La Lumière des Profondeurs
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L'audience se tint dans un petit tribunal du district administratif du Niveau Un. Lucien se tenait devant un panel de trois juges, les mains jointes devant lui, tandis qu'un avocat nommé par la Régie présentait son dossier. Les charges étaient graves : accès non autorisé à des infrastructures restreintes, destruction de biens publics, conspiration en vue de perturber le réseau électrique.
Mais les vents politiques avaient tourné. Le nouveau Directeur de la Régie, un réformateur nommé Henri Leclerc, avait publiquement reconnu l'existence des dispositifs non autorisés et promis une enquête complète. Le Conseil des Profondeurs était en plein désarroi, ses membres se bousculant pour prendre leurs distances avec le scandale. La dernière chose que quiconque voulait était de faire un martyr de l'homme qui avait exposé la vérité.
Les juges délibérèrent moins d'une heure. À leur retour, le juge principal lut le verdict d'un ton neutre et plat.
« Lucien Artaud, les charges retenues contre vous sont levées. Le tribunal reconnaît que vos actions, bien que techniquement illégales, ont été entreprises dans l'intérêt public. Vous êtes libre de partir. »
Lucien resta debout dans le tribunal, abasourdi, tandis que les mots pénétraient. Libre. Il était libre.
L'avocat lui serra la main, souriant. « Félicitations. Vous êtes un homme libre. »
Lucien acquiesça, encore étourdi. Il sortit du tribunal et se retrouva dans le couloir, où Claire l'attendait.
« Alors ? » demanda-t-elle.
« Charges levées, » dit-il. « Toutes. »
Le sourire de Claire s'élargit. « Je vous avais dit que ça marcherait. »
Lucien secoua lentement la tête. « Je n'y croyais pas. Je ne pensais pas... Je ne pensais pas que le système me laisserait jamais partir.
— Le système change, » dit Claire. « Lentement, douloureusement, mais il change. Et vous faites partie de ce changement maintenant. »
Ils marchèrent ensemble dans les couloirs du Niveau Un, devant les vitrines étincelantes et les résidents bien habillés. C'était un monde différent du Niveau Quatre, un monde de privilèges et de confort que Lucien n'avait jamais pleinement compris. Mais maintenant, il le voyait avec des yeux neufs. Le confort reposait sur un socle de mensonges—des mensonges qu'il avait contribué à exposer.
« Où allez-vous ? » demanda Claire. « De retour à votre logement ? »
Lucien pensa à sa chambre à la station Vavin, au lit étroit, à la tablette fissurée. Cela semblait appartenir à une autre vie.
« Je ne sais pas, » dit-il. « Je ne sais pas si je peux y retourner. Tout semble différent maintenant.
— C'est parce que tout est différent, » dit Claire. « Le monde a changé pendant que vous étiez dans cette cellule. Les restrictions électriques ont été levées. Les niveaux inférieurs reçoivent la pleine puissance. Les gens commencent à parler de ce qui pourrait être possible d'autre—de meilleurs logements, une distribution alimentaire plus équitable, une vraie voix dans les décisions qui affectent leur vie.
— Et le Conseil ?
— Le Conseil se bat pour survivre. Ils ont arrêté quelques boucs émissaires, promis des réformes, tenté de rejeter la faute. Mais la vérité est sortie. Les gens savent qu'on leur a menti. Ils n'oublieront pas. »
Lucien acquiesça. La vérité était une chose puissante. Elle ne pouvait pas être désapprise.
Ils atteignirent le quai de la station du Niveau Un, où les trains circulaient à nouveau pour la première fois depuis des années. La nouvelle administration avait priorisé la restauration du service ferroviaire, reconnaissant que la connectivité était essentielle pour reconstruire la confiance. Lucien regarda le train approcher, ses phares perçant l'obscurité du tunnel.
« Où allez-vous ? » demanda Claire.
Lucien réfléchit un instant. Puis il sourit, un petit sourire hésitant qui semblait étrange sur son visage.
« Je rentre chez moi, » dit-il. « Au Niveau Quatre. »
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