La Longue Tromperie
Lire le chapitre 37: The New Genesis
La lumière était douce, presque irréelle. Kaelen cligna des yeux, la paume contre une terre qui n'était pas du métal. Une odeur de végétation humide et de terre remuée emplissait ses narines. Autour de lui, des silhouettes s'affairaient—des rebelles de l'équipage de Renaud, des colons en combinaison de survie, des visages qu'il connaissait des ponts inférieurs, tous tachés de poussière et de sueur.
— Il est réveillé.
La voix traversa le brouillard. Il tenta de s'asseoir, mais une main ferme le maintint en place.
— Doucement. Tu as traversé une atmosphère dans une coque à moitié déchiquetée. Donne-toi une minute.
Kaelen reconnut la forme penchée sur lui avant même que ses yeux ne fassent la mise au point. Lyra. Ses cheveux grisonnaient aux tempes, des rides nouvelles creusaient son visage, mais ses yeux—les mêmes yeux gris acier qui l'avaient regardé s'éloigner dans le sas il y a huit ans—le fixaient avec une intensité presque douloureuse.
— Lyra.
Il prononça son nom comme une prière, comme une expiation. Les souvenirs fragmentaires que l'antidote de Maris avait restitués remontaient à la surface—elle, dans la serre, lui confiant ses craintes sur la peste ; elle, disparue un matin sans laisser de trace ; lui, passant des années à fouiller chaque recoin du vaisseau, à interroger chaque officier, à refuser d'accepter le verdict officiel.
— Tu es vivante, dit-il, la voix rauque.
— Toi aussi. Je m'en souviens, c'était moins sûr pour toi.
Lyra s'accroupit à ses côtés, l'aidant à se redresser contre une roche plate. Le paysage autour d'eux était une vallée encaissée, des parois de grès rouge s'élevant vers un ciel d'un bleu étranger. Un cours d'eau scintillait dans le lointain, bordé d'une végétation dense aux reflets violets. La coque brisée de l'arche vaisseau s'élevait à quelques centaines de mètres, fumante encore, déjà entourée d'un périmètre de tentes dressées à la hâte.
— Tu n'étais pas censée être là, dit Kaelen. J'ai parcouru les ponts vides, les archives, tout. Personne ne savait où tu étais. On m'a dit que tu étais morte dans un accident de maintenance.
— On t'a dit ce qu'on voulait que tu croies. Comme pour le reste.
La colère monta en lui, vite noyée sous la culpabilité. Huit ans de recherches. Huit ans à se consumer contre les mensonges du conseil, et elle était là, vivante, plus vieille, avec dans le regard quelque chose qu'il ne lui connaissait pas—une résolution dure, forgée par les épreuves.
— C'est toi qui les as fait disparaître, dit-il. Les enregistrements, les preuves que je trouvais sur la peste. J'ai cru que c'était Jena. Que c'était le conseil. Mais c'était toi—tu effaçais mes traces.
Lyra ne détourna pas le regard.
— Je devais te protéger. Si tu avais trouvé la vérité avant l'heure, ils t'auraient tué. Ou pire—ils t'auraient envoyé sur cette planète pour que tu disparaisses comme moi.
— Mais pourquoi ne m'as-tu pas tout simplement dit ?
— Parce que je ne savais pas si tu étais prêt. Et parce que j'avais besoin que tu doutes. Que tu creuses. Que tu deviennes la seule personne assez obstinée pour refuser les mensonges.
Elle sortit de sa poche un petit boîtier métallique, cabossé par les années. Kaelen le reconnut immédiatement.
— Ton cylindre, murmura-t-il. Celui que tu m'as laissé.
— Celui que j'ai caché dans ta couchette la nuit de mon départ. Tu ne l'as jamais ouvert.
— Je t'ai juré que je le ferais sur la planète. C'était une promesse que je me faisais—que je te reverrais avant de l'ouvrir.
Lyra secoua la tête, un sourire triste aux lèvres.
— Tu t'es menti à toi-même pendant huit ans. C'est peut-être la chose la plus héroïque que j'aie jamais vue.
