La Marée Revient
Lire le chapitre 19: The Testimony
The phone crackled with the static of the lighthouse's ancient wiring. Camille pressed it harder against her ear, the wind off the harbor whipping strands of hair across her face.
"Papa, écoute-moi. C'est le moment."
Silence. Then his voice, hoarse and tired. "Camille, je ne peux pas. Si je me montre..."
"Ils savent déjà que tu es vivant. Le garde-côte l'a découvert. Tu ne peux plus te cacher." She paused, watching a fishing boat chug past the jetty, its hull streaked with rust. "Mais tu peux choisir *comment* tu te montres. Pas comme un fugitif. Comme un homme qui dit la vérité."
Another long silence. She could hear the sea crashing against the rocks below the lighthouse, a sound she'd grown up with, a sound that had always meant safety. Now it just sounded like time running out.
"Le conseil municipal se réunit demain," she pushed. "Yann a parlé à Le Guen. Il peut nous obtenir une comparution. Toi, devant eux, avec les données. Pas de fuite, papa. Une déposition."
"Je suis un homme mort aux yeux de la loi depuis dix-sept ans."
"Et c'est précisément pour ça qu'ils t'écouteront." She lowered her voice. "Perrot sera là. Son avocate aussi. Mais ils ne s'attendent pas à toi. C'est notre seule arme."
The line hissed. She thought she'd lost him. Then, a sound she hadn't heard in weeks—something between a laugh and a sob.
"Tu as la tête de ta mère." A pause. "Elle aurait fait pareil. Elle n'aurait jamais laissé tomber."
Camille's throat tightened. Her mother. The woman whose letter had upended everything. She pushed the thought away. "Demain, huit heures. Le Guen viendra te chercher au vieux hangar à sel. Je serai là, dans la salle. Tu ne seras pas seul."
"Il y a des choses que tu ne sais pas encore, Camille. Des choses que je n'ai pas eu le courage de te dire."
"Alors tu me les diras quand ce sera fini. Pas avant." She hung up before he could argue.
Yann was leaning against the stone wall of the quay, his arms crossed. "Alors?"
"On a un témoin." She checked her phone. "Reste à convaincre le conseil de l'écouter."
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They found Le Guen in his office behind the capitainerie, a cramped space smelling of diesel and old paper. The harbor master listened without interrupting, his weathered face unreadable. When Yann finished explaining, Le Guen nodded slowly.
"Demain, neuf heures. Je peux vous avoir dix minutes avant l'ordre du jour officiel." He rubbed the back of his neck. "Mais attention. La salle sera pleine. Perrot aura son monde. Et l'avocate..." He spat the word. "Élodie Marchand. Elle est redoutable. Elle connaît chaque article du code et elle sait comment tordre une procédure."
"On n'a rien à cacher," Camille said.
Le Guen gave her a long look. "C'est ce que disait ton père, avant." Il se leva, ouvrit un tiroir, et en sortit une enveloppe jaunie. "J'avais gardé ça. Au cas où quelqu'un viendrait un jour demander des comptes."
Camille prit l'enveloppe. À l'intérieur, une photo—vieille de vingt ans, le papier glacé craquelé—montrait un groupe de pêcheurs devant un chalutier. Au premier plan, un homme jeune, sourire franc, un filet sur l'épaule.
"Le Bozec," dit Le Guen. "Il travaillait avec ton père. Il savait où les rejets étaient faits. Il a vu des choses, cette année-là. Mais il n'a jamais parlé."
"Pourquoi?"
Le Guen haussa les épaules. "La peur. Ou l'argent. Ou les deux." Il rangea la photo. "Je sais pas où il vit maintenant. Mais je sais qu'il est encore dans la région."
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La salle du conseil municipal était un vestige du XIXe siècle—plafonds moulurés, boiseries sombres, portraits d'anciens maires au regard sévère. Camille s'assit au fond, entre Yann et Soizic, qui avait insisté pour venir.
"Tu trembles," murmura Soizic.
"Je ne tremble pas."
Soizic posa sa main sur la sienne. "Si. Et c'est normal."
La porte s'ouvrit. Perrot entra, costume sombre impeccable, suivi d'Élodie Marchand—une femme d'une cinquantaine d'années aux cheveux tirés, lunettes fines, l'allure d'une prédatrice en tailleur. Perrot ne regarda personne. Il s'assit au premier rang, croisa les jambes, consulta son téléphone.
