La Révélation Parisienne
Lire le chapitre 33: The Evidence Stolen
La boîte était vide.
Claire fixait le rectangle d'acier gris, la clé encore serrée entre ses doigts. Le guichetier, un homme au visage fatigué qui sentait le tabac froid, haussa les épaules avec une indifférence étudiée.
— C'est impossible, murmura-t-elle. J'ai déposé une enveloppe ici il y a trois jours.
— Madame, la banque a été cambriolée la nuit dernière. La police a fait le constat. Toutes les boîtes du troisième rang ont été forcées.
— La police, répéta-t-elle, la bouche sèche.
— Oui. Les agents sont venus ce matin. Ils ont dit que c'était des professionnels. Ils n'ont pris que quelques boîtes, celles des locataires les plus récents.
Claire referma le poing sur la clé, sentant le métal s'enfoncer dans sa paume. Le microdot contenant les preuves photographiques des communications de son oncle avec le commandement militaire — tout était parti. Elle ne prit même pas la peine de demander le rapport de police. Elle savait qui avait envoyé ces « cambrioleurs professionnels ».
Dehors, la pluie glaciale de novembre cinglait les rues de la ville. Le Clignancourt était bondé, indifférent à sa catastrophe personnelle. Un homme en imperméable beige l'attendait sous l'avancée du tabac, cigarette à la main, le regard fixe. Il n'avait même plus la décence de se cacher.
Elle héla un taxi et donna l'adresse de la rue de la Huchette.
Jean-Luc ouvrit la porte avant qu'elle ait fini de frapper. Il vit son visage, et le sien se durcit.
— Qu'est-ce qui s'est passé ?
— Tout est parti. Le microdot, les négatifs, tout.
Elle entra dans la petite chambre de bonne encombrée de tirages et de bouteilles de vin vides. Il fit les cent pas, passant une main dans ses cheveux déjà en bataille.
— Tu as vérifié ? Peut-être qu'ils l'ont raté.
— J'ai vérifié trois fois. La boîte était ouverte, nettoyée. Ils savaient exactement où chercher.
— Ton oncle a des gens à la banque. Ou à la police. Probablement les deux.
Claire s'assit sur le lit défait, les mains sur les genoux. Elle sentait la colère monter, mais derrière elle, une fatigue profonde. Chaque étape qu'elle gravissait, il faisait effacer les traces derrière elle.
— J'ai gardé des copies, dit-il soudain.
Elle releva la tête.
— Quoi ?
— Des tirages de contact. Je n'ai jamais fait confiance aux banques. Il y a quelques tirages supplémentaires que je n'avais pas encore développés, dans une pellicule que j'avais gardée.
— Jean-Luc, si tu as les preuves, pourquoi tu ne me l'as pas dit plus tôt ?
Il détourna le regard, et quelque chose dans son expression la mit en alerte.
— Ce n'est pas suffisant. Les tirages montrent les lettres, mais pas assez clairement. Le microdot contenait les agrandissements, les détails des sceaux et des signatures. Sans eux...
— Les preuves ne sont pas admissibles, compléta-t-elle.
— La presse voudra des preuves irréfutables. Des lettres datées, signées, avec les cachets officiels. Ce que j'ai, c'est un pistolet sans balles.
Il s'arrêta devant la fenêtre, les mains dans les poches, et regarda la rue en contrebas.
— J'ai une idée. Mon ancien contact au sein du Service de documentation extérieure. Il m'a aidé pendant la guerre, il a des accès. Il pourrait te fournir une copie certifiée des documents, si je lui explique la situation.
— Mais ?
— Mais il voudra quelque chose en échange. Et probablement la preuve que ce que je raconte est vrai. Il est devenu paranoïaque après la mort de plusieurs de ses collègues. Il ne travaille plus qu'avec des gens qui apportent leur propre dossier.
— Tu veux dire des preuves préalables. Un appât.
Il se retourna, la regardant avec une intensité qui la fit frissonner.
— Nous savons où les documents originaux sont conservés. Ton père — ton oncle — les garde dans son bureau au ministère, dans un classeur fermé à clé. J'ai vu le classeur lors de ma seule visite quand je suis allé lui demander des nouvelles de toi. Il m'a paru très protégé. Très confidentiel.
Claire se leva.
— Tu veux qu'on cambriole le bureau de mon oncle au ministère de la Défense ?
— Je ne dis pas que c'est facile. Mais c'est la seule option.
Elle pensa aux lettres de sa mère, à la photo d'Élise, au suicide de son père, à la façon dont son oncle avait brisé chaque membre de sa famille comme des allumettes, pour rester debout tout seul.
— Comment ? demanda-t-elle.
Jean-Luc sourit. Une expression dangereuse, un éclair de l'homme qui avait pris des photos sous le nez de l'ennemi pendant la guerre.
— Il y a une fête costumée au ministère samedi soir. Le général y assistera, pour se montrer. Nous pourrons entrer avec les invités, en costume, et trouver le bureau pendant que les autres font la fête.
— C'est de la folie.
— C'est le seul moyen d'obtenir les originaux sans demander la permission.
Elle s'approcha de la fenêtre, regarda la pluie qui tambourinait contre les toits. L'homme à l'imperméable beige était en bas, à présent, adossé à un mur, mais ses yeux étaient levés vers la fenêtre.
Elle recula d'un pas.
— Il sait où tu te caches, dit-elle.
Jean-Luc vint la rejoindre et regarda la rue.
— Il sait prouver qu'il sait. C'est différent.
— On ne peut pas rester ici.
— Non. Mais on peut entrer dans la fête du ministère sous son nez et en ressortir avec les documents qui le détruiront.
Elle sentit son cœur battre fort, mais ce n'était plus de peur. C'était de l'impatience. Une soif de justice qui ressemblait presque à du désir.
— Samedi, dit-elle. J'ai besoin de deux tenues. Quelque chose qui nous rendra invisibles.
Jean-Luc haussa un sourcil.
— Invisibles ? En costume de fête ?
— Les meilleurs endroits pour se cacher sont ceux où personne ne pense à regarder.
Elle sortit l'enveloppe de sa poche — l'argent que son oncle lui avait donné, l'argent qu'elle avait volé en prétendant qu'il appartenait à sa mère. Elle savait à présent que c'était de l'argent sale, mais il servirait à laver les fautes de son oncle.
— Les invitations coûtent cher aux bonnes adresses.
Il prit l'enveloppe, la soupesa, et un sourire naquit sur ses lèvres.
— Tu sais quoi, Claire Delacroix ? Tu commences à raisonner comme une vraie criminelle.
— Non. Comme une vraie justicière.
Il rit, mais son rire s'arrêta net quand elle sortit de sa poche intérieure la lettre de sa mère adressée à Élise — la lettre qui racontait tout : l'amour brisé, le mariage forcé, le chantage de son oncle.
— Et si on échoue ? demanda-t-elle. Je veux que quelqu'un sache ce que mon oncle a fait. Même si je n'ai plus les preuves matérielles, cette lettre est la preuve de ce dont il est capable. Je vais la mettre dans une enveloppe scellée et la donner à mon ancien professeur de la Sorbonne, monsieur Delambre. Si je ne reviens pas, il la publiera.
Jean-Luc s'approcha, et pour la première fois depuis leur rencontre au cimetière, il prit son visage entre ses mains.
— On va réussir, dit-il. Mais pas pour les bonnes raisons. Moi, c'est pour toi. Pas pour la vérité. Pour toi.
Elle resta immobile sous ses mains, sentant sa chaleur, et la tempête en elle sembla un instant se calmer.
— Alors, dit-elle, allons préparer notre costume de fête.
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