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La Saison des Courses

Lire le chapitre 2: A Man of Ledgers

La matinée était encore grise lorsque Julian Ashford se présenta à la porte de Whitbury Hall, vêtu d'un habit sombre qui semblait taillé pour les salles de réunion de la City plutôt que pour les couloirs lambrissés d'une demeure de campagne. Il tenait sous son bras une serviette de cuir fatiguée, dont les fermoirs en laiton portaient les marques d'un usage fréquent.

Le majordome, un homme d'âge mûr nommé Pemberton, le fit entrer avec une réserve glaciale que Julian choisit d'ignorer. Il connaissait ce regard — celui des domestiques qui jugent l'intrus avant même qu'il n'ait prononcé un mot.

Lord Ashworth l'attendait dans la bibliothèque, assis dans un fauteuil de cuir près de la cheminée où un feu maigre luttait contre l'humidité du petit matin. Son teint, Julien le nota aussitôt, était plus cireux que lors de leur première entrevue sur les hauteurs du domaine. Ses mains, croisées sur ses genoux, tremblaient légèrement.

« Monsieur Ashford. » Le vieux lord esquissa un sourire qui n'atteignit pas ses yeux. « Vous êtes matinal. »

— Les affaires ne connaissent pas d'heures, mylord. Et il y a loin de Londres à Whitbury. J'ai voyagé de nuit pour être ici avant le jour.

Julian prit place en face du comte sans y être invité, posa sa serviette sur ses genoux et en tira un dossier épais. Il l'ouvrit avec une précision méthodique, alignant les documents comme un soldat alignerait ses armes.

« J'ai apporté les papiers de l'accord préliminaire. Mon client, le consortium de Whitechapel, est impatient de conclure. Le prix convenu — quatorze mille livres — est plus que généreux, vous en conviendrez. Surtout pour des terres que M. Peabody, votre régisseur, décrit dans son dernier rapport comme… comment dit-il déjà ? »

Il consulta une page, parcourut quelques lignes du doigt.

« Ah oui. "Un patrimoine en déclin rapide, dont les frais d'entretien excèdent de moitié les revenus qui en sont tirés." »

Lord Ashworth toussa, une quinte sèche qui sembla lui coûter un effort considérable. « Peabody est un pessimiste. Les temps ont été durs, certes, mais le printemps s'annonce bien. Les poulains de cette année sont exceptionnels. »

— Les poulains ne paient pas les dettes, mylord. Julian referma le dossier d'un geste sec. « Les dettes, elles, ne patientent jamais.

Le silence qui suivit fut lourd de sous-entendus. Lord Ashworth détourna le regard vers la fenêtre, où la brume commençait à se lever sur les pâturages.

« Vous semblez bien informé de mes affaires, monsieur Ashford. »

— C'est mon métier, mylord. Je ne suis pas un simple investisseur — je suis l'homme qui examine les livres de comptes avant que d'autres n'brandissent leur encre rouge. Et les vôtres, permettez-moi de le dire, racontent une histoire que vous préféreriez sans doute garder confidentielle.

La porte de la bibliothèque s'ouvrit avec une violence qui fit sursauter les deux hommes.

« Confidentielle ? »

Lady Helena se tenait sur le seuil, les joues rosies par la course à travers la maison. Elle portait encore sa robe de la veille, froissée aux plis, et ses cheveux sombres s'échappaient de leur chignon en mèches rebelles. Dans ses yeux, une tempête.

Julian se leva, inclina la tête avec une courtoisie parfaite.

« Lady Helena. Je ne m'attendais pas à vous trouver éveillée à cette heure. »

— Visiblement, vous ne vous attendiez pas à grand-chose à Whitbury. Pas même à ce qu'une fille puisse lire les papiers que son père laisse traîner sur son bureau.

Lord Ashworth se leva à son tour, la voix soudain plus ferme.

« Helena, ce n'est pas le moment. Monsieur Ashford et moi avons des affaires à régler. »

— Des affaires ? Depuis quand la vente de votre héritage — de mon héritage, de la maison où ma mère est morte en donnant vie à mon frère — est-elle une affaire ? Elle s'avança dans la pièce, et Julian dut admettre que malgré son désordre, elle avait une présence que les robes de bal les plus élaborées n'auraient pu accroître. « Cet homme veut nous arracher les terres, père. Il l'a dit lui-même sur les hauteurs, hier, avec une franchise presque brutale. »

« Mademoiselle Ashworth. » Julian s'interposa, avec calme, sans élever la voix. « Je vous demande pardon, mais j'ai le sentiment que vous interprétez mal ma démarche. Je suis ici pour sauver Whitbury, pas pour le détruire. »

Un rire amer s'échappa des lèvres d'Helena.

