La Fille de l'Imprimeur
Lire le chapitre 4: The Lie on the Death Certificate
Le lendemain matin, Élise se présenta au commissariat avec le certificat de décès rédigé par le docteur Vernet. Le papier tremblait entre ses doigts, mais sa voix demeura ferme lorsqu'elle le déposa sur le bureau du greffier.
« Cause du décès : maladie du cœur », lut l'homme à voix basse, ses lunettes perchées sur le bout de son nez. Il leva les yeux vers elle. « Votre père souffrait du cœur ? »
Élise soutint son regard. « Il s'est plaint de douleurs à la poitrine ces derniers mois. Le docteur Vernet l'a confirmé. »
C'était faux. Son père n'avait jamais été malade un seul jour de sa vie. Mais si l'autorité ouvrait une enquête, elle découvrirait le pamphlet, les lettres, peut-être même le nom de Letellier. Une mort accidentelle ou naturelle signifiait pas de questions, pas d'inspection, pas de fouille.
Le greffier tamponna le document sans autre commentaire. « Le permis d'inhumer sera délivré à la mairie du troisième arrondissement. Mes condoléances, mademoiselle Moreau. »
Elle sortit du commissariat en retenant son souffle, les jambes flageolantes. Dans la rue, elle s'appuya un instant contre la façade humide, ferma les yeux. Ce mensonge lui brûlait la langue comme un fruit trop vert, mais il était nécessaire.
Necessaire jusqu'à ce qu'elle croise le commissaire Roussel au coin de la rue des Francs-Bourgeois.
Il s'arrêta net, son manteau sombre impeccable, les mains gantées serrées derrière son dos. Son regard tomba sur le certificat plié qu'elle tenait encore contre sa poitrine.
« Mademoiselle Moreau. Vous venez régler les formalités ? »
« Oui, monsieur le commissaire. »
Il inclina la tête avec une politesse qui n'atteignit jamais ses yeux. « Et quelle cause le docteur a-t-il bien pu constater ? »
Élise hésita une fraction de seconde. Trop longue. Elle le vit dans la crispation de sa mâchoire.
« Une maladie du cœur, dit-elle. Mon père était âgé. »
« Soixante-deux ans, n'est-ce pas ? » Roussel parlait d'un ton doux, presque conversationnel. « Un âge où le cœur peut lâcher, effectivement. Et pourtant, j'ai vu le corps de votre père, mademoiselle. Les mains sur la presse, le visage contre le marbre. Curieuse position pour un homme mort d'une crise cardiaque. »
Le sang d'Élise se glaça. Elle savait qu'il testait sa réaction. Ses doigts se crispèrent sur le papier.
« Il travaillait tard. Il s'est effondré. C'est triste, mais pas surprenant. »
« Surprenant, non. » Roussel sortit une montre à gousset de son gilet et la consulta avec une lenteur exaspérante. « Vous savez, mademoiselle, j'ai eu vent de certains pamphlets circulant au marché des Enfants Rouges ce matin. Des paroles vives contre le gouvernement. Une plume remarquable, pour quelqu'un de si... jeune. »
Élise regarda au-delà de son épaule, comme si on l'appelait. « Je ne vais pas au marché, monsieur. Je dois préparer le service funèbre. »
Il s'effaça avec un sourire qui n'avait rien de chaleureux. « Bien sûr. Nous nous reverrons, mademoiselle Moreau. J'en suis certain. »
Elle marcha jusqu'à l'angle de la rue sans se retourner, mais elle sentit son regard planté entre ses omoplates comme un poignard.
À l'atelier, le silence pesait. Le certificat de décès — avec son doux mensonge — trônait sur la table. Elle le couvrit du courrier que Marcel avait laissé avant de partir, puis se força à examiner les caractères restants dans la casse.
Les R manquaient. Tous. Elle compta deux fois : les compartiments étaient vides. Avec les R, impossible d'imprimer « république », « révolution », même « droits ». Le commissaire avait méthodiquement retiré les lettres dont les imprimeries clandestines avaient besoin. Son père avait dû les regarder faire, impuissant.
Élise s'assit sur le tabouret de bois, les mains sur les genoux. Elle avait menti à l'État, distribué des pamphlets interdits, et maintenant elle poursuivait l'œuvre d'un homme que quelqu'un avait tué. Son père était mort pour ces lettres, pour ces mots qu'elle ne pouvait plus composer.
