La Revendication de Mars
Lire le chapitre 1: The Delayed Summons
La poussière rouge s'infiltrait partout, même à travers les joints du filtre de son casque. Caleb Voss le sentait crisser entre ses dents, un goût de fer et de regret qui collait à la peau des Martiens de sa génération. Il était perché sur l'échafaudage magnétique de l'antenne-relais TD-7, à soixante mètres au-dessus du sol de la fosse de forage, les mains enfoncées jusqu'aux poignets dans le boîtier de distribution thermique.
— Caleb, tu me reçois ?
La voix de Mina, sa contremaître, grésilla dans son oreillette.
— Je te reçois, Mina. Le dissipateur est foutu. Les cellules de gel thermique sont cristallisées, probablement à cause d'une surtension pendant la tempête de la dernière nuit.
— On a besoin de ce relais opérationnel d'ici demain. Le convoi de ravitaillement de New Houston doit passer. Tu peux le réparer ?
Caleb jeta un œil au boîtier, les circuits internes révélant des dommages plus profonds que la simple cristallisation. Des traces de brûlure. Quelqu'un avait forcé le courant, ou un parasite s'était infiltré dans le réseau. Encore un sabotage. Les incidents se multipliaient depuis deux cycles — pylônes effondrés, gaines de régulation volées, capteurs de pression détraqués. Des accidents, disait l'administration. Mais Caleb avait grandi ici, en haut de la Coupole, dans la Rouille, et il savait reconnaître un fin doigté d'ingéniosité criminelle.
— Je peux au moins le stabiliser pour vingt-quatre heures, répondit-il. Il faudra un remplacement complet du module dans la semaine.
— Fais ce que tu peux. Et… Caleb ?
— Oui ?
— Tu as un visiteur. Un drone de courrier officiel est à la porte de l'atelier. Il t'attend.
Curieux. Rien d'officiel n'était jamais venu le trouver. À trente-quatre ans, Caleb Voss menait une vie de sable et de boulons, réparant les entrailles mécaniques de Mars pour Helix Corp, la mégacorporation qui gérait presque chaque respiration de la colonie. Il n'avait pas de famille à l'exception de son frère aîné, Martin, qui vivait dans l'exosphère à bord de la station orbitale Titan Gate, et pas d'amis — les amitiés étaient un luxe que la Rouille remboursait rarement.
Il redescendit par l'ascenseur magnétique, les pieds heurtant le sol du niveau 3 avec un bruit sourd qui résonna à travers la semelle de sa combinaison. Le dôme de la fosse le surplombait d'une centaine de couches de vitrocéramique anti-radiation, laissant filtrer un jour orange sale, celui de la fin d'après-midi martien.
L'atelier était un antre de métal et de lumière tremblotante. Ses outils, son imprimante 3D, ses étaux. Une vie modeste. Le drone de courrier était posé sur la table principale, immobile et inquiétant, son revêtement de la couleur vert pâle de Helix Corp barré du sceau officiel. Il portait un autocollant rouge qui clignotait : CONTENU TESTAMENTAIRE — DESTINATAIRE DÉCÉDÉ.
Le cœur de Caleb fit un saut. Il connaissait ce poids. Il l'avait toujours connu, comme une valise qu'il portait sans savoir ce qu'il y avait dedans.
Il s'approcha, retira ses gants à moitié, et tendit le pouce à la borne biométrique du drone. Le scanner fit une pause, compara, puis émit un son aigu et amical.
— Identité vérifiée : Caleb Voss, matricule 77-33-091. Dépôt de données testamentaires en provenance du fonds fiduciaire Voss. Ouverture autorisée sept jours après le passage d'inventaire du notaire de New Houston.
Le drone s'ouvrit avec un soupir hydraulique, révélant un boîtier de cristal de mémoire standard vert en son centre — et, posé dessus, un petit objet qui fit monter l'adrénaline de Caleb : un anneau d'étanchéité brut, usé, avec une encoche carrée sur le côté. Il le connaissait. Son père l'avait porté à l'annulaire pendant toute son enfance, jusqu'à ce jour où il ne l'avait plus porté.
