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La Récolte de la Veuve

Lire le chapitre 5: The Wall Secret

La pluie s’était arrêtée, mais l’air restait lourd, chargé d’humidité et de terre retournée. Maeve se tenait dans la cour, les mains croisées sur son tablier, tandis qu’Ashworth inspectait le conduit de cheminée de la cuisine avec une minutie exaspérante. Il avait décliné le thé, décliné le siège près du feu, et semblait déterminé à examiner chaque brique comme si elle pouvait renfermer un secret.

Elle entendit le bruit avant de le voir. Un craquement sourd, suivi d’un juron étouffé, venait de la vieille tour à l’est. Maeve se retourna, le cœur battant. Tommy, le fils de la laitière, avait été envoyé là-haut pour consolider le mur du dernier étage, celui qui avait souffert des tempêtes de l’hiver précédent. Elle n’avait pas prévenu Ashworth qu’un ouvrier travaillait dans cette partie de la propriété.

« Qu’est-ce que c’est que ce bruit ? » demanda Ashworth, sans se retourner, le regard fixé sur la maçonnerie.

« Le vent », dit Maeve trop vite.

Il daigna enfin la regarder, un sourcil levé. « Le vent ? Il n’y a pas un souffle d’air. »

Elle soutint son regard sans ciller. Elle avait appris, avec Colm, à mentir avec une grâce telle qu’on aurait cru à une confession de vérité. « La tour vieillit. Les pierres bougent. » Elle inclina la tête vers la maison. « Voulez-vous voir le cellier ? »

Ashworth rangea son crayon dans la poche de son gilet et la suivit, de mauvaise grâce. Maeve prit soin de marcher lentement, de parler du sol argileux, du rendement des pommes de terre, de la qualité de l’eau du puits. Tout pourtant hurlait en elle de courir vers la tour, de découvrir ce que Tommy avait brisé.

Une heure plus tard, elle trouva un prétexte. La lessive. Ses mains. La nécessité de vérifier le séchage du linge à l’étage. Ashworth était installé dans la bibliothèque, le livre de comptes de Colm ouvert devant lui, et griffonnait des colonnes dans son propre carnet. Il ne leva pas la tête quand elle sortit.

La tour était froide, plus froide que le reste de la maison, comme si la pierre respirait la brume qui enveloppait les champs. L’escalier en colimaçon sentait le moisi et la chaux éteinte. Elle grimpa les quatre étages, sa jupe balayant les marches irrégulières, et trouva Tommy assis sur un tas de cailloux, le visage pâle.

« Madame Kelly… » Il tenait un objet dans ses mains moites, comme s’il avait peur de le brûler. « C’est tombé du mur. Quand j’ai retiré la brique fêlée. »

Maeve s’approcha. Entre les doigts du garçon, un lourd médaillon doré, terni par la fumée et le temps, se balançait au bout d’une chaîne d’or fine et souple, à peine oxydée. Elle le prit d’instinct, et son pouce caressa le couvercle.

Une gravure. Un M. En lettres capitales, profondément incisées.

« M », murmura-t-elle.

— Mme Kelly ?

— Le médaillon de mon père », dit-elle, la gorge serrée.

Daniel Brennan avait disparu quand elle avait huit ans, emporté par une fièvre lors de la grande récolte pourrie. Elle ne gardait de lui qu’une vague image de barbe noire et de grand rire, et le souvenir d’une odeur de tabac froid et de cuir mouillé. Colm lui avait dit un jour que tout ce qui leur restait de son père était un vieux fusil et une batterie de cuisine cabossée.

Elle fit courir son ongle le long du bord du médaillon. Il résista d’abord, puis céda avec un clic sec. L’intérieur s’ouvrit en deux volets. D’un côté, une mèche de cheveux roux, enroulée serrée comme une tresse minuscule, attachée par un fil de soie noire. De l’autre, pas de portrait miniature – une pièce de papier pliée en quatre, si fine qu’elle semblait prête à s’effriter.

Tommy se pencha, curieux.

« Va chercher de l’eau », ordonna Maeve, le ton plus brusque qu’elle ne voulait. « Et ne parle de ceci à personne. À personne. Tu m’entends ? »

Le garçon déglutit et disparut dans l’escalier, ses sabots claquant sur la pierre.

