La Saison des Courses
Lire le chapitre 20: The Price of Sacrifice
L’obscurité de l’écurie sentait le foin humide et le cuir vieilli. Helena tenait la coupe Eclipse contre sa poitrine, les doigts crispés sur le bronze froid, tandis que les voix des hommes d’Eastman s’éloignaient dans la cour. Julian avait crié quelque chose – un mensonge, un leurre – et elle avait couru, sans regarder en arrière, le trophée lourd et brûlant comme un secret.
Elle ne s’arrêta qu’une fois hors de vue du manoir, le souffle court, adossée au tronc d’un chêne. La pluie avait cessé, mais l’air restait chargé d’électricité. Le silence était pire que le tumulte. Chaque seconde qui passait sans nouvelles de Julian lui serrait la gorge.
Ce n’est pas le moment de faiblir. Elle serra les dents, ajusta la coupe dans son manteau, et reprit sa marche vers la seule personne qui pourrait l’aider sans poser trop de questions : Blackwell, le créancier de son père. Un homme gris, aux manières discrètes, qui tenait les cordons de la bourse de la moitié de la gentry endettée de Londres. Julian avait mentionné son nom lors de leur partie de cartes, comme une menace voilée.
La demeure de Blackwell se nichait près de St. James, dans une rue étroite où les réverbères jetaient des flaques de lumière jaune sur les pavés. Helena frappa à la porte de service – une audace qui lui valut un regard méfiant du majordome, un homme maigre au nez pincé.
« Mademoiselle Ashworth, » dit-il, sans la faire entrer. « Monsieur Blackwell ne reçoit pas à cette heure. »
« Il recevra. » Elle sortit la coupe de son manteau, la tint devant elle comme un bouclier. « Dites-lui que j’ai ce qu’il attendait. »
Le majordome hésita, puis s’effaça.
Le bureau de Blackwell était une pièce sombre, tapissée de livres de comptes et de cartes de propriétés. L’homme lui-même trônait derrière un bureau massif, des lunettes en demi-lune sur le nez, une tasse de thé fumant à portée de main. Il ne se leva pas.
« Mademoiselle Ashworth. Quelle surprise. » Sa voix était douce, presque aimable, mais ses yeux pâles ne cillaient pas. « J’ai entendu dire que vous aviez eu une soirée mouvementée. »
Helena posa la coupe sur le bureau avec un bruit sourd. « Julian Whitmore est retenu. Par les hommes d’Eastman. Il a pris la responsabilité de l’intrusion pour me protéger. »
Blackwell inclina la tête, les doigts joints. « Et vous venez me demander de l’aide ? »
« Je viens vous demander d’honorer votre accord. » Elle sortit le carnet de comptes d’Eastman de sa poche, le posa à côté de la coupe. « Les transactions de vol de chevaux. Les noms des acheteurs. J’ai ce que vous vouliez, je crois. »
Le silence s’étira. Blackwell ôta ses lunettes, les frotta lentement avec un coin de son mouchoir. Quand il les remit, son regard avait changé – plus aigu, plus calculateur.
« Vous croyez que je cherche des preuves contre Eastman ? » Il émit un petit rire sec. « Ma chère, vous vous méprenez sur mon rôle. »
Helena sentit un frisson lui parcourir l’échine. « Que voulez-vous dire ? »
« Asseyez-vous, mademoiselle. Nous avons à parler. » Il désigna une chaise capitonnée. Elle resta debout.
