La Digue
Lire le chapitre 32: The Final Dive
L’eau les avala dès la première seconde, un mur noir qui écrasait la lumière de leurs lampes frontales. Finn sentit la main d’Anya se refermer sur son poignet, un réflexe de survie, puis le tunnel du métro inondé s’ouvrit devant eux comme une gueule de béton. Les carreaux de faïence blancs, autrefois lisses, étaient constellés de moisissures et de crampons d’urgence rouillés. Un courant les tira vers la gauche, les poussant contre la voûte effondrée que Dennis, le technicien au QG de Dr Chen, avait signalée comme « praticable mais instable ».
Finn vérifia son manomètre : profondeur douze mètres, oxygène soixante-dix pour cent. À côté de lui, Anya progressait à grand renfort de palmes, la lampe du bunker attachée à sa ceinture, son sac d’outils de remplacement du clapet fermement bouclé sur son épaule. Le plan était simple : deux routes, deux objectifs, un seul horizon. Elle devait atteindre la chambre du clapet nord-ouest et remplacer le joint hydraulique ; lui devait pénétrer dans le bunker autonome via l’accès technique de Whitechapel, forcer le contrôle et neutraliser la séquence verte. Ils avaient douze heures avant la marée montante. Ils en faisaient depuis trente-cinq minutes.
Un grondement sourd parcourut la paroi du tunnel. Finn s’arrêta, palmant en apesanteur, et colla sa main gantée contre le béton fissuré. Les vibrations montaient en pulsations régulières, synchrones, familières. La lumière verte du bunker. Elle clignotait là-bas, plus bas, quelque part dans les entrailles de la ville, comme un cœur mécanique obstiné.
Il se retourna vers Anya et pointa son poing fermé vers l’avant — signal pour continuer. Elle hocha la tête, ses cheveux roux flottant comme des algues derrière le masque. Ils traversèrent le hall d’une ancienne station, les lettres de Whitechapel à moitié arrachées, des panneaux publicitaires effacés par des années de submersion. Puis le tunnel bifurqua. À l’intersection, une grille en acier tordu barrant l’accès au niveau inférieur. C’était là. La coupure.
Finn dégaina son coupe-boulon hydraulique, un outil de marine qu’il avait récupéré dans l’atelier de Danny, et commença à sectionner les barreaux. L’eau était sombre, presque noire, et les particules en suspension s’agitaient dans le faisceau de ses lampes. Il comptait ses efforts, contrôlait sa respiration. Métronome.
C’est à ce moment-là que l’alarme de son masque siffla, une note stridente qui lui transperça le crâne. Pression critique. Il regarda son manomètre : vingt-cinq mètres. Non, impossible. Il l’avait calibré avant le départ, le niveau d’eau ne dépassait pas dix-huit dans ce secteur. Il consulta le petit ordinateur au poignet, celui que Dr Chen avait programmé pour cartographier les courants. Le graphique affichait une anomalie : un pic de dix-sept mètres de profondeur soudain, là où sa carte indiquait une élévation de fond stabilisée à quinze. Un affaissement récent. La structure avait bougé.
Il se tourna avec raideur pour chercher Anya du regard — et la perdit. Le faisceau de lumière ne trouva que des particules en rotation, de la vase en suspension, des bulles qui remontaient en spirale vers une silhouette fine, coincée entre deux plaques métalliques effondrées, dix mètres plus loin. Le plafond d’un poste de signalisation, affaissé. Elle s’était faufilée pour prendre un raccourci sous la voie, et le métal avait glissé derrière elle.
Elle battait des bras, mais la poche d’air de son habit commençait à se dégonfler, la plaque supérieure s’appuyant lentement sur sa poitrine. Son regard, à travers le verre de son masque, était blanc d’effroi.
Finn n’hésita pas. Une demi- seconde, juste assez pour s’arracher la douleur du choix. Puis il lâcha le coupe-boulon, planta ses palmes dans la vase et chargea vers elle dans une rafale de bulles.
Le courant s’en mêla. Une vague de fond, remontée d’un collecteur caché à l’ouest, le prit de côté comme un coup d’épaule et le jeta contre une rambarde. Son masque cogné, un éclat de verre fendillé dans le coin gauche. L’eau s’infiltra, froide. Il pesta, colla sa paume sur la fissure et nagea.
