même sa propre finalité. Si vous allez devant un juge, il le déchirera. Et si la presse apprend que vous avez tenté de racheter une dette que vous saviez destinée à votre concurrent, ce sera votre réputation, pas la nôtre, qui sera détruite.
Le visage de Miles vira du blanc au rouge. Il se leva, rangea le document d'un geste sec, et ajusta sa veste.
— Vous faites une erreur, Jasmine.
— J'en fais beaucoup, dit-elle froidement. Mais pas celle-là.
Il se dirigea vers la porte, puis se retourna, les yeux plissés.
— Je vais vous surveiller, tous les deux. Votre petite fusion va échouer, vous n'avez plus assez de temps pour prouver votre brevet, et quand vous serez à terre, je serai là pour ramasser les morceaux. Belle journée.
La porte claqua.
Le silence retomba, lourd, chargé. Tom n'avait pas bougé, les mains plaquées contre le comptoir, la tête basse. Quand il releva les yeux, ils étaient embués.
— Comment tu as fait ?
— J'ai lu le contrat au lieu de paniquer, murmura-t-elle en s'approchant. Tom… tu t'es mis dans une situation où un homme peut te détruire, et tu ne m'en as rien dit. Jamais. Pourquoi ?
— Parce que j'avais peur. Peur que tu partes si tu découvrais que j'étais endetté, que j'avais tout misé sans filet, que je n'étais pas aussi solide que je le prétendais.
Il craqua, sa voix se brisa.
— Tu as toujours été tellement sûre, tellement brillante dans tout ce que tu fais. Et moi, je passe mon temps à naviguer à vue, en espérant que personne ne voit que je ne sais pas vraiment ce que je fais.
— Tom…
— Il y a un contrat entre nous, Jazz. Depuis le début. Et je continue à le rompre de mille façons.
Jazz fronça les sourcils, quelque chose d'étrange dans la poitrine.
— Un contrat ?
— Celui qui dit que nous sommes partenaires. Ou nous l'étions. Il y a quelques jours.
Un long moment passa. Jazz prit le document que Miles avait laissé, le plia, et le tendit à Tom.
— Alors signons-en un nouveau. Celui-là ne dit pas ce que nous allons faire de la startup, ni du brevet, ni de Maya. Il dit que nous arrêtons de nous cacher des choses — même les pires. Même les dettes. Même la peur.
Tom la regarda, le souffle coupé.
— Un contrat sans clauses secrètes ?
— Personne ne signe jamais ce genre de contrat. Mais c'est peut-être celui qui nous reste.
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