« Où est Julian ? »
« En sécurité, pour l’instant. Les hommes d’Eastman sont brutaux mais prévisibles. Ils attendront des ordres. » Il but une gorgée de thé, la savourant. « Le prix de sa liberté, toutefois, n’est pas ce que vous pensez. »
Le cœur d’Helena battait trop vite. « Vous êtes son créancier. Vous détenez la note sur ses terres. Si vous lui laissiez une chance, il pourrait – »
« Je ne suis pas son créancier, mademoiselle. » Blackwell posa sa tasse. « Je suis un intermédiaire. La personne qui détient réellement la note sur les propriétés de M. Whitmore souhaite rester dans l’ombre. » Il laissa la phrase flotter. « Mais je peux vous dire ceci : elle a posé une condition. Une condition que vous êtes en mesure de remplir. »
Le trophée semblait peser des tonnes. Helena croisa les bras, les ongles s’enfonçant dans ses paumes. « Quelle condition ? »
« Votre nom. Votre réputation. » Blackwell parlait posément, comme s’il lisait un contrat. « La personne en question veut que vous vous retiriez de la saison. Que vous cessiez de poursuivre cette affaire avec M. Whitmore – les chevaux, l’écurie, tout cela. Elle protégera M. Whitmore et effacera ses dettes, en échange de votre silence et de votre absence des cercles qui comptent. »
La colère monta, brûlante et rouge. « Vous êtes en train de me demander d’abandonner mon père. Ma mère. Tout ce que j’ai – »
« Je ne vous demande rien, mademoiselle. » La voix de Blackwell était devenue dure comme le marbre. « On vous demande. Et vous n’avez que cette nuit pour décider. Demain, les hommes d’Eastman auront des ordres. Et ils ne seront pas cléments. »
Helena fit un pas vers lui, les poings serrés. « Qui ? Qui est derrière tout cela ? »
« Je ne suis pas autorisé à – »
« Autorisation ou non ! » Sa voix résonna dans la pièce. « J’en ai assez des mystères, des messieurs à cheval morts et des alliances secrètes. Vous me direz son nom, ou je jette ce carnet dans la Tamise et je raconte à chaque journal de Londres ce que j’ai vu dans le bureau d’Eastman, avec votre nom inscrit en travers de la page de crédit. »
Le visage de Blackwell se figea. Il la dévisagea un long moment, puis laissa échapper un soupir. « Vous êtes une femme obstinée, mademoiselle Ashworth. Comme votre mère, paraît-il. »
L’air se vida des poumons d’Helena. « Ma mère ? »
« La personne qui détient la note est la douairière Marchmont. » Blackwell se leva, ajusta sa veste, et la regarda avec une lueur presque compatissante. « Elle vous teste depuis le début, vous et M. Whitmore. La note sur ses terres, la coupe volée, le cheval noir porté disparu – tout a été orchestré par elle pour voir comment vous réagiriez. »
Helena resta immobile, les mots s’enfonçant en elle comme des éclats de verre. La douairière. La femme qui l’avait invitée à dîner, qui avait promis d’aider Julian à révéler son histoire. Cette femme détenait la corde qui pendait autour de leur cou.
« Pourquoi ? » Le mot sortit étranglé. « Pourquoi tant de manigances ? »
« Parce qu’elle veut savoir qui vous êtes vraiment, l’une et l’autre. Et si vous méritez ce qu’elle pourrait vous offrir. » Blackwell ouvrit un tiroir, en sortit une lettre scellée au vermillon. « Elle m’a demandé de vous donner ceci après notre entretien, quelle que soit votre réponse. »
Helena saisit la lettre, mais n’ouvrit pas le sceau. Ses doigts tremblaient.
« Mademoiselle Ashworth, » ajouta Blackwell, la voix plus douce qu’auparavant. « La douairière n’est pas votre ennemie. Mais elle n’est pas non plus votre alliée. Elle vous observe. Et le choix que vous ferez cette nuit déterminera non seulement le sort de M. Whitmore, mais aussi celui de l’écurie que vous aimez tant. »
La lettre brûlait sa paume. Helena la glissa dans sa poche, près du carnet d’Eastman.
« Julian. Vous avez dit qu’il était en sécurité. Où ? »
« La cave à vin de la maison d’Eastman, sous l’écurie principale. L’endroit où il vous a enfermée – en quelque sorte, la ironie est épaisse. » Blackwell esquissa un sourire mince. « Les hommes ne le toucheront pas avant l’aube. Après cela, je ne garantis rien. »
Helena se retourna vers la porte, la tête bourdonnante. La douairière. Marchmont. La femme qui avait promis sa protection. Elle parcourut le nom dans sa tête, le retournant contre les indices qu’elle avait glanés, les confidences de Ned Stokes sur un homme au chevalier mortel, les notes de sa mère. Rien ne s’assemblait. Ou plutôt, tout s’assemblait trop parfaitement pour être un hasard.
« Une dernière chose, mademoiselle. » La voix de Blackwell l’arrêta sur le seuil. « Lorsque vous verrez la douairière, soyez prudente. Elle ne joue pas aux échecs. Elle joue aux échecs à quatre dimensions. Et vous êtes au centre du plateau. »
La porte claqua derrière elle. Helena marcha dans la nuit, la lettre et le carnet contre son cœur, et se dirigea vers la seule direction qui importait.
Julian. Enfermé. En danger. Et elle n’avait qu’une nuit pour décider : le sauver en se retirant, ou jouer une carte qu’elle ne comprenait pas encore.
La lettre de la douairière l’attrapa comme elle traversait la place. Un sceau au vermillon, une encre pâle, une écriture tremblée mais ferme – celle d’une main âgée.
« Qui que vous soyez devenue, » lut-elle à voix basse sous la lueur d’un réverbère, « sachez que le temps joue contre nous tous. »
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