Maeve s’accroupit près de la fenêtre étroite, dans la lumière grise du soir, et déplia le papier. C’était une carte, ou l’esquisse d’une carte. Deux traits à l’encre noire indiquaient une rivière, un méandre qui ressemblait à celui de l’Aille, et trois croix tracées au charbon. Pas de légende, pas de nom. Au verso, une écriture hachée, pressée, qui avait déchiré le papier par endroits :

« Que mon fils n’oublie jamais. Ce que j’ai pris, je le rendrai. Ce que j’ai caché, il le trouvera. Que la honte ne soit pas sa compagne, mais sa lanterne. — DB »

Son cœur s’emballa. DB. Daniel Brennan. Mais « mon fils » ? Elle n’avait pas de frère vivant – du moins, elle n’en avait plus, croyait-elle, jusqu’à la nouvelle de Cormac. À moins que ce message ne fût adressé à Cormac, l’aîné, celui qui était parti pour l’Amérique, celui qu’elle avait pleuré pendant dix ans.

Qu’avait caché son père ? Et pourquoi dans un mur, à l’intérieur d’un médaillon doré ?

Elle défit le fil de soie noire qui retenait la mèche de cheveux. Elle était rousse, d’un roux profond, presque cuivré. Les cheveux de sa mère étaient gris depuis des années, mais autrefois – on les disait bruns. Les siens étaient d’un brun mou, sans éclat. Le roux flamboyant était un étranger dans cette famille.

Sauf que. Sauf que sa grand-mère maternelle, la vieille Ann Kerrigan, était connue pour sa crinière ardente qui lui arrivait à la taille, un roux si vif que les voisins disaient qu’elle portait un feu de tourbe sur la tête. Maeve avait vu un daguerréotype d’elle chez une tante à Galway.

Que signifiait ce roux ? Un amant ? Un enfant perdu ? Une honte de famille que son père avait emportée dans la tombe ?

Elle replaça la mèche dans le médaillon, glissa la carte entre les deux volets, et referma l’or. La pièce était froide dans sa paume, d’un poids qui n’avait rien à voir avec sa masse.

Elle songea à Ashworth, en bas, qui calculait la valeur de tout ce qu’il voyait. Si ce médaillon annonçait une fortune cachée, elle ne pouvait pas laisser l’Anglais le découvrir. Il transformerait une dette de cent livres en une dette de mille, et c’était déjà bien assez.

Mais elle ne pouvait pas non plus le détruire. Son père l’avait écrit : « Que mon fils le trouve. » Elle n’était pas un fils. Et Cormac était censé être mort. Si le médaillon s’adressait à lui, alors peut-être – peut-être – que le retour qu’il projetait sur sa carte postale n’était pas uniquement une affaire de vengeance. Peut-être venait-il chercher ce que leur père avait caché.

Maeve cacha le médaillon dans son corset, contre sa peau, là où personne ne songerait à chercher. Elle replaça la brique fêlée dans son creux, avec un peu de mortier ramassé dans l’angle du mur, et tapota la surface pour que tout paraisse intact.

En redescendant l’escalier, elle faillit heurter Ashworth, qui montait, un carnet à la main.

« Vous êtes essoufflée », observa-t-il, sans malice particulière.

— La tour a quatre étages », dit-elle, souriant du mieux qu’elle put. « Et elle n’a pas été faite pour les jupes. »

Il la laissa passer, mais elle sentit ses yeux dans son dos. Dans son carnet, elle en était sûre, une nouvelle ligne apparaîtrait ce soir, une autre note sur ce qu’elle cachait. Et cette fois, il n’aurait pas tout à fait tort.

Elle trouva sa mère dans la cuisine, en train de pétrir une pâte maigre avec une économie de gestes apprise dans la pénurie.

« Tu es pâle », dit Anna Brennan sans cesser de pétrir.

— Le vent.

— Il n’y a pas de vent.

Maeve ne répondit pas. Elle sentait le médaillon froid contre sa poitrine, la carte rugueuse qui semblait lui brûler la peau, et la question qui tournait dans sa tête comme une roue de moulin sans eau :

Qu’avait fait son père ? Les trois croix sur la carte. Une fortune cachée. Et pourquoi – pourquoi – la honte devait-elle être sa lanterne ?

Ce soir, quand Ashworth serait endormi, elle irait voir Padraig. S’il avait servi Colm depuis l’enfance, il avait peut-être servi son père avant. Il savait peut-être ce que ces trois croix représentaient. Et il lui dirait si le secret valait la peine qu’on cache la vérité – encore une fois.