Anya était à moitié submergée maintenant, sa tête seule dépassant de la cage de métal. Ses mains s’agrippaient au rebord supérieur, mais ses jambes étaient prises sous la plaque. Finn plongea le plus bas possible, contourna sa nageoire bloquée, chercha la cause de l’arrachement. Une valve de sécurité antédiluvienne, un volant de bronze massif, avait tourné et verrouillé le châssis dans sa chute — exactement du design qu’il connaissait des vieux systèmes de ballast des sous-marins russes. Pas de vérin, pas de force suffisante pour le déplacer sans effet de levier.
Il dégaina le petit pied-de-biche de son étui de ceinture, tâtonna, glissa le fer entre la plaque et le volant, poussa — rien. Le bronze ne bougeait pas d’un millimètre, la pression venant du poids du mur au-dessus.
Anya tapa deux fois sur son poignet : son compteur d’oxygène, plaqué contre le verre, affichait quinze pour cent. Il restait le même en réserve, et son propre compteur indiquait quarante baisse rapide. La fissure dans son masque accélérait la consommation.
Puis un grondement. Pas le vert. Un martèlement d’eau des profondeurs, un renversement de courant, violent, structurel. La rivière souterraine du district avait trouvé une nouvelle voie. Le collecteur ouest, celui que Tess avait signalé comme instable sur les cartes aériennes, venait de céder. L’eau se rua dans la station avec la fureur d’une chasse d’eau, les entrant dans le tunnel dans un jet horizontal qui leur arracha à tous deux le contact avec la surface par radio.
Le sifflement de l’émetteur dans l’oreille de Finn se tut en une seconde. Puis la lumière du bunker, là-bas, s’intensifia jusqu’à une pulsation continue d’un vert électrique presque insoutenable à travers presque deux mètres de béton.
Il ne prit pas le temps de penser à Tess. Il cria dans son détendeur, une syllabe étouffée, et poussa son pied contre le torse d’Anya pour la dégager. Elle bougea d’un centimètre. Il en fallait dix. La plaque suivait la descente du volant, hydraulique, implacable, plus avertie de pression que ses deux mains ne l’étaient.
Alors, il vit la carte. Une carte magnétique, longue de quarante centimètres, plastifiée trop ancienne pour avoir de valeur, coincée sous le châssis à l’endroit exact où la plaque abandonnait l’espace libre. Il la tira d’un coup sec et la déploya. La clarté de sa lampe révéla une ligne de chemin de fer, un réseau oublié, des annotations écrites à la main : « Sortie par les arches de Bethnal Green. Réserve. Utiliser la dérivation. » Un tracé rouge, presque effacé, serpentait de l’extrémité nord de la station vers une bouche d’égout parallèle, avec une petite note : « Vérifier canal 2. Le sas de pression n’est pas une porte. Il est une clef. »
Il n’y avait pas de bouche d’égout dans le tunnel selon leurs relevés. Mais la carte n’était pas à l’échelle du temps présent.
Finn replia le document d’une main, poussa une dernière fois son épaule contre la plaque, et un claquement sec retentit. Le volant de bronze pivota. La plaque se souleva de trois centimètres, juste assez pour qu’Anya glisse sa jambe libre.
Le courant les saisit ensemble, les tordit hors de la station comme deux fétus d’eau, sans la moindre emprise possible. Leurs cordes de sécurité, attachées au treuil de surface, se tendirent soudain dans un chant de nylon tendu — puis se rompirent dans une détonation sourde qui résonna le long de la voie ferrée.
Radio morte. Contact perdu. Leurs yeux se croisèrent au fond du noir, le compteur d’Anya à neuf pour cent, le sien à vingt-trois. Et le vert, en dessous, qui pulsait de plus en plus fort, comme une porte battante derrière laquelle quelqu’un attendait de savoir s’ils entreraient.
Finn déplia la carte et la lui montra, dans une lueur de phare blafarde. Pas de chemin de retour évident. Juste une ligne rouge tracée vers un lieu qu’aucune sonde n’avait mesuré. Et une phrase, écrite en bas, d’une écriture serrée qui ressemblait à celle de Danny : « Je n’ai jamais osé le faire. Mais si tu arrives jusqu’ici, sache que le sas n’en est pas un. Il est une clef. »
Il pointa vers le bas. Anya, les yeux écarquillés, hocha la tête.
Ils plongèrent.
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