La Septième Heure de Waterloo
Lire le chapitre 4: The Red-haired Woman
La lumière du matin était encore grise lorsqu'il la vit. Elle se tenait près de la ferme de Papelotte, sa chevelure flamboyante comme un étendard au milieu de l'uniformité des habits rouges et des tuniques bleues. James Harrow s'arrêta net, le souffle court — non pas de l'effort, mais de la certitude soudaine que cette apparition était la clé.
Il traversa le champ en évitant les flaques de boue et les débris de la nuit. Un cavalier belge le dévisagea au passage, mais Harrow, vêtu du manteau d'un soldat du 95ᵉ Régiment qu'il avait pris à un mort au cours de la boucle précédente, n'attira pas davantage l'attention.
Elle le vit approcher. Ses yeux — d'un bleu étrangement clair, presque délavé par la fatigue — le jaugèrent sans crainte. Elle ne fit pas un geste pour fuir.
« Vous êtes le soldat que l'on cherche », dit-elle.
Harrow s'arrêta à trois pas. « On me cherche ? »
« L'homme à la montre. Celui qui a traversé les lignes comme un fantôme. » Elle parlait un anglais précis, à peine teinté d'un accent français. « On raconte que vous êtes mort — plusieurs fois. »
Il sentit le froid monter le long de sa colonne vertébrale. « Qui raconte cela ? »
« Les morts, peut-être. Ou les vivants qui les écoutent trop attentivement. » Elle détourna le regard, vers l'est, où les premiers mouvements français commençaient à peine à se dessiner sur les crêtes. « Je m'appelle Élise Marchand. Je cherche mon frère. »
Marchand. Le nom résonna en lui comme une cloche fêlée. Richard Marchand. Capitaine du 27ᵉ Régiment d'infanterie. Mort à Badajoz, sous les murs de la forteresse espagnole — Harrow l'avait vu tomber, une balle dans la poitrine, et il avait promis. Une promesse faite à un agonisant, dans le sang et la poudre, des années plus tôt.
Une promesse qu'il avait enterrée avec tant d'autres souvenirs qu'il préférait ne pas ressusciter.
« Votre frère est soldat ? » demanda-t-il, la voix étonnamment neutre.
« Officier. Sous-lieutenant au 1ᵉʳ Régiment de chasseurs à cheval. » Un pli amer tordit sa bouche. « Il était porteur d'un message — un communiqué secret destiné au maréchal Ney. On l'a vu pour la dernière fois près de la ferme de Papelotte, hier soir, escorté par deux dragons. Depuis, rien. »
Harrow connaissait la suite. Il connaissait chaque heure de cette journée, chaque mouvement des troupes, chaque erreur fatale. Mais ce détail — un messager français porteur d'un communiqué près de Papelotte — ne figurait dans aucun de ses livres. Dans aucune archive. Dans aucune lettre d'après-bataille.
« Vous devriez partir d'ici, mademoiselle », dit-il. « Avant que le canon ne commence. »
« Je ne partirai pas sans savoir. » Sa voix se fit dure. « Vous avez une montre — une montre d'homme, gravée aux initiales J.H. On me dit que vous l'avez prise à un officier français. »
Harrow la fixa, muet.
« Cet officier, poursuivit-elle, avait les yeux de mon frère. »
Le sol trembla. Un grondement lointain, encore sourd, mais qui n'allait faire qu'enfler. À l'horizon, un panache de fumée blanche s'éleva de la batterie française — le premier coup de canon de la journée, plus tôt que dans les boucles précédentes.
Le temps se comprimait. Il l'avait compris à la dernière itération, mais la confirmation le frappa comme un poing : chaque cycle raccourcissait la journée. Il ne pouvait plus se permettre d'errer.
« Papelotte, dit-il. Votre frère y était en poste cette nuit. Si le message était important, il ne l'a pas remis — sinon le canon aurait commencé selon le plan de Napoléon, à neuf heures. Il est presque huit. »
Élise Marchand le dévisagea, intensément. « Comment connaissez-vous le plan de Napoléon ? »
« Je connais beaucoup de choses, mademoiselle. Certaines que vous ne croiriez pas, même si je vous les disais. » Il tendit la main. « Venez. Le temps presse. »
Elle ne prit pas sa main, mais elle le suivit. Ensemble, ils longèrent le mur de la ferme, abrités des regards français. Une colonne de Prussiens se profilait au loin, mais ils étaient encore à des heures de marche — dans cette version de la bataille, Blücher n'arriverait pas à temps.
