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La Lame Sans Egale

Lire le chapitre 1: — LA LAME

Au crépuscule, la cour d’entraînement du Bureau du Nord se vidait lentement de sa chaleur.

Tang Xiao se tenait face à son disciple, Lin Zuo.

Le premier avait un peu plus de trente ans, des tempes déjà marquées de blanc et cette fatigue particulière des hommes qui ont trop longtemps vécu parmi les secrets. Le second n’avait pas seize ans. Dans l’uniforme brodé des Jinyiwei, il ressemblait moins à un agent impérial qu’à un étudiant qui se serait trompé de porte.

« Prêt ? » demanda Tang.

Lin répondit en japonais.

Tang attaqua sans prévenir.

Les deux sabres se heurtèrent. Lin était rapide, inventif, insolent. Il cherchait toujours le coup brillant, la feinte qui impressionnerait. Tang attendit simplement qu’il s’engage trop loin.

Le pommeau de son sabre frappa le garçon à la poitrine.

Lin recula en toussant.

« Si j’avais utilisé le tranchant, tu serais mort. »

« Une petite erreur. La prochaine fois— »

« Il n’y a pas toujours de prochaine fois. »

Cette phrase resta entre eux plus longtemps que prévu.

Le lendemain, leur unité devait partir pour Zhenjiang. Des pirates attaquaient les convois sur le Yangzi et le Grand Canal. Des fonctionnaires semblaient les informer des itinéraires et des cargaisons. Le chef pirate, Yagyū Ichirō, était japonais. C’était pour lui que Lin avait appris la langue.

« Si tu as quelqu’un à saluer, fais-le ce soir », dit Tang.

Lin sourit.

« Les Jinyiwei n’ont ni père, ni mère, ni femme, ni enfant. C’est vous qui me l’avez appris. »

Tang ne répondit pas.

Après le départ de Lin, il quitta le bureau par des ruelles détournées et entra dans une maison sans enseigne.

Une femme malade l’attendait sous une lampe à huile.

Un garçon de six ans accourut pieds nus.

« Père ! »

Tang le prit dans ses bras.

L’enfant s’appelait Tang Zheng.

Tang lui offrit un sabre de bois dont la lame portait quatre caractères copiés sur sa propre arme : 国士无双.

Sans égal au service du royaume.

Le garçon le brandit fièrement.

« Quand je serai grand, je serai Jinyiwei comme toi. »

Tang Xiao sourit.

Puis son sourire disparut.

Cette nuit-là, il regarda longtemps son fils dormir.

Au matin, il partit pour Zhenjiang.