Le locket qu'elle avait trouvé dans la presse pesait dans sa poche. Elle l'en sortit, l'ouvrit. Le visage du jeune homme la regardait — souriant, confiant, une ombre de barbe naissante. Dans la lumière de la fenêtre poussiéreuse, elle le détailla comme jamais : les yeux foncés, le front large, une cicatrice fine au menton.
Son cœur fit un bond.
Elle avait vu cette cicatrice avant. À la maison, quand elle avait huit ans. Un jeune apprenti de son père, qui avait aidé à transporter les caractères pendant quelques semaines, puis était reparti aussi discrètement qu'il était venu. Elle se rappelait son rire quand elle avait renversé une pile de casses, et la gentillesse avec laquelle il avait ramassé les lettres en disant que sa mère lui avait appris la patience.
Son nom ? Elle avait passé des années à essayer de s'en souvenir. Ce n'était qu'un prénom, peut-être — Alexandre, ou alors Nicolas. Mais il avait disparu avant la mort de sa mère, avant le pensionnat, et aucun des hommes qui étaient passés à l'atelier depuis n'avait porté ce visage.
Pourquoi son père avait-il caché ce portrait dans la presse ? Pourquoi un simple apprenti aurait-il mérité une miniature aussi soignée ?
Un coup à la porte la fit sursauter. Elle glissa le locket dans sa poche, se leva, regarda par la fenêtre sans être vue.
Une femme du quartier, Madame Renard, la fleuriste, attendait avec quelque chose enveloppé dans du tissu.
Élise ouvrit à contrecœur. « Madame Renard ? L'atelier est fermé, je vous prie de m'excuser… »
« Je sais, petite. Marcel me l'a dit. » La fleuriste entra sans y être invitée et posa son paquet sur la table. « Mais j'ai vu ton père quatre jours avant sa mort. Il m'a laissé ceci — en cas de malheur, m'a-t-il dit. Je pense que c'est pour toi maintenant. »
Le paquet contenait une boîte en bois, simple, sans ornement. À l'intérieur, Élise découvrit un carnet de cuir aux pages cornées, et une lettre scellée du sceau de son père — le même sceau que celui de la lettre qu'elle n'avait pas encore osé ouvrir.
« Il m'a dit aussi, ajouta Madame Renard sur le pas de la porte, que si vous trouviez les lettres trop lourdes à porter, vous saviez où trouver la balance. »
Elle partie aussi vite qu'elle était venue, laissant Élise seule avec le carnet.
Sa main tremblait en brisant le sceau. La lettre était datée de trois jours avant sa mort.
*Ma chère Élise,*
*Si tu lis ces mots, c'est que je ne suis plus là pour te dire ce que j'aurais dû te dire depuis longtemps. Le jeune homme de la miniature s'appelle Julien Lefèvre. Il est le fils d'un moneylender du faubourg Saint-Denis. Je le protège depuis des années — lui et sa véritable nature. Sa mère était une révolutionnaire ; la mienne l'a cachée des recherches, et Julien a grandi en croyant être un autre. Ne lui dis rien encore. Il croit que je suis son parrain. Mais s'il vient te voir, fais-lui confiance comme tu me ferais confiance à moi.*
*La presse choisit ses mains, ma fille. Je t'ai choisie. Sache que je t'aime.*
*Ton père*
Élise relut la lettre deux fois. Julien Lefèvre. Le fils du moneylender. L'apprenti de son enfance.
Un moneylender nommé Lefèvre. Le nom que Marcel avait mentionné en parlant des créanciers de son père — non, pas ce Lefèvre-là. Mais si le père était usurier, le fils avait peut-être des comptes à régler de son côté.
Elle referma le locket d'une main ferme. La mort de son père n'était pas accidentelle. La lettre qu'elle venait de trouver en ouvrait la porte, mais cachait encore la clé.
Et au fond de la boîte, sous le carnet, un papier plus récent, froissé à force d'être plié et déplié. Une note brève, d'une écriture masculine assurée :
*Votre fils est en sûreté. Vous savez ce qui reste à payer. — L.*
Letellier.
Élise s'assit sur le tabouret, le papier tremblant dans ses mains. Son père avait été entraîné dans une affaire qui le dépassait, un chantage qui impliquait la vie d'un fils qui n'était pas le sien. Et elle venait de dire au commissaire que tout allait bien — que son père était simplement mort.
Mais rien n'allait bien. Tout ne faisait que commencer.