Elle posa le cylindre dans sa main. Il était chaud contre sa paume, résonnant d'une vibration familière.
— Je n'étais pas exilée, Kaelen. Je me suis portée volontaire pour partir. La peste que le conseil cachait—je savais qu'un remède existait sur cette planète. Les rapports des premières sondes mentionnaient une plante, la sauge stellaire, que les colons autochtones utilisaient contre les fièvres. J'ai convaincu Renaud de m'envoyer ici sous le couvert d'une condamnation. Il a organisé ma disparition pour que Jena ne sache jamais où j'étais. Il m'a sacrifié sa carrière, sa réputation, presque sa vie.
— Et tu as trouvé la plante ?
— Oui. Mais elle seule ne suffit pas. Il faut la combiner avec un procédé biochimique du vaisseau—celui que Maris a recréé à partir de l'échantillon de peste. Sans ton retour, sans elle, le remède est incomplet. Tu as compris ça tout seul, à l'arrivée.
Kaelen regarda le cylindre, puis ses mains. Ses doigts étaient écorchés, ses articulations douloureuses. Les souvenirs de la fusion avec le cœur organique du vaisseau restaient flous, mais il sentait comme une présence résiduelle en lui, un écho du navire mourant.
— Je pensais que je trouverais la vérité ici, dit-il lentement. Que je te retrouverais, et que tout le reste cesserait d'être un mensonge. Mais c'est plus compliqué.
— Comme toujours.
Le silence s'étendit entre eux, chargé de tout ce qu'ils ne disaient pas. Les années perdues. Les serments brisés. Les mensonges qu'il avait infligés aux autres par son invention du cylindre, sa fausse promesse qu'il ne pouvait ouvrir qu'ici.
— Pardonne-moi, Lyra. Pour n'avoir pas cru. Pour t'avoir cherchée à moitié, en gardant tes messages scellés par peur de ce qu'ils me diraient. Pour être devenu un héros que je ne mérite pas.
Lyra rit doucement—un son qu'il n'avait pas entendu depuis des années, et qu'il avait cru ne jamais entendre à nouveau.
— Tu as accompli ma mission, Kaelen. Tu as exposé la peste. Tu as brisé le conseil. Tu as fait tomber l'arche du ciel pour que nous puissions enfin toucher le sol. Qu'y a-t-il à pardonner ?
— La vérité. Je l'ai inventée autant que je l'ai découverte.
— C'est ce que font tous les héros. Ils finissent par créer la vérité qu'ils ont trouvée.
Elle se releva, tendant la main pour l'aider à se mettre debout. Ses jambes tremblaient, mais il tint debout, regardant autour de lui la colonie naissante. Des enfants couraient entre les tentes. Des adultes assemblaient des structures préfabriquées. Dans la coque du vaisseau éventré, des lumières vacillaient—des soudeurs, des techniciens, la vie recommençant.
Le cylindre toujours dans sa main, Kaelen le soupesa. Il pourrait l'ouvrir maintenant. Mais peut-être que certaines vérités n'avaient pas besoin d'être révélées tout de suite. Peut-être que certaines attentes valaient plus que leur confirmation.
— Qu'est-ce que Jena ? demanda-t-il.
— Blessée, cachée quelque part dans les hautes terres. Elle a encore la capacité de tirer depuis la lune. Nous avons besoin de temps, et de fortifications.
— Nous avons besoin de Maris, dit Kaelen.
— Elle arrivera avec le reste de l'équipage dans les prochaines heures. Le vaisseau est immobilisé, mais les nacelles de sauvetage fonctionnent. Nous aurons une ville avant la fin de la saison.
Kaelen hocha la tête, puis ferma les yeux un instant. La lumière du soleil étranger sur son visage. L'odeur de l'air nouveau. Le poids du sol sous ses pieds.
— Alors commençons, dit-il.
Lyra sourit, et pour la première fois depuis des années, Kaelen vit son avenir déployé devant lui—non pas un mensonge tissé de peur, mais une histoire qu'ils écriraient ensemble.
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