La Garde de Nuit du British Museum
Lire le chapitre 27: Dome of Power
Le verre de la Grande Cour vibrait au-dessus de lui, parcouru de craquelures lumineuses qui n'existaient pas quelques secondes plus tôt. Eamon leva les yeux. Dans le ciel de verre, des formes se tordaient — un serpent à plumes, un taureau ailé, quelque chose de tentaculaire qui n'appartenait à aucun panthéon connu. La tempête des mythologies, déjà en gestation.
Vance se tenait au centre du cercle, le Codex ouvert dans une main, les écailles dorées flottant devant elle à hauteur de poitrine, suspendues dans une lueur ambrée. Elle psalmodiait dans une langue que la pierre elle-même semblait reconnaître. Ses trois gardes égyptiens formaient un triangle autour d'elle, immobiles comme des statues de basalte, leurs yeux sans reflet fixés sur Eamon.
Il s'avança, le cheveu de Brianna serré dans son poing.
— Vance ! Arrête ça ! Tu vas ouvrir une brèche que rien ne pourra refermer !
Elle ne tourna pas la tête, mais sa voix portait, claire et froide dans l'immensité de la cour.
— Tu crois que je ne sais pas ce que je fais ? Le Codex ne crée pas ces créatures. Il les cite à comparaître. Je ne libère rien. J'empêche que ces reliques s'éveillent toutes seules, sans ordre, sans hiérarchie.
Un des gardes bougea. Pas une charge — un simple déplacement latéral, comme un rocher qui roule. Eamon sentit le poids des reliques en lui, cette connexion nouvelle qui lui collait aux os. Il murmura le nom d'un scarabée funéraire exposé au sous-sol. Le sol vibra.
Le garde s'arrêta.
Puis il reprit sa progression.
Eamon tenta autre chose. Il pensa à chaque artefact égyptien du musée, à leur colère millénaire, à leur soif de libération. Il les appela comme on appelle des enfants perdus.
Le garde ralentit encore, hésita. Une fissure parcourut son front de pierre.
— Impressif, dit Vance sans cesser de psalmodier, mais inutile. Ces soldats ne sont plus des reliques. Ils ont été façonnés par le Codex lui-même. Tu ne peux pas les libérer parce qu'ils n'ont jamais été prisonniers. Ils sont la fonction pure.
Eamon comprit. Il ne fallait pas les libérer. Il fallait les bloquer, les occuper, les détourner.
Il lâcha le cheveu de Brianna et le tendit devant lui comme un fil. Le lien se tendit avec chaque artefact, chaque pierre, chaque fibre de papyrus du musée. Il ne les appela pas à se joindre à lui. Il leur demanda de tomber.
Partout autour d'eux, des vitrines s'ouvrirent avec un claquement sec. Des statues basculèrent. Des urnes roulèrent. Ce n'était pas une armée — c'était un glissement de terrain. Les trois gardes furent ensevelis sous des siècles de marbre et de bronze, disparaissant sous un tumulus de reliques qui n'avaient pas choisi leur camp, seulement leur inertie.
Vance grondait maintenant, la voix qui vibrait dans tout son corps, le Codex luisant comme une braise. Les créatures dans le dôme se précisèrent. Des traits, des crocs, des yeux multiples. La tempête commençait à prendre forme. Le ciel de Londres, au-delà du verre, avait pris une teinte violacée.
— Tu ne peux pas l'arrêter, Eamon. Le Codex a besoin d'un dénouement. Il a besoin de peser.
Eamon fit un pas en avant. Le tumulus bougeait derrière lui — les gardes se libéraient, lentement, méthodiquement, sans douleur, sans fatigue. Il avait peut-être une minute, peut-être deux.
Il regarda le Codex. Puis les écailles. Puis Vance.
— Tu veux peser mon âme ? Voilà. Pèse ça.
Il ouvrit son esprit. Toutes les voix du musée — des centaines, des milliers de murmures de pierre, d'or, d'os et de terre cuite — se précipitèrent dans le canal ouvert par le cheveu de Brianna. Eamon devint un chœur. Un torrent. Une bibliothèque entière qui criait à l'unisson.
