La Condition du Comte
Lire le chapitre 36: The Proposal
Le jardin de la dower house baignait dans la lumière dorée du crépuscule. Clara sentait encore la chaleur des braises de ce matin, le papier du contrat consumé entre les mains de Julian, et les mots qu'il avait prononcés — *je suis tombé amoureux de toi* — qui résonnaient en elle comme un carillon lointain.
Elle s'arrêta devant un rosier en fleurs, effleura un pétale du bout des doigts. Derrière elle, Julian s'immobilisa. Elle perçut son hésitation, ce souffle retenu qu'elle apprenait à reconnaître.
« Julian, dit-elle sans se retourner. J'ai réfléchi. À ce que tu as demandé. À ce que j'ai promis de considérer. »
Il s'approcha lentement. « Clara... »
Elle se tourna enfin vers lui. Il se tenait à quelques pas, le soleil couchant jetant des reflets roux sur ses cheveux. Il tenait un écrin de cuir sombre entre ses mains, et son visage portait une expression qu'elle ne lui avait jamais vue : vulnérable, presque craintive.
« J'accepte », dit-elle.
Il esquissa un mouvement, mais elle leva la main.
« À une condition. »
Il marqua un temps. Le crépuscule s'étirait entre eux, chargé de ce qui n'avait pas encore été dit.
« Je la connais déjà, peut-être », murmura-t-il, une lueur dans ses yeux.
« Nous devons reconstruire Ashworth Hall », dit Clara. Sa voix trembla légèrement, mais elle la tint ferme. « Ensemble. Comme partenaires. Pas comme un mari qui gère et une femme qui regarde. Tu as brûlé le contrat, Julian. Je ne veux pas qu'un autre soit écrit, même en secret, même par amour. Je veux bâtir avec toi, pierre par pierre, décision par décision. Je veux que l'on me consulte quand il s'agit de vendre, d'acheter, de réparer. Que nos comptes soient tenus à deux. Que chaque choix qui engage Ashworth engage aussi nos deux volontés. »
Il la regarda sans un mot. Elle s'était préparée à argumenter, à défendre cette condition comme elle avait défendu son toit contre les créanciers, contre les Eastleigh, contre le monde entier. Mais il n'opposa aucune résistance.
Il fit un pas vers elle, puis un autre. Quand il fut à portée, il s'agenouilla.
Clara en eut le souffle coupé.
« Julian, ce n'est pas nécessaire... »
« C'est entièrement nécessaire. » Sa voix, d'habitude si mesurée, portait une émotion franche. Il ouvrit l'écrin.
Le saphir.
Elle l'avait cru parti, vendu, perdu. Mais il était là, niché dans un écrin de velours nuit, taillé et poli — plus petit que dans son souvenir, plus lumineux aussi, comme si chaque facette avait été repensée pour capturer la lumière. Un anneau d'or fin courait autour de la pierre, délicatement gravé de feuilles de chêne.
« L'Ashworth Sapphire », souffla-t-elle, les mains portées à sa poitrine.
« J'ai demandé au bijoutier de Londres de le retailler », dit Julian. Ses yeux cherchaient les siens avec une intensité qui la fit vaciller. « La légende veut qu'il apporte la constance à ceux qui le portent avec foi. Je n'ai pas besoin de talisman pour te promettre ma foi, Clara. Mais je veux que tu aies autour de ton doigt la preuve qu'Ashworth ne sera plus jamais une dette à payer. Il sera une promesse à tenir. »
Il prit sa main gauche — si doucement qu'elle perçut le léger tremblement de ses doigts à lui.
« Je ne te demande pas de renoncer à ta condition avant de l'entendre. » Il marqua une pause, les mots suspendus. « La terre que nous reconstruirons sera tienne autant que mienne. Les comptes seront ouverts devant toi, toujours. Les décisions seront prises à deux voix, jamais une seule. Ashworth Hall sera le fruit de nos deux volontés, ou il ne sera rien. »
Ses yeux brillaient. « Je ne suis pas très habile à dire des choses que je ressens si profondément, Clara. Mais je peux te promettre ceci : je m'engage à bâtir avec toi, matin après matin, jusqu'à ce que les pierres elles-mêmes portent notre double empreinte. »
Le saphir glissa à son doigt avec une justesse qui sembla impossible. Il s'ajusta comme s'il avait toujours été destiné à y reposer.
Clara resta immobile, le regard baissé sur la pierre bleue qui captait l'ultime lumière du soleil. Sa gorge se serra.
« Je ne sais pas si je peux encore croire aux promesses », murmura-t-elle.
« Alors crois-y ensemble », répondit-il en se relevant tout en gardant sa main dans la sienne. Les feuilles de chêne du saphir pressaient sa paume, réelle et tangible. « Crois-y avec moi, jour après jour. »
Elle leva les yeux. Le visage de Julian était tout proche du sien, ce visage qu'elle avait d'abord jugé calculateur, trop anguleux, trop avisé. Elle connaissait désormais les plis qu'y traçaient l'inquiétude, le rire rare qu'il lui avait offert dans la bibliothèque, la douceur qu'il dissimulait sous le vernis de l'avocat.
« Oui », dit-elle.
Le mot tomba entre eux, simple et inattendu. Elle le sentit dans sa poitrine avant de l'entendre à voix haute.
« Oui, Julian. »
Le soleil déclinait derrière les haies, teignant le jardin d'ambre et de cuivre. Il l'attira à lui avec une lenteur de danseur, ses doigts glissant le long de sa joue.
« Merci », dit-il, la voix rauque. « C'était le seul oui que j'avais peur de ne jamais mériter. »
Leur baiser fut doux, presque timide d'abord. Les lèvres de Julian goûtaient le sel de l'émotion contenue, et elle répondit, les mains remontant le long de sa veste, retenant le drapé de son manteau. Le saphir pesait à son doigt, un contrepoint à la légèreté qui l'envahissait.
Quand ils se séparèrent, le soleil n'était plus qu'un fil pourpre sur l'horizon. Le jardin de la dower house s'enfonçait dans l'obscurité, mais le bleu du saphir brillait encore entre leurs mains jointes.
« Nous avons quinze jours avant que tu acceptes ce siège », dit-elle doucement.
« Dix-sept, corrigea-t-il en souriant. J'ai repoussé l'échéance avant de venir te chercher. Certaines affaires nécessitent plus de temps que prévu. Celle-ci, surtout. »
Clara rit — un son léger qu'elle ne se connaissait pas depuis des mois.
« Alors nous avons dix-sept jours pour reconstruire une maison et apprendre à danser ensemble. »
Julian pressa son front contre le sien.
« Nous avons une vie entière, Clara. Et je n'ai jamais été aussi certain d'un délai. »
La dernière lumière s'évanouit sur le jardin, et dans l'ombre naissante, ils restèrent main dans la main, le saphir de l'ancienne dette brillant comme la promesse d'un avenir qu'ils bâtiraient enfin à deux.
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