La Ligne Au Dela Des Dunes
Lire le chapitre 13: — LE BÉTON À CINQUANTE DEGRÉS
Le chantier passa progressivement des terrassements aux ouvrages.
Le désert changea simplement de méthode pour compliquer les choses.
Sous une température extrême, le béton devenait une autre bataille : granulats brûlants, eau de gâchage trop chaude, évaporation rapide, risque de fissuration et écarts thermiques difficiles à maîtriser.
Julien imposa avec le laboratoire une série d’adaptations : stockage des granulats sous ombrières, protection des cuves, bétonnage de nuit, contrôle renforcé de la température, eau refroidie lorsque cela était nécessaire et dosage précis des adjuvants.
Lors d’un coulage important, Marc arriva vers vingt-trois heures avec sa lampe et une vieille tasse en métal émaillé.
Julien la regarda.
— Elle a survécu à combien de chantiers ?
— Plus que vous.
— Elle a peut-être droit à une pension.
— Continuez et je vous coule avec la prochaine dalle.
Ils contrôlèrent ensemble les armatures, le coffrage et les relevés.
Marc s’accroupit devant un joint, posa une main sur la hanche et avança légèrement le pied droit.
Julien resta immobile.
Il avait exactement le même geste.
Camille, qui observait derrière eux, murmura plus tard :
— Vous faites ça tout le temps.
— Quoi ?
— Les mêmes mouvements. Même façon de plisser l’œil gauche quand quelque chose vous agace. Même manie de taper deux fois sur un plan avant de contredire quelqu’un.
Julien sourit.
— Déformation professionnelle.
— Peut-être.
Elle ne développa pas.
Mais pour la première fois, Julien regarda Marc Delcourt comme autre chose qu’un chef difficile.
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