La Condition du Comte
Lire le chapitre 24: The Confession
La chapelle sentait la poussière et le moisi, une odeur de tombes anciennes et de prières oubliées. Clara frissonna, serrant son châle autour de ses épaules tandis que Julian faisait jouer la lumière de sa lanterne sur les murs de pierre. Le colonel les avait laissés à l’entrée, murmurant une excuse sur ses vieux genoux, mais son regard avait encore une fois dérivé vers le sol avec une inquiétude mal dissimulée.
« Ici, dit une voix faible derrière eux.
Ils se retournèrent. Finch émergea de derrière un pilier massif, son visage blême dans la pénombre. Le vieux domestique tremblait visiblement, mais il tenait fermement un petit trousseau de clés rouillées.
— Finch ? s’exclama Clara. Que faites-vous ici ?
— Votre mère m’a chargé de veiller sur elle, milady. Sur lui. Le véritable.
Il désigna un tombeau de marbre adossé au mur nord, orné d’un ange aux ailes brisées. Le nom de la grand-mère de Clara y était gravé.
— Personne n’a jamais ouvert ce tombeau depuis son inhumation.
Julian s’approcha, la lanterne haute. Il examina le sceau de cire apposé sur la pierre du socle.
— Il a été fondu, dit-il doucement. Pas depuis l’origine.
Finch hocha la tête avec un respect prudent. Il sortit une clé fine et la glissa dans une fente invisible à la base du mausolée. Un cliquetis sec, puis le panneau de marbre céda avec un grincement à glacer le sang.
À l’intérieur, au lieu de restes humains, reposait une boîte en bois de santal cerclée d’argent.
— Feu votre mère l’a placée ici la veille de sa mort, murmura Finch. Elle savait que vous vous marieriez un jour, milady. Elle a dit que c’était pour le jour où vous trouveriez quelqu’un qui mériterait de vous.
Clara sentit les larmes la piquer tandis qu’elle ouvrait le couvercle. Le saphre d’Ashworth révéla sa lumière bleue profonde dans la pénombre, comme un fragment de ciel nocturne capturé sous la pierre.
— Elle me l’a montré une fois, dit Clara d’une voix étranglée. Mon père n’a jamais su. Elle a dit que c’était le vrai trésor de la famille, pas celui que les hommes se disputaient.
Julian restait silencieux, mais son regard s’adoucit lorsqu’il contempla la pierre.
— Il faut partir, dit-il après un moment. Le colonel nous a donné un répit, mais pas une éternité.
Ils refermèrent le tombeau avec précaution, Finch les aidant à remettre le panneau en place. Le vieil homme posa sa main osseuse sur l’épaule de Clara.
— Veillez sur elle, milady. Et prenez garde à ceux qui savent déjà où chercher.
Sa dernière phrase resta suspendue dans l’air alors qu’ils sortaient de la chapelle. Le crépuscule violet s’étirait sur la pelouse, et l’ombre d’Ashworth Hall s’allongeait vers eux comme une main menaçante.
Un craquement de gravier.
Clara se figea. Julian aussi, la main glissant vers le pistolet à sa ceinture sous son manteau.
— Ne faites pas un geste, Lord Ashworth.
Lady Eastleigh émergea de l’ombre d’un if, son sourire mielleux et son pistolet parfaitement stable dans sa main gantée de soie. Derrière elle, deux hommes râblés tenaient Finch par les bras. L’air semblait devenir plus lourd.
« Vous nous avez épargné la peine de chercher, » dit-elle en inclinant la tête vers la boîte que Clara serrait contre sa poitrine. « Le saphir. Posez-le à terre, ou je serai forcée de me montrer moins gracieuse.
— Vous n’oserez pas tirer en plein domaine, répliqua Julian d’une voix d’acier.
— Oh, mais ce n’est plus votre domaine, n’est-ce pas ? Votre crédit s’est évaporé et mes propres soldats de papier ont déjà commencé à grignoter les murs juridiques de cette maison. Un accident de chasse pourrait sembler tristement plausible.
Lady Eastleigh avança d’un pas. Son regard vacilla vers Julian, et quelque chose de personnel s’alluma dans ses yeux.
— Vous surtout, Julian. J’ai tant de comptes à régler avec vous. Ces années perdues à vous attendre, ces humiliations silencieuses. Vous croyiez que votre scandale bien rangé m’avait oubliée ?
Clara fronça les sourcils. Elle regarda Julian, dont la mâchoire se contracta.
— Vous, dit-elle lentement, vous le connaissez d’avant Londres.
— Avant qu’il ne se fasse appeler lord, oui. Avant qu’il ne change de nom comme d’autres changent de chemise. La femme que vous avez épousée sans le savoir, il a peut-être eu la décence de vous en parler.
Julian serra les poings.
— Lady Eastleigh. Ce sujet est ancien, clos, et sans rapport avec cette affaire.
— Clos ? Pour vous, peut-être. Pour moi, chaque nuit passée seule dans un lit trop large me rappelait que l’homme que j’avais juré d’aimer avait préféré fuir vers la capitale plutôt que de partager ma vie.
La main qui tenait le pistolet tremblait légèrement. Clara entendait le poids réel de la souffrance derrière le venin. Elle aussi connaissait ces nuits trop vides de sens.
Julian ouvrit la bouche pour répondre, mais Lady Eastleigh l’interrompit d’un geste du canon.
— Assez. Le saphir. Maintenant.
Clara regarda la boîte entre ses mains. Dans l’ombre du crépuscule, elle vit sa mère lui sourire. Elle vit aussi Julian, les épaules raides, le visage fermé mais les yeux incroyablement vulnérables.
— Il n’est pas à vendre, dit-elle doucement. Et il n’appartient pas à votre vengeance.
Lady Eastleigh rit, un son sans joie.
— Vous tiendrez le même discours quand je vous aurai fait passer pour une voleuse et votre mari pour un assassin. Croyez-moi, j’ai déjà plus de preuves que vous n’en imaginerez jamais.
Ses doigts se resserrèrent sur la détente.
Julian fit un pas devant Clara, son corps formant un rempart fragile mais ferme.
— Il n’y aura pas de coup de feu, Eleanor. Pas ici. Pas devant lui.
Lady Eastleigh tressaillit. Un nom. Un prénom ancien, qu’aucun étranger ne connaissait.
Et dans ce silence improbable, la vérité s’installa entre eux comme une troisième présence : elle n’avait jamais été la maîtresse de Julian. Elle était sa femme, ou l’avait été.
Clara regarda les deux visages, le sien pâle et crispé, le sien tendu comme une corde de violon. Et elle comprit que la bataille qu’elle croyait livrer pour une terre et un saphir n’avait fait que commencer.
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