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Écho d'Avalanche

Lire le chapitre 5: The Shelter at the Col

La neige lui mordait les mollets à chaque pas. Élise avançait en crabe, le corps incliné contre la pente, les crampons mordant la croûte gelée. Le vent sifflait entre les aiguilles rocheuses, charriant des particules de glace qui lui cinglaient les joues. Elle gardait les yeux baissés, suivant les courbes du terrain, lisant la montagne comme un texte qu'elle connaissait par cœur.

Derrière l'éperon de granit, elle les vit.

Huit silhouettes serrées les unes contre les autres, recroquevillées dans un creux naturel que le rocher protégeait du vent. Quatre d'entre elles agitaient les bras. Les autres restaient immobiles, le visage enfoui dans les genoux.

Élise accéléra le pas. La pente se fit moins raide, et elle put presque courir, glissant sur la neige tassée jusqu'à ce qu'elle atteigne le groupe. Une femme aux cheveux gris leva la tête, les yeux écarquillés.

— Vous êtes là ! On vous a vue de loin. On croyait que vous partiez.

— Je ne suis pas partie. Je suis revenue.

Elle planta ses bâtons dans la neige et s'accroupit devant le groupe. Cinq hommes, trois femmes. Glacés, tremblants, mais vivants. Elle compta deux fois. Huit.

— Il y a quelqu'un de blessé parmi vous ?

Un homme d'une cinquantaine d'années, le visage taillé par le froid, secoua la tête.

— À part les engelures et la trouille, tout le monde est entier. On a perdu nos sacs dans la coulée. On n'a plus rien.

— Comment vous vous appelez ?

— Anton. On est le groupe du Club alpin de Grenoble. Marcel était notre guide. Il est…

— En vie. Blessé, mais en vie. Il m'a confié sa carte. Il m'a dit de vous mener au refuge du Grand-Croix.

Elle sortit la carte de sa veste, déplia le papier froissé sous les regards du groupe. La ligne rouge tracée par Marcel serpentait vers le plateau, puis grimpait vers le col. L'intersection qu'il avait marquée d'une croix à l'encre, là où un petit abri de pierre était indiqué en pointillé. Le refuge du col des Aiguilles. Un toit, des murs. Pas de chauffage, mais de l'abri. C'était tout ce qu'ils pouvaient espérer avant la nuit.

— On ne peut pas aller jusqu'au Grand-Croix avant le coucher du soleil, dit-elle. Il y a un abri plus proche. À une heure et demie d'ici, si on reste groupés. Après ça, on attendra l'hélico.

— Et Marcel ? demanda une femme aux cheveux bruns tressés, le visage crispé par l'inquiétude.

— Il est en contact radio avec le pilote. Ils vont l'extraire dès que la visibilité le permet. C'est tout ce qu'il faut faire : ne pas s'inquiéter pour lui, et ne pas nous tuer nous-mêmes en descendant.

Elle ouvrit son sac. Les couvertures de survie crissèrent dans l'air glacial. Elle en tendit une à chaque membre du groupe, puis deux de plus pour les plus atteints, une femme blonde qui tremblait sans contrôle, et un jeune homme aux doigts blanchis qu'elle avait remarqué tout de suite.

— Enfilez ça sous vos vestes, contre la peau, leur dit-elle. Enveloppez-vous par-dessus. La chaleur corporelle ne revient pas toute seule. Il faut la piéger.

Le groupe s'exécuta, les corps s'agitant sous le crissement du métal doré. Élise fit un décompte mental de son équipement. Cinq couvertures distribuées. Il lui en restait une. Elle garda son sac fermé.

— Anton, venez m'aider. On va faire un état civil : je dois savoir exactement qui est là et qui manque.

Anton se leva avec difficulté, la hanche raide. Il fit quelques pas vers le groupe et les appela un par un. Huit prénoms résonnèrent dans le vent. Huit visages levés vers elle. Elle les mémorisa. Puis elle fit le compte elle-même. Sept autour d'Anton.

— Qui est le huitième ? demanda-t-elle.

Anton compta sur ses doigts, la bouche entrouverte. Il recompta. Quand il releva les yeux, ils étaient plus sombres.

— On était neuf. Marcel compris. Mais Marcel est resté en arrière pour faire la trace, et le groupe de clients… on était huit clients. Le guide était le neuvième.

Sa voix traîna, comme s'il cherchait à se convaincre lui-même.