Puis la porte se rouvrit.
Camille retint son souffle. Son père entra, encadré par Le Guen. Il avait vieilli de vingt ans en quelques semaines—barbe grise, visage creusé, vêtements froissés. Mais il se tenait droit. Il croisa le regard de Camille, et quelque chose passa entre eux. Elle hocha la tête.
Il prit place à la barre.
Le maire, un homme effacé aux lunettes épaisses, ouvrit la séance avec une gêne visible. "Nous avons une comparution exceptionnelle... Monsieur Thomas Le Goff, qui était porté disparu depuis 2006, souhaite présenter des éléments concernant la pollution du littoral de cette année-là."
Un murmure parcourut la salle. Perrot ne bougea pas, mais Camille vit un muscle tressaillir dans sa mâchoire.
Son père parla posément. Il raconta les nuits de surveillance, les relevés illégaux, l'usine Keravel Marine et ses rejets nocturnes. Il décrivit les échantillons d'eau prélevés, conservés, datés. Il cita les chiffres—des taux de métaux lourds dépassant de quarante fois les normes.
Quand il eut fini, Élodie Marchand se leva. Sa voix était douce, presque affectueuse, et c'était exactement pour ça qu'elle était dangereuse.
"Monsieur Le Goff, je vous remercie pour ce témoignage émouvant." Elle ajusta ses lunettes. "Mais vous nous demandez de croire à des événements vieux de dix-sept ans. Des allégations pour lesquelles vous n'avez jamais porté plainte à l'époque. Et surtout..." Elle sourit. "Les délais de prescription sont largement dépassés. Même si ces faits étaient avérés, la loi ne permet plus aucune poursuite."
Camille sentit le sol se dérober. Prescription. Elle n'y avait pas pensé.
Yann se leva. "La prescription ne couvre pas la dissimulation active de preuves. Nous avons des documents qui prouvent que Keravel Marine a non seulement pollué, mais a fait disparaître des éléments d'enquête."
Marchand haussa les sourcils. "Des documents? Des copies? Des fichiers trouvés sur une clé USB? Monsieur, dans ce tribunal, nous appelons ça des pièces non authentifiées."
Yann sortit une carte de sa sacoche—la carte manuscrite trouvée dans le journal de bord, avec ses marques et l'îlot marqué K.D.V. "Cette carte, signée par un employé de Keravel Marine, montre un site de rejet non déclaré."
Perrot rit. Un rire sec, méprisant. "Cette carte est un faux. Tout le monde peut dessiner un bout de papier et prétendre qu'il prouve quelque chose. Où est l'original? Qui peut attester de sa provenance?"
Le silence tomba. Camille vit les regards des conseillers municipaux se détourner, les épaules se hausser. Le maire leva la main.
"Le conseil propose de suspendre la séance. Nous allons..." Il hésita. "Nous allons mandater un expert indépendant pour examiner ces documents. Nous nous réunirons à nouveau dans une semaine."
Une semaine. Camille compta les heures. Sa dette serait exigible demain soir.
La séance fut levée. La salle se vida rapidement, Perrot et Marchand partant les premiers sans un regard en arrière. Son père s'approcha d'elle, les épaules affaissées.
"Ça n'a pas suffi," murmura-t-il.
"Ça va suffire." Elle n'en croyait pas un mot.
Yann rangeait ses documents quand son téléphone vibra. Il consulta l'écran, pâlit.
"Quoi?" demanda Camille.
"Le Bozec." Il releva la tête. "Le vieux pêcheur dont on parlait. J'ai un contact qui devait confirmer sa présence pour témoigner." Il tendit le téléphone. "Il est introuvable. Sa maison est vide. Sa barque a disparu du port ce matin."
Camille regarda la photo jaunie que Le Guen lui avait donnée. Le vieux pêcheur souriait, le visage ouvert, confiant. Le dernier témoin oculaire qui pouvait corroborer le témoignage de son père.
Disparu. Quand la séance avait commencé. Pas avant.
Elle leva les yeux vers la fenêtre de la salle du conseil, où le drapeau breton claquait dans le vent. Perrot était déjà dans sa voiture, téléphone collé à l'oreille.
Il n'avait pas paniqué, pensa-t-elle. Pas une seconde. Il avait attendu. Parce qu'il savait que personne ne viendrait témoigner.
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