Harrow se souvint soudain d'un détail. Dans les boucles précédentes, les troupes françaises étaient demeurées étrangement immobiles au matin. Comme si elles attendaient un ordre qui ne venait pas. Un ordre porté par un messager tué avant d'avoir pu le transmettre ?
« Votre frère », souffla-t-il en s'accroupissant derrière un talus. « Son message — il concernait quoi ? »
« L'artillerie. Une nouvelle disposition des batteries, près de la ferme de Hougoumont. » Élise s'accroupit à côté de lui, sa jupe trempée par l'herbe humide. « Le message lui-même était codé, mais il m'avait confié le principe, à la veillée. Il disait que si le plan était appliqué, les Britanniques seraient hachés en dix minutes. »
Harrow ferma les yeux. Hougoumont. La clé de sa propre boucle. La ferme où il mourrait — était mort — à chaque itération sans parvenir à la dépasser.
« Nous devons atteindre Papelotte avant que les lignes ne se ferment », dit-il.
Il se releva, mais la terre vibra de nouveau — cette fois, non pas un canon isolé, mais un roulement de tonnerre. Il tourna la tête et vit la masse sombre des cuirassiers français traverser la crête à moins de trois cents mètres, étendards claquants, lances baissées.
Ils étaient là. Déjà.
« Courez ! » hurla-t-il.
Il saisit le bras d'Élise et la tira vers le mur bas qui bordait le chemin creux. Les chevaux tonnaient ; le sol tremblait si fort que ses dents claquaient. Une balle siffla — non des cuirassiers, mais des tirailleurs qui les suivaient à pied.
Harrow poussa Élise derrière le mur et se tourna pour faire face à la charge. Il avait été soldat. Il avait commandé des hommes face à la mort. Mais il n'avait jamais — dans toutes ses vies, dans toutes ses lectures — fait face à une charge de cavalerie lourde à découvert.
Le premier cavalier fondit sur lui, lance en avant. Harrow plongea sur le côté, roula dans la boue, se releva — et la masse des chevaux s'engouffra dans l'espace qu'il venait d'abandonner. La lance du second percuta le mur à l'endroit où Élise était accroupie, projetant des éclats de pierre.
Il vit son visage — un instant — les yeux élargis par la terreur. Et quelque chose en lui, loin, très loin, se brisa.
Il revint vers elle. Il n'aurait pas dû. Il savait qu'il ne devait pas. Mais le souvenir de Richard Marchand, de la promesse faite dans le sang, le tira comme une corde d'ancre.
Le troisième cavalier ne visa même pas. Le sabre fendit l'air et la douleur explosa dans le flanc de Harrow — un coup qui lui sembla presque familier, tant il était mort de manières diverses au cours de ces heures répétées. Il tomba sur Élise, la protégeant de son corps, tandis que les chevaux passaient autour d'eux dans un déluge de bruit et de terre.
« Ne bougez plus », murmura-t-il, le sang montant à ses lèvres.
Elle le regardait — pas avec l'effroi d'une femme surprise par la bataille, mais avec une étrange intensité de diagnostic. Comme si elle l'examinait, lui et sa blessure, pour en tirer une conclusion.
« James », dit-elle. « Vous vous appelez James. »
Il ne lui avait pas dit son nom.
La lumière se déchira. Papelotte, le mur, les cavaliers, la ferme de Hougoumont à l'horizon — tout tressaillit comme une image dans une eau troublée. Le temps se contracta. Il sentit le trou noir de la mort aspirer la chaleur de son corps, la conscience, le monde.
Ses lèvres, tandis que tout s'effaçait, formèrent une question muette.
Elle s'approcha de son oreille. Dans le rugissement du canon qui commençait, sa voix fut étrangement claire :
« Votre montre nous appartient, capitaine. Et vous nous avez volés depuis cinquante ans. »
Il s'éveilla dans la tranchée boueuse. Le petit matin gris pesait sur ses épaules. Dans sa poche, vide, aucune montre.
Mais le nom résonnait encore : Marchand. Richard Marchand. Cinquante ans.
Il regarda ses mains. Ses mains de trente-quatre ans. Et comprit, avec une horreur glacée, que cette bataille n'était pas son enfer — ce n'était que l'antichambre du sien.