Dérive Lunaire
Lire le chapitre 28: Friends in Low Places
Le sifflement de l’air filtrait à travers les grilles du bloc médical, chaque minute comptant comme un battement de cœur contre les tempes d’Elena. Devant l’écran de communication, elle ajusta la fréquence pour la quatrième fois, les doigts tremblants.
« Ils ne répondent toujours pas, » murmura Jack, appuyé contre le mur, sonné mais lucide.
Elena ne répondit pas. Elle envoya une salve de données cryptées — les fichiers de Liang, l’aveu de Marcus, tout ce qu’elle possédait. Puis, dans un dernier geste d’audace, elle ouvrit un canal vocal ouvert.
« Shuttle de secours, ici Elena Vasquez, base Erato. Je sais que vous avez reçu l’ordre de quarantaine. Mais j’ai des preuves que ce n’est pas un accident. Des preuves qui impliquent Minos Consortium. Je vous les envoie. Juges-en vous-même. »
Silence long, presque insoutenable.
Puis une voix de femme, calme et grave, traversa les haut-parleurs.
« Vasquez ? Le géologue qui a fait couler le projet d’extraction de glace ? »
Elena ferma les yeux une seconde. *Encore ce nom.* « Oui. Mais ce n’est pas la fin de l’histoire. »
« J’ai vu vos fichiers. » La voix hésita. « Iris Lambert, commandant de la navette *Polaris*. Écoutez-moi bien : je ne peux pas officiellement vous exfiltrer. Mais si vous prouvez que vous n’êtes pas infectés, je peux… enfin, disons, faire preuve de discrétion. »
Jack se redressa, une étincelle d’espoir dans le regard. « Comment on prouve qu’on est sains ? On n’a pas de scanner médical. »
« Vous avez la preuve sur vous, non ? » répondit Iris. « Montrez-la-moi. En direct. »
Elena comprit. Elle sortit de sa combinaison la disquette de données, la seule copie physique encore en sa possession. La tenant devant la caméra, elle fit pivoter lentement, révélant l’étiquette manuscrite : *Projet Minos – Dossier Vasquez.*
« Voilà. Tout est là. Les ordres, les transferts de fonds, les faux rapports. Si on était infectés, on aurait pas la présence d’esprit de vous envoyer ça. »
Un long silence. Puis Iris parla, plus doucement.
« OK. Voici le plan. Je me pose près de la crevasse ouest, à 300 mètres de votre position. Il y a un sas secondaire, jamais utilisé. Vous pourrez sortir par là si vous neutralisez le verrouillage de l’IA. Mais là-bas, y a un problème : une crevasse de huit mètres de large vous sépare de la zone de posée. Vous pouvez la traverser ? »
Jack sourit en coin. « On a fait pire. »
« Et le blessé ? » demanda Elena. « Liang. Il est dans le coma. On peut le transporter ? »
« Si vous voulez monter à bord, vous le portez. C’est la seule condition. Je repars dans vingt minutes avec ou sans vous. Les ordres de quarantaine s’appliquent à moi aussi, Vasquez. Je mettrai ma carrière en jeu. Ne me faites pas regretter. »
La liaison coupa.
Elena se tourna vers Jack. « On a une chance. Mais d’abord, il faut sortir d’ici. »
Jack la regarda, puis le plafond. « Tu te souviens de ce que je t’ai dit au sujet des failles ? Les systèmes de sécurité ont tous le même défaut : ils sont conçus pour s’ouvrir de l’intérieur en cas d’urgence. Regarde le panneau de contrôle du système d’extinction. Il y a un relais physique que je peux contourner. »
Elena hocha la tête, retroussant ses manches. Elle avait déjà escaladé des falaises de basalte sur Terre ; mais maintenant, chaque seconde comptait.
Elle s’approcha du panneau, l’ouvrit d’un geste sec, et découvrit une série de fils multicolores et un petit boîtier scellé. « Je m’en charge. Toi, tu prépares Liang. »
Jack ne discuta pas. Il souleva Liang avec précaution, le sang séché sur son visage pâle, et le posa sur un repose-brancard improvisé. Le sas, verrouillé par l’IA, n’attendait qu’une défaillance.
Elena croisa deux fils, provoquant un court-circuit. Les lumières vacillèrent. L’IA, une voix féminine trop douce, annonça : « Dysfonctionnement détecté. Ouverture des issues de secours en priorité. »
Le sas s’ouvrit avec un chuintement métallique.
Les trois humanoïdes — deux vivants, un entre la vie et la mort — s’engouffrèrent dans le couloir faiblement éclairé. Le froid les saisit immédiatement, malgré leurs combinaisons. La base Erato n’était qu’un squelette refroidi.
Ils contournèrent le module principal, traversèrent un atelier de forage abandonné, puis arrivèrent devant une porte blindée scellée par la glace. Derrière, la crevasse s’ouvrait comme une blessure dans la régolithe lunaire.
Huit mètres, peut-être plus. Mais de l’autre côté, les lumières de la navette *Polaris* brillaient à travers le crépuscule permanent.
Elena planta un piolet dans le sol, y attacha un mousqueton, et tendit une corde à Jack. « On traverse un par un. Toi d’abord. Lourd, mais stable. »
Jack la regarda, une lueur d’ironie dans les yeux. « Tu vas me surveiller, docteur ? »
« Quelqu’un doit vérifier que tu ne fais pas n’importe quoi. »
Il rigola doucement et s’engagea sur la passerelle de fortune faite de panneaux métalliques qu’ils avaient assemblés à la hâte. La corde tendue grinçait à chaque pas.
Le vent — un vent fantôme sur la Lune, presque inexistant — semblait pourtant chercher à le déséquilibrer. Trois mètres. Six. Il atteignit l’autre bord, sauta, et fit signe.
« À toi, Vasquez. Et fais vite. »
Elena commençait à peine à traverser quand un grondement sourd fit trembler le sol. Un pan de la crevasse, fragilisé par le forage, céda sous elle. Elle tomba, la corde la retenant de justesse, suspendue dans le vide noir.
« Elena ! » cria Jack, s’accrochant à l’extrémité de la corde.
Elle se balança, les jambes battant le vide, le régolithe s’effritant autour d’elle. Dans son casque, son souffle était court, paniqué. Puis elle se souvint de ses années de terrain, de son mépris pour la peur.
Elle remonta, main après main, jusqu’au bord. Jack l’attrapa par le poignet et la hissa. Ils tombèrent ensemble, haletants, sur le sol stable.
Là-bas, la porte de la navette s’ouvrit, et une silhouette féminine sortit, les attendant, carabine baissée mais doigt sur la détente. Iris Lambert avait des cheveux gris courts et un regard qui n’acceptait aucune faiblesse.
« Vous avez dix minutes. Après ça, je décolle, avec ou sans vous. »
Elena se releva, Liang dans les bras, et croisa son regard.
« On est prêtes. »
Mais au même instant, la radio de la navette crachota : « *Polaris*, ici le commandement de la Terre. Des renforts de quarantaine arrivent dans votre secteur. Vous devez quitter la zone immédiatement. »
Iris pâlit.
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