La Fonderie des Mémoires
Lire le chapitre 20: The Luminous Locket
La lumière du laboratoire vacilla quand Elias fracassa la dernière plaque de verre. Ses poings saignaient à travers la toile de ses gants volés, mais il ne sentait rien. Lila leva les yeux de sa station, les sourcils froncés, ses doigts encore tremblants sur les rouages qu'elle ajustait.
— Il y a une erreur dans ton circuit, dit-elle, la voix mécanique. Tu devrais être confiné.
— Lila. Écoute-moi. Juste une seconde.
Il sortit le médaillon de sa poche. Le métal luisait, tiède contre sa paume, la gravure du symbole familier — celui de leur mère — captant la faible lueur des chandelles électriques. Lila cligna des yeux, une fissure dans son masque androïde.
— Ce symbole. Je le connais.
— Tu te souviens de maman ? De sa voix ?
Sa sœur secoua la tête, mais ses yeux restèrent rivés sur le médaillon. Des gouttes de sueur perlaient à son front. Elias ouvrit le boîtier. Une lueur bleutée en jaillit, projetant une image tremblante dans l’air poussiéreux.
La femme qui apparut avait les cheveux sombres de Lila, les yeux fatigués d’Elias. Elle portait une robe simple, usée, et sourit d’un sourire qui semblait traverser les années.
— Mes enfants, dit la voix, fragile comme du verre filé. Si tu entends ceci, Lila... sache que je t’aime. Que je t’ai toujours aimée. Chaque fois que je regardais les étoiles depuis l’atelier, je pensais à toi. À tes questions sans fin. À la façon dont tu plissais le nez quand quelque chose ne tournait pas rond.
Lila recula, heurtant sa chaise. Ses mains se portèrent à ses tempes.
— Non. C’est une fabrication. Ashworth m’a dit qu’on lui ferait subir de fausses stimulations.
— Ashworth est un menteur, dit Elias, la voix rauque. Et cette voix... c’est la sienne. Je l’ai reconnue le jour où je t’ai volée à la maison. Le soir où elle nous chantait cette chanson sur l’horloger et la lune.
Les lèvres de Lila bougèrent, formant les mots d’une comptine sans qu’elle comprenne pourquoi. Les larmes montèrent à ses yeux, puis la panique remplaça la confusion.
— Je — je me souviens. Le grenier. Les journaux volés. Maman qui cachait des plans derrière la cheminée.
— Oui. Oui !
L’image de la mère se tut, le médaillon cliqueta. Mais les souvenirs, une fois éveillés, ne pouvaient plus être contenus. Lila tomba à genoux, suffoquant sous l’avalanche d’images, de voix, de sensations. Dix ans de sa vie engloutis puis rendus à la seconde. Elias la rattrapa avant qu’elle ne s’effondre sur les dalles.
— Elle est vivante, murmura-t-elle dans son épaule. Ashworth l’a prise. Ils l’ont prise, Elias. Nous étions si petites.
Le fracas des bottes résonna dans le couloir. Elias tira Lila debout, lui fourrant un tournevis dans la main.
— Nous avons dix minutes avant la relève. Peux-tu désactiver les verrous de la porte Est ?
Lila essuya son visage du revers de la manche. La gratitude, puis la détermination — trois décennies de caractère Thorne revinrent dans son regard.
— Je peux faire mieux. Le generatum central court sous le laboratoire. Un surcharge et l’ensemble s’embrase.
— Alors fais-le. Mais vite.
Elle s’accroupit sous la console, ses doigts retrouvant leur dextérité d’autrefois. Elias compta les secondes. Douze hommes de garde, deux patrouilles alternées. Ashworth se trouvait quelque part au-dessus, dans son bureau, manipulant déjà ses instruments de contrôle.
— C’est fait, souffla Lila. Nous avons trois minutes avant que le générateur n’embrase la nappe de gaz.
Elles coururent sous les tuyaux suintants. Les explosions commencèrent derrière elles, un grondement sourd qui fit trembler le béton. Des alarmes stridentes percèrent l’air. Les gardes surgirent aux intersections ; Elias abattit le premier d’un coup de barre arrachée à un garde-corps, Lila jeta un nuage de limaille chauffée au visage du second.
La porte Est. Lila venait de réussir à la déverrouiller quand un coup de feu claqua. La balle ricocha à quelques centimètres de sa tête. Ashworth se tenait au bout du couloir, son dispositif argenté brillant à la main, le visage déformé par une rage froide.
— Tu crois pouvoir me priver de tout, Thorne ? Sache que je pars avec l’outil principal. Ta mère ne sera jamais libre. Et ce labo n’était qu’une ombre de ce que le Bureau prépare.
Elias poussa Lila à travers l’ouverture. Elle se retourna, un dernier regard vers lui.
— Elias!
— Va ! Je le rejoins. Le dispositif... il ne doit pas rester intact dans la fumée.
Ashworth détala. Elias fit trois pas pour le suivre, mais la chaleur du brasier montait, les flammes léchaient déjà le plafond. À travers la fumée, il vit la silhouette de son ennemi disparaître dans une trappe de secours, tenant le précieux engin contre sa poitrine.
Elias plongea à travers la porte Est, les bras autour de sa sœur. Derrière eux, le laboratoire entier s’effondra dans un rugissement d’acier tordu et de verre fondu.
Ils restèrent un long moment dans l’allée sombre, haletants. Lila le serrait contre elle, pleurant sans bruit.
— Il a pris le dispositif, finit-elle par dire.
Elias regarda l’incendie, dont les lueurs éclairaient la nuit londonienne.
— Il n’a que du temps volé, Lila. Maman est encore là-bas, quelque part. Et maintenant, nous savons où chercher.
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