Vance tituba. Ses psalmodies se brisèrent net.
— Qu'est-ce que... tu es devenu un monument, Cole ! Un reliquaire vivant ! Ce n'est pas une âme que je vais peser, c'est un musée !
Les écailles s'emballèrent. Elles oscillaient entre elles avec un tintement frénétique, incapables de trouver un équilibre. Le plateau vide se souleva, retomba, monta encore. Le matériau doré se fissura par endroits.
— Elles vont se briser ! cria Eamon. Et tout ce qu'elles contiennent sera perdu !
Vance le regarda. Pour la première fois, son visage — le visage prévenant de Maggie — afficha une expression qui n'était pas de la ruse. C'était de la terreur.
— Ce n'est pas moi qui les ai mises en danger. Tu as tout fait pour que ton âme ne puisse plus être pesée seule. À quoi ça sert de vouloir peser un océan ?
Elle leva le Codex, prête à le précipiter dans les écailles. Si le Codex touchait ce chaos d'âmes entremêlées, tout serait perdu — un éclatement, une libération aveugle, chaque dieu dormant qui surgirait d'un coup.
Les créatures dans le dôme commencèrent à descendre.
Eamon sentit quelque chose monter du sous-sol. Pas un bruit. Une pression. Comme si le sol entier de Londres respirait sous la Grande Cour. Quelque chose d'immense, d'ancien, de patient se déployait au-dessous d'eux, réagissant au Codex et aux écailles à la fois.
Le sol trembla. Les vitrines vibrèrent. Les créatures dans le dôme pileur net et se retournèrent toutes vers le bas, comme des chiens qui sentent un orage.
Vance suivit leur regard.
— Non, murmura-t-elle. Pas lui. Pas encore.
— Lui ? fit Eamon. Qui est-ce ?
Vance ne répondit pas. Elle ouvrit le Codex à une page que la lumière n'atteignait pas, et commença à psalmodier une nouvelle incantation — plus basse, plus urgente, adressée non pas au ciel mais au sol.
Eamon fit un pas vers elle, puis un autre. Le tumulus bougea derrière lui, mais les gardes n'étaient pas encore sortis. Il tendit la main vers les écailles, pour les arracher au rituel, pour empêcher le Codex d'y toucher.
La main de Vance jaillit. Elle saisit son poignet. Sa peau était glacée.
— Cole, dit-elle, son visage tout proche du sien, ta force vient maintenant d'eux. Mais le Codex peut aussi les défaire. Tous. Chaque artefact que tu as lié à ta misérable chair peut redevenir poussière. Je n'ai pas besoin de peser ton âme. J'ai juste besoin de te menacer.
Le sol gronda encore. Une fissure parcourut le marbre, du centre de la cour jusqu'aux pieds d'Eamon. Il regarda dedans.
Du noir. Et dans le noir, quelque chose d'ouvert. Un œil. Grand comme un puits. Immobile.
L'œil le regardait.
Puis l'œil regarda Vance.
Elle recula, le Codex serré contre sa poitrine, ses psalmodies de verrouillage redevenues frénétiques. Les créatures dans le dôme gémissaient maintenant, écartelées entre la peur du dessous et l'appel de leurs panthéons.
Eamon comprit, avec une clarté totale, qu'il y avait trois forces dans cette pièce : Vance et son Codex, lui et ses reliques, et cette chose sous leurs pieds qui n'avait pas besoin de rituel pour se libérer. Elle attendait seulement qu'ils aient fini de préparer sa porte.
— Vance, dit-il lentement, qu'est-ce qu'il y a en dessous du musée ?
Elle le regarda, les yeux fous. Le Codex tremblait dans ses mains.
— Tu es tout proche, Cole. Mais tu es trop tard. La Dame du Musée n'a pas besoin de la porte que nous lui bâtissons. Elle est déjà en train de la construire elle-même.
Les écailles se soulevèrent dans les airs, atteignirent le centre du dôme, là où les ombres et les lumières se croisaient. Le Codex les suivit de lui-même, comme attiré par une gravité qu'aucun des deux ne contrôlait plus.
Sous leurs pieds, l'œil cligna.
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