Il l'avait laissé chez eux, avant de partir pour la dernière mission.
Caleb prit l'anneau entre ses doigts. Le métal était froid et familier. Il le glissa à son pouce — trop petit — puis à son annulaire. Il y resta, serré mais pas trop inconfortable.
Il transplanta ensuite le cristal mémoire dans le terminal de l'atelier, qui se mit à vibrer et à afficher une séquence de déchiffrage. Un mot de passe demandé à l'écran. Caleb tapota le code alphanumérique qu'il n'avait pas utilisé depuis dix ans — les chiffres que son père lui avait fait mémoriser à l'âge de sept ans, dans leur petite maison au bord du Lac Archimède, quand tout semblait encore possible :
T.REX.867.
L'écran se fissura d'un soulagement, et puis un visage apparut — un visage qu'il avait presque oublié, mais qui revenait toujours dans son rêve le plus fréquent. Elias Voss, coiffé de cheveux gris soigneusement taillés, les tempes creusées par les sept cycles de mission qu'il avait effectués aux limites des zones d'habitation, mais les yeux si bleus qu'ils paraissaient presque blancs à l'écran. Il souriait.
— Caleb, mon fils.
La voix était rauque, avec ce léger accent européen que son père n'avait jamais perdu malgré trente ans sur Mars. Caleb se figea, sa mâchoire raffermie.
— Si tu reçois ce message, c'est que je suis mort. Et si je suis mort, c'est que tu as trouvé une bonne excuse pour attendre dix ans pour m'écouter une fois pour toutes.
Caleb rit malgré lui, un son sec qui écorcha sa gorge.
— Je suis désolé pour ce délai. Ou plutôt, je suis désolé pour ma manière de te le faire parvenir. Tu dois te demander pourquoi ce n'est pas un simple e-mail. La réponse est simple : la cryptographie standard ne suffit pas pour ce que j'ai à te dire. Et j'étais un homme prudent, à la fin.
Le vieil homme passa la main dans ses cheveux — un geste que Caleb se rappelait infiniment.
— Je ne vais pas te faire un discours. Nous avons passé le temps des discours, toi et moi. Je suis resté sept ans à observer les anomalies du réseau d'alimentation hydraulique de la zone nord, à analyser les données de fondations des dômes, les enregistrements de la colonie. On m'a payé pour ça, oui. Mais j'ai découvert quelque chose de plus grand que ce que je cherchais.
Il garda le silence un moment. Caleb sentait son propre souffle se coincer.
— La colonie de Mars a été construite sur un mensonge. Nos dates de fondation sont fausses. Nos chartes héritières sont fausses. Tout le monde croit que la première colonie permanente est née en 2047, sous les auspices de l'Union planétaire. Ce n'est pas vrai. Il y a eu une occupation antérieure. Une base, dans la région d'Acidalia Planitia. Et je sais où elle se trouve. J'ai passé les dernières années de ma vie à cartographier ses coordonnées.
Il sortit un plan numérique à l'écran, des courbes topographiques en orange et bleu. Un repère rouge pulsait dans la plaine.
— Ces coordonnées, je les ai protégées dans ce cristal. Elles ne sont accessibles qu'à toi — code d'empreinte biométrique, mots de passe, verrous de sécurité parallèles. Tu es seul à pouvoir m'entendre. Et tu es seul à pouvoir réclamer cette base. Elle t'appartient légalement, selon le droit colonial de la succession. Mais elle t'appartient surtout moralement — parce que si les données de la colonie sont fausses, alors tu es plus Martien que la colonie elle-même. Tu es l'enfant d'une réalité que les corporations et l'Union veulent effacer.
Il marqua une pause. Ses yeux se plissèrent.
