La Lumière des Profondeurs
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Le voyage de retour au Niveau Quatre prit plus de temps qu'il n'aurait dû. Le train était bondé de gens revenant du travail dans les niveaux supérieurs, les visages fatigués mais pleins d'espoir. Lucien se tenait dans un coin du wagon, regardant les tunnels défiler, sentant la vibration des rails sous ses pieds.
Il avait passé douze ans à entretenir l'infrastructure du sous-sol. Il avait réparé les ventilateurs, les pompes, les lumières, les câbles. Il avait maintenu la machine en marche, même quand il n'en comprenait pas le but. Mais maintenant, il comprenait. La machine n'était pas seulement de l'infrastructure. C'était la société. C'était le système qui déterminait qui vivait dans le confort et qui vivait dans l'obscurité.
Et le système changeait.
Le train arriva à la station Vavin, et Lucien descendit sur le quai. La station semblait la même que toujours : les vieux tourniquets, le carrelage écaillé, l'odeur d'humidité et de rouille. Mais quelque chose était différent. Les lumières, réalisa-t-il. Les lumières étaient plus brillantes.
Il traversa les couloirs jusqu'à son logement, saluant les voisins qui le reconnaissaient. Certains le dévisagèrent, l'air curieux ou méfiant. D'autres sourirent et saluèrent. La nouvelle s'était répandue de ce qu'il avait fait. Il était un héros pour certains, un fauteur de troubles pour d'autres.
Son logement était exactement comme il l'avait laissé : le lit, le bureau, l'étagère d'outils et de livres. La tablette fissurée reposait encore sur l'oreiller. Il la ramassa, surpris que personne ne l'ait prise. Peut-être que la Garde avait fouillé la pièce et n'avait rien trouvé d'intéressant. Ou peut-être l'avaient-ils simplement oublié.
Il s'assit sur le lit et regarda autour de la petite pièce. Cela avait été son chez-lui pendant douze ans. C'était tout ce qu'il avait.
Mais ce n'était plus assez. Il avait vu trop de choses, appris trop de choses, pour se contenter d'une vie de maintenance tranquille. Le sous-sol changeait, et il voulait faire partie de ce changement.
Il quitta son logement et se dirigea vers les tunnels inférieurs, où Marc était encore caché. Le vieil homme voudrait savoir ce qui s'était passé. Il voudrait savoir que le sacrifice en valait la peine.
Les tunnels étaient sombres et silencieux, le territoire familier de la résistance. Lucien s'y déplaçait avec une aisance exercée, sa lampe frontale guidant son chemin. Il passa la chambre de jonction où il avait installé le relais de dérivation, maintenant vide et scellée de ruban officiel. Il passa les locaux de stockage abandonnés où la résistance avait tenu ses réunions. Il passa les murs couverts de graffitis, les rails rouillés, le calcaire effrité.
Enfin, il atteignit la chambre de Marc, cachée au fond des tunnels de carrière. Il frappa à la porte, trois coups brefs suivis de deux coups longs. Le code avait été convenu des mois plus tôt.
La porte s'ouvrit sur une fente, et l'œil de Marc apparut dans l'ouverture.
« Lucien, » dit-il, la voix surprise. « Tu es sorti.
— Je suis sorti, » confirma Lucien. « Je peux entrer ? »
Marc ouvrit complètement la porte et lui fit signe d'entrer. La pièce était encombrée de schémas, d'équipements et des débris d'une vie passée dans la résistance. Mais il y avait un sens de l'ordre dans le chaos, un agencement systématique qui reflétait l'esprit d'ingénieur de Marc.
Ils s'assirent à la petite table, et Marc versa deux tasses de chicorée. Le thé était faible, mais Lucien le but avec reconnaissance.
« Que s'est-il passé ? » demanda Marc. « J'ai entendu parler de l'audience, mais je ne savais pas à quoi m'attendre.
— Les charges ont été levées, » dit Lucien. « Le nouveau Directeur a reconnu que j'avais agi dans l'intérêt public.
— Le nouveau Directeur. » Marc renifla. « Henri Leclerc. Il visait le poste de Véronique Charpentier depuis des années. Le scandale lui a donné l'ouverture dont il avait besoin. Ne prends pas ses réformes pour un vrai changement.
— Je sais, » dit Lucien. « Claire m'a prévenu. Le Conseil est toujours au pouvoir. Le système est toujours intact. Mais les choses sont différentes maintenant. Les gens connaissent la vérité.
— Connaître la vérité et agir en conséquence sont deux choses différentes, » dit Marc. « Le Conseil a survécu à des crises avant. Ils surmonteront celle-ci aussi, si nous les laissons faire.
— Alors nous ne les laisserons pas faire, » dit Lucien. « Nous continuerons à nous battre. À nous organiser. À pousser pour le changement. »
Marc l'étudia un long moment, les yeux scrutateurs. « Tu as changé, » dit-il enfin. « Le Lucien Artaud qui est venu me voir il y a quelques semaines avait peur. Il ne savait pas s'il était prêt à tout risquer. Cet homme est différent. »
Lucien acquiesça. « La cellule m'a changé. L'obscurité. J'ai passé dix jours dans cette cellule, Marc. Dix jours avec rien d'autre que mes pensées. Et j'ai réalisé que je ne peux pas revenir en arrière. Je ne peux pas simplement réparer les lumières et prétendre que tout va bien. Je dois faire plus. »
Marc sourit, une expression rare sur son visage buriné. « Alors tu as trouvé ton but. C'est plus que la plupart des gens n'accomplissent jamais. »
Il tendit la main à travers la table et serra celle de Lucien. « Bienvenue dans la résistance, frère. La vraie résistance. La longue lutte. »
Lucien serra sa main en retour. « Je suis prêt. »
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