La Légion Mécanique
Lire le chapitre 15: The Phantom Foundry
La pluie battait les pavés de la rue de la Huchette quand Étienne poussa la porte de l'ancien atelier de son frère. L'air y était sec, chargé de poussière de cuivre et d'huile figée. Il n'y était pas revenu depuis l'enterrement — dix-sept mois, trois jours, et une éternité de regrets.
Marie referma la porte derrière eux, glissant le verrou. Rostand, resté en faction dans l'impasse, tapotait le bois en cadence pour signaler que la voie était libre.
« Tes notes indiquent que les plans se trouvent là », dit-elle, la voix feutrée.
Étienne ne répondit pas. Il traversa la pièce encombrée d'engrenages épars et d'équerres ternies pour atteindre l'établi de son frère. Il fit courir sa main sur la surface — là où Émile avait tracé des centaines de schémas, là où leurs disputes sur l'éthique des automates avaient fini en éclats de rire et en bouteilles de vin partagées.
« Le tiroir. » Sa voix se brisa légèrement. « Il avait une habitude étrange : les plans les plus dangereux, il les cachait sous une fausse planche. »
Il souleva le bois d'acajou. Dessous, un carnet à la couverture de toile grasse, et une carte froissée.
La carte montrait Paris en coupe transversale — non pas les rues, mais ce qui se trouvait dessous. Étienne déplia le document, et son souffle se figea.
Les catacombes. Il connaissait leur existence. Mais jamais il n'avait vu ce tracé précis : un boyau secondaire, prolongeant la voie ferrée carolorégienne, marqué d'une encre rouge qui serpentait vers le sud-est, sous le quartier des Gobelins.
« Une fonderie fantôme », murmura Marie, lisant la mention marginale écrite de la main d'Émile. « Alimentation : secteur C. Personnels : classe D. »
Classe D. Dans la nomenclature militaire, cela signifiait — Étienne sentit son estomac se nouer — la catégorie des non-compensés. Des travailleurs de force.
« Cette fonderie alimente les automates pendant l'entretien de la Horloge-Mère », dit-il. « Les batteries sont rechargées là, à partir de… »
Il s'interrompit. La mention suivante était plus explicite encore : *cœur de servitude*.
« Mon frère a découvert cela peu avant sa mort. Il enquêtait sur une surconsommation de charbon dans les registres de la ville. Il a dû tomber sur cet endroit et comprendre ce que le Consortium y faisait. »
Marie posa sa main sur son avant-bras. Il savait ce qu'elle pensait : c'était cette découverte-là qui avait coûté la vie à Émile.
« Il faut y aller », dit-il, repliant la carte. « Ce soir. »
Ils s'infiltrèrent par un égout collecteur vers minuit. Bruyère connaissait les patrouilles de la Garde souterraine ; il leur avait indiqué les créneaux où les rondes se relâchaient, entre deux et quatre heures. Étienne, Marie et deux des machinistes évadés — un colosse nommé Bastien et une femme taciturne, Léa, ancienne soudeuse de la flotte aérienne — avançaient dans l'obscurité, leurs lampes à manivelle tamisées.
L'air se fit plus froid, puis plus chargé. Une odeur de soufre et de graisse chaude remplit le boyau. Puis un grondement sourd ricocha contre les parois.
Bastien s'arrêta, tendit l'oreille. « On dirait des machines. »
Étienne consulta la carte à la lueur de sa lampe. « Encore trois cents toises. »
Ils débouchèrent dans une cavité naturelle immense, transformée en usine. Des chaudières monumentales ronflaient, alimentées par des convoyeurs où défilaient — Étienne cligna des yeux, refusant d'abord d'admettre ce qu'il voyait — des êtres humains aux chaînes apparentes. La classe D. Des hommes, des femmes, certains presque des enfants encore, épuisés, courbés sous des hottes de charbon, leurs silhouettes à la contre-jour des foyers ardents.
Marie porta une main à sa bouche. Bastien serra les poings. Léa détourna le regard, les mâchoires serrées.
« La salle de régulation », murmura Étienne, pointant une passerelle suspendue à mi-hauteur. « Les maîtres régulateurs y sont sans doute. »
Ils longèrent les ombres, longeant une canalisation de vapeur brûlante, grimpant une échelle de fer qui gémit doucement sous leur poids. La passerelle était déserte à cette heure ; seules quelques sentinelles montaient la garde plus bas, près des cellules.
La porte du bureau était verrouillée. Étienne sortit son trousseau de passe-partout — il contenait encore les clés de son autorisation de maintenance au Consortium, jamais révoquée. La seconde clé tourna dans la serrure avec un cliquetis sec.
À l'intérieur, la salle était modeste : des registres alignés, une table de travail, et — accrochés au mur, alignés comme des instruments chirurgicaux — une douzaine de tiges de bronze et de laiton, chacune gravée de motifs complexes.
