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Écho d'Avalanche

Lire le chapitre 3: The Guide's Map

La descente se fit dans un silence de plomb, ponctué seulement par le crissement de ses crampons sur la roche givrée et le souffle rauque de sa propre respiration. Élise avançait comme on traverse un champ de mines, chaque appui testé du talon avant d'y engager son poids. Le ravin du Père-Renoux avait changé. Les contours qu'elle connaissait par cœur, ceux qu'elle avait mémorisés lors de cette autre descente, des années plus tôt, étaient méconnaissables sous les amas de neige fraîche et de débris arrachés à la montagne.

Le cri avait cessé.

Elle s'immobilisa, le cœur battant, tendant l'oreille au-delà du vent qui sifflait entre les parois. Rien. Juste le grondement lointain de la coulée qui poursuivait sa course plus bas, vers le plateau où les touristes attendaient.

— Hé ! appela-t-elle. Quelqu'un ?

Sa voix rebondit contre les rochers, se fragmenta en échos déformés. Elle reprit sa descente, les yeux rivés sur l'endroit où elle avait aperçu le foulard jaune. Un foulard jaune. Comme celui qu'elle avait offert à Luc pour ses trente ans, déniché dans une boutique de Chamonix, choisi pour égayer l'uniformité sombre de sa tenue de pilote. Il l'avait porté pendant des années, noué autour du cou ou accroché à son rétroviseur.

Ce n'était rien. Des milliers de foulards jaunes existaient dans les Alpes.

Le terrain devenait plus accidenté, les blocs de glace plus volumineux. Élise contourna un sérac effondré, glissa sur une plaque verglacée, rattrapa son équilibre d'un geste instinctif. Ses doigts engourdis crispaient le bâton de marche. Il lui fallut encore vingt minutes pour atteindre le fond du ravin, là où la pente s'adoucissait avant de plonger vers la vallée secondaire.

Le foulard était là. À côté d'un corps affalé contre un rocher.

Élise pressa le pas, s'agenouilla dans la neige poudreuse. L'homme était vivant — elle vit le léger soulèvement de son torse, entendit un gémissement étouffé. Il portait une doudoune bleu marine déchirée sur l'épaule, un pantalon technique déchiré au genou. Une fine pellicule de sang séché maculait sa tempe.

Et autour de son cou, le foulard. Jaune. Nouée d'une façon particulière, le nœud lâche sur le côté, l'extrémité courte pendant sur la poitrine. La façon dont elle avait appris à Luc à le nouer.

— Monsieur ? dit-elle, la voix douce malgré l'urgence. Vous m'entendez ?

Les paupières de l'homme frémirent. Il ouvrit des yeux d'un bleu délavé, perdus un instant, puis qui se fixèrent sur elle avec une intensité soudaine.

— Vous... vous êtes du secours ?

— Photographe. Je descendais quand j'ai vu le groupe. J'ai entendu votre cri.

L'homme tenta de s'asseoir, grimaça, retomba contre le rocher.

— La coulée m'a pris de plein fouet. J'ai roulé... je ne sais pas combien de temps. Mes jambes répondent encore, mais ma tête...

Il leva une main tremblante vers sa tempe, la retira maculée de sang.

— Je suis le guide. Le guide du groupe.

Élise l'aida à s'asseoir plus confortablement, sortit sa gourde de son sac, lui fit boire quelques gorgées d'eau additionnée d'électrolytes. Il but avidement, recracha un peu de sang, essuya sa bouche d'un revers de main gantée.

— Ils sont en bas, sur la langue de neige entre les deux ravins. Cinq touristes. Un blessé. Peut-être plus maintenant.

— Quatre visibles debout avec une forme immobile à côté d'eux ? J'ai vu ça depuis la crête.

Le guide hocha la tête, le visage fermé.

— Marcel. Marcel Duret. Le groupe devait faire la traversée des Trois Lacs, mais la météo s'est dégradée plus vite que prévu. J'ai pris la décision de redescendre par le col des Moines quand on a entendu la première détonation. Trop tard. La pente a cédé au-dessus de nous, et tout le monde a été dispersé.

Il fouilla dans la poche intérieure de sa doudoune, en sortit une carte plastifiée, pliée en quatre, tachée de sang.

— Tenez. C'est le plan de route. Le point de rendez-vous de secours est là, sur le plateau du Grand-Croix, un refuge d'alpinistes désaffecté. Si vous parvenez à descendre jusqu'à eux, c'est le seul endroit accessible avec un hélicoptère.

Il la tendit vers Élise. Elle hésita une seconde. Ses doigts rencontrèrent le plastique froid, le papier épais en dessous, encore imprégné de l'odeur des armoires à pharmacie et du cuir des harnais.

— Pourquoi ne pas venir avec moi ? demanda-t-elle.

Marcel secoua la tête, un sourire amer aux lèvres.