— Je suis le guide adjoint. Avec Marcel, on encadrait huit clients. Donc là, ils devraient être huit plus moi.

— Ils sont sept, dit Élise doucement. Plus vous, ça fait huit personnes. Un client manque.

La femme aux cheveux tressés leva la main.

— C'est monsieur Calliet. Bernard Calliet. Il était derrière moi dans la descente, juste avant la coulée. Je me souviens qu'il s'est arrêté pour ramasser quelque chose. Peut-être son appareil photo. Il allait très lentement depuis le début.

— Est-ce qu'il avait un téléphone ?

— Je ne sais pas. Il n'était pas du genre à le sortir souvent. Un vieux monsieur. Soixante-huit ans, peut-être. Il marchait pour la première fois en haute altitude.

Élise ferma les yeux. Un instant. Un court instant, elle sentit le poids de la décision s'abattre sur ses épaules. Un homme seul dans la neige, exposé au froid, alors que la nuit approchait. Deux options, toutes les deux maudites. Emmener le groupe vers l'abri sans lui, et espérer que l'hélicoptère le trouverait plus tard, ou le chercher maintenant et risquer de perdre la lumière pour tout le monde.

La voix de Luc grésilla dans sa mémoire. *Ne prends pas de risques.*

Elle ouvrit les yeux et regarda le groupe. Sept visages tendus vers elle, attendant qu'elle prenne la décision qu'ils n'osaient pas prendre eux-mêmes. La femme blonde s'était arrêtée de trembler, mais ses lèvres étaient bleues.

— Écoutez-moi. L'abri est à une heure et demie en suivant la crête, direction nord-est. Vous ne pouvez pas vous perdre : vous longez le ressaut rocheux, vous ne le quittez pas des yeux. Si le vent se lève trop fort, vous vous couchez dans un creux et vous attendez. Vous ne vous endormez pas. Vous ne vous séparez pas.

Elle sortit sa radio et la régla sur le canal de secours montagne. Un double squelch confirma la liaison.

— Je resterai en contact aussi longtemps que je le peux.

Elle fouilla dans son sac et en sortit la couverture de survie restante. Elle la déplia, puis hésita. De son cou, elle dénoua le foulard jaune. Les initiales brodées dans la laine étaient un peu effilochées, piquées par les heures de froid et d'humidité. Elle le regarda un instant. Puis, sans explication, elle noua le foulard autour de la roche la plus visible du col — un bloc sombre debout dans la neige, visible de loin sous toutes les directions.

La femme blonde cligna des yeux.

— C'est pour quoi ?

— Pour le pilote de l'hélicoptère. Il survolera la zone. Il saura reconnaître ce signal.

Elle ne précisa pas pourquoi elle en était si sûre. Elle avait tricoté ce foulard elle-même à vingt ans, un hiver à Chamonix, dans un chalet qui sentait la bougie chaude et le linge propre. Il avait passé deux années autour du cou de Luc avant qu'elle ne parte sans le lui dire, un matin de septembre, sans le rendormir pour lui rendre l'étoffe qui avait imprégné sa peau de l'odeur du pin et de l'essence.

Elle se retourna vers le groupe.

— Anton, vous mène au refuge. Si je ne vous ai pas rejoints à la tombée du jour avec monsieur Calliet, vous restez dedans et vous attendez. Vous ne ressortez sous aucun prétexte.

Anton ouvrit la bouche pour protester. Elle l'arrêta d'un regard.

— J'ai fait ce métier dans des endroits pires que celui-ci. Je connais les limites de la lumière d'hiver, et je connais mes propres limites.

Elle n'ajouta pas qu'elle venait de franchir la sienne.

Elle se tourna vers la crête et suivit le terrain. Les traces qu'elle voyait n'étaient pas les siennes — une suite d'empreintes isolées, moins de deux centaines de mètres devant elle, qui s'éloignaient de la courbe de la pente et se dirigeaient vers un chaos de blocs effondrés. Des marques irrégulières, espacées, la démarche hésitante d'un homme qui n'avait pas l'habitude de la haute montagne. Un homme seul.

Derrière elle, le foulard jaune flottait contre la pierre sombre. Un signal pour Luc. Un écho de ce qu'elle avait laissé derrière elle. Et pourtant elle avançait vers lui, comme elle avançait toujours.

La neige recommençait à tomber.