Les régulateurs maîtres.
Étienne s'approcha, la gorge serrée. Ces objets étaient l'extension de son propre génie — ses conceptions, détournées, adaptées par d'autres mains. Son frère y avait aussi contribué ; certains schémas gravés portaient sa signature en minuscule.
« Le temps nous est compté », souffla Marie.
Étienne saisit le premier régulateur. Le métal était froid, malgré la chaleur ambiante. Il le fit disparaître dans la poche intérieure de sa redingote, puis le second.
C'est alors qu'un détail l'arrêta. Épinglé à la table de travail, un feuillet frais, à l'encre encore brillante. Une note de transmission, écrite dans le code du Consortium — qu'Étienne reconnaissait entre tous.
Il la lut en silence. Puis, la main tremblante, il la tendit à Marie.
« Fouché a déjà déplacé le régiment », dit-il d'une voix blanche. « Il a ordonné une démonstration de force au Jardin des Plantes. Demain, à l'aube. Il va activer une brigade complète face au public, pour "rassurer" la population. »
Marie laissa échapper un souffle. « Cela va précéder notre opération sur la Horloge-Mère de douze heures. »
« Et cela lance les automates dans la rue. S'ils sont activés par les régulateurs d'ici, ils ne seront plus sur leurs bases d'attente. Le protocole "scrupule" restera inopérant — ils auront reçu d'autres ordres, et toute interception échouera. »
L'horreur de la situation se déploya comme une toile. Fouché les avait devancés — ou bien avait-il anticipé ? Le code légendaire "étoile de l'aube" pourrait servir à contrer la transmission, mais Étienne n'avait pas reçu les automates ; il lui aurait fallu programmer chaque unité individuellement.
« Il faut changer le plan », dit Marie, les yeux fixés sur les régulateurs. « Non pas se rendre à la Châtelet d'abord. Mais activer le "scrupule" *à la source* — ici, dans cette fonderie, avant que les automates ne soient déployés dans la rue. »
Étienne comprit. Ils possédaient désormais les régulateurs maîtres — les clés mêmes par lesquelles Fouché comptait commander sa démonstration. S'ils reprogrammaient chaque unité lors de la transmission, ils pourraient inverser la parade en insurrection.
Un grinche dans les ombres au-dehors les fit se figer.
« Des pas », prévint Léa.
Étienne fit disparaître un troisième régulateur dans son manteau, laissant le reste sur le mur. « Nous avons ce qu'il nous faut. Repli par l'égout — maintenant. »
Ils s'éclipsèrent par l'escalier de service, laissant les enregistrements du comptable ouverts sur la table, comme pour occuper les regards si quelqu'un entrait.
Mais tandis qu'il descendait dans l'obscurité, le regard d'Étienne s'attardait un instant sur les silhouettes enchaînées au fond de la fonderie. Il reconnaissait certains visages — des ouvriers disparus des arrondissements de l'est, des métallos portés « disparus en atelier » depuis des années.
Le visage de son frère lui revint, prononçant une phrase qu'il n'avait jamais comprise à l'époque : *« Tu crois qu'une horloge vit uniquement parce qu'on la remonte ? Elle vit parce qu'on la regarde. »*
Émile avait vu cela. Émile avait vu les esclaves, les hommes réduits en carburant. Et pour l'avoir vu, on l'avait tué.
Ou bien — une pensée acide traversa l'esprit d'Étienne — *Émile avait-il été complice* ? Pourquoi ses notes portaient-elles des tracés si précis de la fonderie, avec l'emplacement des valves de sécurité ?
Mais l'instant passa. Marie l'attendait plus bas, les mains pleines de régulateurs volés, et les pavés de Paris résonnaient au-dessus d'eux du grondement d'une ville qui dormait encore sans savoir que, dans moins de vingt-quatre heures, ses rues s'empliraient de machines soudain réveillées.
Il serra la carte de son frère contre sa poitrine, là où battait son cœur.
<STATE> summary: Étienne, leading a small crew into a hidden foundry beneath the catacombs, discovers the militarized automatons are powered by slave labor crews. He steals three master regulators, but learns Fouché has moved the timetable: the automated regiment will be paraded publicly at dawn, forcing a change of plan from intercepting the Mother to reprogramming the automata at the source. threads: - Étienne now possesses three master regulators; modifying them may allow him to trigger the "scrupule" protocol from a distance - The 18-7 council vote may be tested by the change of plan from the Châtelet junction to the foundry site - The number of slaves in the foundry will likely swell if Fouché learns of the raid - resource drain and risk of reprisals - Étienne's suspicion that Émile may have been complicit (not merely a victim) is now awakened, tying into the next chapter's ledger revelation - Fouché's public demonstration at the Jardin des Plantes at dawn makes the timing for any operation even tighter than planned - The code-word "étoile de l'aube" is still only valid for the current lunar cycle </STATE>
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