— C'est une tâche lourde que je te laisse, Caleb. Je sais que je ne t'ai pas laissé beaucoup par ma mort — des dettes, des soupçons, quelques souvenirs qui ont tourné au vinaigre. Mais ceci, c'est la chose la plus importante que je t'aie jamais offerte. Le trésor n'est pas la base. Le trésor, c'est ce que la base peut révéler. Si tu veux la vérité, elle t'attend dans le nord. Si tu ne la veux pas, détruis ce cristal et continue ta vie de boulons. Personne ne t'en voudra.
Le visage s'inclina légèrement, comme pour mieux regarder à travers l'écran.
— Mais je te connais. Tu vas aller voir. Tu as toujours été incapable de laisser un mystère non résolu. C'est pour ça que tu es un si bon ingénieur de ferraille. Alors va, mon fils. Va trouver ce que nous avons perdu.
Il sourit une dernière fois, avec cette expression de tendresse ironique qui était la sienne.
— Et fais attention à toi. Tu es tout ce qui me reste.
L'écran se coupa.
Caleb resta immobile un long moment. La poussière retombait doucement dans la pièce, suivant les rais de lumière orange. L'anneau lui serrait le doigt. Il sentait le cœur battre dans sa poitrine comme un marteau dans une forge.
Le vol de données testamentaires s'étalait devant lui : quelques fichiers annexes, le document de propriété, les coordonnées exactes, un bref journal technique. Acidalia Planitia : une région désolée, à la limite de la zone d'opération de Helix Corp, réputée pour ses poches de méthane et de glace souterraine et pour la densité anormale de ses structures géologiques. Officiellement, personne n'avait jamais rien construit là. Officiellement, c'était trop instable, trop loin de tout, incapable de soutenir une activité humaine.
Officiellement.
Caleb regarda par la fenêtre de son atelier, vers l'horizon incurvé du dôme, la ligne des montagnes d'oxyde de fer, les tours de climatisation de la Rouille qui perçaient le ciel comme les doigts d'un géant mort.
Son père avait été un excentrique. Pas un menteur. Sur ce point, malgré toutes les années de silence, Caleb n'avait jamais eu de doute.
Il ferma les fichiers, prit une décision nette et définitive, et commença à empaqueter son équipement.
Ils ne l'avaient jamais appelé d'ailleurs, jamais considéré comme l'un des leurs. C'était le fils d'un mort suspect, l'orphelin d'une histoire mal ficelée. Mais s'il y avait une chose que Caleb Voss savait faire, c'était creuser dans les débris pour trouver une pièce manquante. Ce serait peut-être la plus grande pièce manquante de toutes.
Il activa la régulation de pression de sa combinaison, jeta le sac d'outils sur son épaule, et s'arrêta à la porte pour envoyer un message bref à Mina :
*Congé médical immédiat. Motif : urgence familiale. Remplaçant : trouvez quelqu'un d'autre. Salut.*
Puis il activa le navigateur de son rover, tapa la séquence de coordonnées murée, et regarda apparaître la distance : trois jours de route à travers la lande rouge, en passant par les crevasse du Klinghofer et les dernières antennes du cadastre. Trois jours vers le nord, là où personne n'osait plus tracer de carte.
La dernière ligne des données de son père clignotait soudain à l'écran, comme en surbrillance malgré elle :
COORDONNÉES VÉRIFIÉES PAR MESURES SATELLITE INDÉPENDANTES. AUTHENTICITÉ CONFIRMÉE PAR TROIS SOURCES AUTONOMES, DONT UNE QUE HÉLIX CORP NE CONNAÎT PAS.
Mais la question bourdonnait en lui, insistante et brûlante comme la poussière rouge dans ses poumons : si la colonie était un mensonge, et que Helix Corp en était le fondateur, pourquoi cette base n'avait jamais été détruite ?
Le rover gronda en s'éveillant. Caleb s'y installa, les mains sur les manettes vibrantes, et regarda vers le nord.
— On y va, papa.