— Ma cheville droite ne me soutient plus. Je l'ai sentie céder quand j'ai tenté de me relever. Peut-être une fracture de fatigue, peut-être une entorse sérieuse. Dans tous les cas, je ne serais qu'un poids mort pour vous, et le temps presse.

Élise jeta un regard vers le bas du ravin, vers l'endroit où la pente s'ouvrait sur le plateau brumeux.

— Et vous ? demanda-t-elle. Vous comptez rester là ?

— Il y a une anfractuosité à dix mètres en contrebas. Juste après cet éperon rocheux, vous verrez une faille naturelle assez profonde pour m'abriter du vent. J'ai un sac de bivouac, un réchaud, de quoi tenir la nuit. Si vous atteignez le refuge et que l'hélicoptère revient, vous pourrez leur donner ma position.

Il marqua une pause, ses yeux bleus plantés dans ceux d'Élise.

— Si vous n'atteignez pas le refuge... si la nuit tombe avant...

Il s'interrompit.

— Ils ont des enfants avec eux. Deux adolescents. Et la femme qui était allongée... elle n'a pas bougé depuis que j'ai perdu le groupe de vue, juste avant d'être projeté ici.

Élise plia la carte, la glissa dans la poche poitrine de sa veste technique.

— Le pilote de l'hélicoptère qui a tourné puis est reparti, dit-elle. Vous connaissez Luc Vallon ?

Marcel cligna des yeux, surpris.

— Luc ? C'est lui qui était aux commandes ? Il est le meilleur de la vallée. S'il est reparti, c'est qu'il a reçu un ordre, ou qu'il revenait avec du carburant.

— Son numéro de radio est toujours le même ?

— Le canal 7, oui. Tout le monde l'utilise ici. Mais il faudra monter sur une hauteur pour capter. Dans ce ravin le signal ne passe pas.

Élise se releva, ajusta son sac, vérifia que ses bâtons étaient plantés dans la neige stable.

— Je vais les trouver. Je vous ramènerai quelqu'un.

Marcel la regarda faire, un pli soucieux entre les sourcils. Puis, sans transition, il défit le nœud de son foulard et le lui tendit.

— Prenez-le. Vous le remettrez à ma femme si jamais je ne m'en sors pas.

Élise tendit la main pour le refuser, mais ses doigts s'arrêtèrent à mi-chemin. Le tissu était usé, délavé, les bords effrangés. L'extrémité courte portait une petite broderie discrète, un E entrelacé, presque invisible sous l'usure.

Son propre initial.

Elle avait brodé cette lettre elle-même, un soir d'hiver, devant la cheminée de leur chalet de Saint-Gervais, pendant que Luc réparait une radio VHF en sifflotant. Elle se souvenait encore du poids de l'aiguille entre ses doigts, du rythme régulier des points, de l'ombre portée de Luc qui se déplaçait sur le mur comme dans un théâtre d'ombres chinoises.

— Où avez-vous trouvé ce foulard ? demanda-t-elle, la voix plus rauque qu'elle ne l'aurait voulu.

Marcel parut décontenancé par la question.

— C'est un client qui me l'a donné. Un homme, il y a deux ou trois ans. Je l'ai aidé à descendre un col après une chute, il m'a offert ça en remerciement. Il disait que ça lui portait chance. Je ne sais pas pourquoi, j'ai gardé l'habitude de le porter en montagne.

— Luc Vallon, souffla Élise.

— Peut-être, répondit le guide en haussant les épaules. Grand, brun, le nez cassé. Pilote comme vous dites. Je l'ai revu de temps en temps à l'épicerie de Saint-Gervais.

Élise prit le foulard. Le tissu était chaud comme s'il avait conservé la chaleur de son précédent propriétaire. Elle le noua autour de son cou, machinalement, avec le même geste appris des années plus tôt.

— Je le lui rendrai moi-même, dit-elle.

Marcel la dévisagea un long moment, puis un soupçon de compréhension traversa son regard.

— Vous êtes Élise. La photographe.

Elle ne répondit pas. Elle lui indiqua d'un geste la direction de l'anfractuosité qu'il avait mentionnée, aida à sa mise en place, vérifia une dernière fois que son bivouac était correctement tendu avant de se retourner vers la pente qui descendait vers le plateau.

— Je reviendrai, dit-elle. Ou j'enverrai quelqu'un qui sait.

Elle commença la descente. Le foulard jaune claquait contre sa poitrine à chaque mouvement, aussi léger qu'une présence, aussi lourd qu'une promesse qu'elle n'avait jamais tenue. Plus bas, le rideau de neige soulevé par le vent s'ouvrait par intermittence, révélant la langue de neige où quatre silhouettes sombres s'agitaient avec des gestes de plus en plus désespérés.

Une cinquième restait allongée.

Élise pressa le pas.