« Sauver Whitbury. Et comment comptez-vous vous y prendre, monsieur Ashford ? En y installant des machines ? En transformant les boxes en entrepôts ? En vendant les chevaux un à un aux plus offrants de Newmarket ? »

— Je comptais, pour commencer, laisser les chevaux en place et leurs propriétaires en possession de leurs murs. Le contrat que je propose inclut une clause de résidence : votre père — et vous-même, si tel est votre souhait — conserverez l'usage de la maison principale jusqu'à la fin de ses jours.

Le silence qui suivit fut un tombeau.

Helena cligna des yeux, déstabilisée.

« Une clause de résidence ? »

Lord Ashworth se rassit lentement, comme si ses jambes refusaient de le porter davantage. « C'est vrai. J'aurais dû vous en parler, Helena. Monsieur Ashford est venu hier précisément pour discuter des termes de l'accord. »

Julian saisit la serviette, en tira un document plus fin, orné d'un ruban rouge.

« Tout est là, mylord, noir sur blanc. Si votre domaine est en difficulté, dites-le-moi. Je suis prêt à négocier une avance sur le prix de vente — une somme qui pourrait couvrir vos échéances les plus pressantes. »

Il n'avait pas besoin de cet arrangement. Le consortium paierait le prix convenu et ne s'inquiétaient pas des dettes privées du comte. Mais Julian Ashford n'était pas un simple investisseur. Il avait gagné ses galons dans les écuries de Newmarket, les mains dans le crottin et de la poussière sous les ongles, avant que la ville ne l'avale et ne fasse de lui ce qu'il était devenu. Et il savait reconnaître un secret lorsqu'il en croisait la route.

Lord Ashworth tendit la main vers le document, la retira, toussa.

« Je… je l'examinerai avec mon homme d'affaires. »

— Votre homme d'affaires est à Bath depuis trois semaines, mylord. Et vous n'avez pas répondu à ses deux dernières lettres. Que faites-vous de la missive que vous receviez de Londres le mois dernier ? Celle qui portait le sceau de la Banque Child ?

Le vieux lord blêmit, et Julian sut qu'il avait touché juste.

Helena ne perdit rien de la scène. Ses yeux passèrent de son père à Julian, et quelque chose dans son regard changea — un doute, un commencement de vigilance.

« Quelle missive ? demanda-t-elle, la voix plus basse.

— Rien, Helena. Une erreur. Lord Ashworth se leva, et sa main droite se porta à la poche intérieure de sa veste, là où un homme range ses papiers les plus intimes. « Monsieur Ashford, je vous prie de m'excuser. Je ne me sens pas bien. Pourrions-nous reprendre cette conversation cet après-midi, lorsque ma santé se sera… raffinée ? »

Julian s'inclina.

« Bien entendu, mylord. Je logerai à l'auberge du village. Vous saurez où me trouver. »

Il replia ses documents avec soin, non sans laisser sur le bureau, presque négligemment, le papier au ruban rouge. Puis il prit congé, salua Lady Helena d'un geste bref, et quitta la bibliothèque.

Dans le couloir, il s'arrêta une seconde. Derrière la porte close, la voix de Lord Ashworth, puis celle, plus claire, plus dure, d'Helena :

« Une missive de la Banque Child avec le sceau de Londres. Vous ne m'en avez jamais parlé. »

Julian sourit. C'était exactement ce qu'il espérait entendre — et exactement ce qu'il adviendrait de ce fil, le fruit pendait désormais à la portée de la jeune femme, il n'avait plus qu'à attendre qu'elle décide d'y goûter.

Il descendit les marches du perron et respira l'air humide du matin, le menton levé vers les écuries. Il avait connu l'odeur du crottin et la morsure du froid dans des boxes qui n'avaient ni toit ni porte, à l'époque où il n'était encore qu'un gamin de Newmarket. Et il savait que les Ashworth n'étaient pas prêts à abandonner, parce que lui-même, il y a bien longtemps, avait juré de ne plus jamais être pauvre.

À la science de ce serment, il était venu ici pour briser une dette. Mais il était de plus en plus convaincu que ce qu'il trouverait à Whitbury était une histoire autrement plus intrigante — et que Lady Helena en était le cœur ardent.

Il marcha vers le village, les bottes dans la boue, l'image de cette femme échevelée, furieuse, obstinée, imprimée sous ses paupières. Ce serait un plaisir de la combattre. Il n'avait jamais perdu une course, et il n'avait pas l'intention de perdre celle-ci.