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La Septième Heure de Waterloo

Lire le chapitre 6: The Vanished Corporal

La poussière de la bataille n'était pas encore retombée sur le champ où Harrow avait trouvé la mort la veille—ou plutôt, une heure plus tôt, ou cent ans plus tôt, il ne savait plus. Il se tenait au bord d'un chemin creux, les semelles enfoncées dans la boue détrempée, et regardait la ferme de Mont-Saint-Jean se dessiner dans la brume du matin.

Le temps se resserrait. Il le sentait dans ses os, comme une corde que l'on tire.

Il trouva Pieter près d'un fossé, accroupi, mâchant un brin de paille. Le guide néerlandais leva les yeux sans surprise.

— Vous revenez encore, monsieur l'Anglais.

— Je n'ai pas le choix, répondit Harrow en s'accroupissant à côté de lui. Vous connaissez un fermier dans les environs ? Quelqu'un qui aurait vu un soldat britannique se diriger vers les lignes françaises ce matin ?

Pieter plissa les yeux.

— Vous parlez du caporal Abel ?

Le nom frappa Harrow comme une balle. Il n'avait rien mentionné d'Abel. Personne ne le lui avait dit. Et pourtant, le guide le prononçait avec la familiarité d'un homme qui parle d'un voisin.

— Comment connaissez-vous ce nom ?

Pieter haussa les épaules, un geste qui semblait porter toute la fatalité de cette terre.

— Tout le monde le connaît, monsieur. L'homme qui marche vers les Français et n'en revient jamais. On dit qu'il portait un message, mais lequel ? Personne ne le sait. Il a été vu pour la dernière fois près de la ferme de la Haye Sainte, chez le vieux Van der Meulen.

— Le fermier est toujours là ?

— Il y est toujours. Les obus ne le dérangent pas plus que la pluie. Il vous dira ce qu'il a vu.

Harrow se releva, mais Pieter attrapa son poignet.

— Méfiez-vous de la ferme, monsieur. Les Français y ont posé quelque chose. Je ne sais pas quoi, mais le sol y est traître.

— Merci du conseil.

Le chemin vers la ferme de Van der Meulen serpentait entre des champs labourés où les corps commençaient à se refroidir dans la rosée. Harrow marchait vite, comptant ses pas comme un homme qui mesure une corde. Chaque minute gagnée était une minute volée au cycle qui se refermait.

La ferme était une bâtisse basse aux murs de torchis, à demi cachée par un bosquet d'ormes. Un vieil homme en blouse grise se tenait sur le seuil, une fourche à la main, comme s'il attendait un visiteur.

— Vous êtes le soldat qui pose des questions, dit-il sans préambule.

Harrow s'arrêta à quelques mètres.

— Je cherche des informations sur le caporal Abel.

Van der Meulen cracha dans la poussière.

— Il est passé hier soir, à la tombée de la nuit. Il avait l'air pressé, nerveux. Il m'a demandé s'il y avait un passage vers les lignes françaises qui évitait les sentinelles.

— Que lui avez-vous répondu ?

— Je lui ai dit qu'il y avait un chemin derrière mes granges, mais qu'il menait droit à une maison forte tenue par une section d'infanterie légère. Il m'a remercié et il est parti.

— Il n'est jamais revenu ?

Le vieil homme rit, un son sec comme une branche qui casse.

— Revenu ? Non. Mais je l'ai entendu crier. Un seul cri, bref, comme un homme qui tombe dans un trou qu'il n'a pas vu. Puis plus rien.

Harrow sentit un frisson lui parcourir l'échine.

— Quelle maison forte ?

Van der Meulen pointa son doigt noueux vers le nord-est.

— La ferme de Papelotte. Les Français l'occupent depuis l'aube. Ils y ont mis des hommes du 6e léger, je crois.

Harrow connaissait Papelotte. Dans l'histoire réelle, elle n'avait été sérieusement tenue que plus tard dans la journée. Que des troupes françaises s'y soient installées dès le matin était un écart. Un autre écart. La bataille qu'il connaissait par cœur se fissurait, pièce par pièce, comme une tapisserie rongée par les mites.

— Merci, dit-il en tournant les talons.

— Attendez, monsieur.

Van der Meulen descendit de son seuil, s'approchant avec une agilité surprenante pour son âge.

— Le caporal, avant de partir, il m'a donné ça. Il m'a dit que si quelqu'un venait poser des questions sur lui, je devais le remettre à cet homme.

Il tendit à Harrow un morceau de papier plié, jauni, taché de sang séché. Harrow le prit, l'ouvrit avec précaution.

C'était une lettre, écrite d'une main pressée :

*Pour celui qui me cherche — Je suis allé porter la vérité aux Français. Le communiqué n'est pas ce que l'on croit. Il ne vient pas de Ney. Il vient de plus haut. Cherchez la signature en bas de page. Et si vous me trouvez mort, cherchez le corps de l'homme qui m'a tué. Il porte la même montre que vous.*

Harrow relut la lettre trois fois. La même montre. Le mot le frappa en plein ventre. Il n'avait parlé de sa montre à personne dans ce siècle. Et pourtant, ce caporal inconnu savait.

— Il faut que j'aille à Papelotte, dit-il.

Van der Meulen secoua la tête.

— Vous n'en reviendrez pas. Les Français ont miné les abords. Des charges enterrées, des poudres qu'on déclenche à distance. C'est un piège.

— Je n'ai pas le choix. Chaque mort me rapproche, mais elle me rapproche aussi de la fin.

Le vieil homme le dévisagea longuement, comme s'il cherchait quelque chose dans ses yeux.

— Vous êtes le même, n'est-ce pas ? Vous revenez depuis longtemps. Je vous ai vu mourir dix fois sur ce champ, monsieur. La première fois, j'avais vingt ans.

Harrow recula d'un pas.

— Quoi ?

— Vous ne changez jamais. Votre visage reste le même. Moi, je vieillis à chaque boucle. Vous, non. C'est pour ça que je vous ai donné la lettre. J'ai compris ce que vous êtes.

Il n'y avait rien à répondre. Harrow resta figé, le papier serré dans sa main, le sang battant dans ses tempes. Le fermier le savait. Depuis combien de temps le savait-il ? Depuis combien de boucles ce vieil homme avait-il été témoin de ses morts répétées sous un ciel immuable ?

— Allez, dit Van der Meulen en lui tournant le dos. Mais ne dites pas que je ne vous avais pas prévenu.

Harrow marcha vers Papelotte.

Le terrain s'ouvrait devant lui, une étendue de champs boueux ponctuée de mares et de haies brisées. La ferme se dressait au loin, silencieuse, ses fenêtres noires comme des orbites vides. Aucun mouvement. Aucun soldat visible. Trop calme.

Harrow ralentit, scrutant le sol à chaque pas. Les mines. Il fallait les repérer. Il cherchait les signes : terre fraîchement remuée, fils tendus à hauteur de cheville, petits monticules suspects.

Il en repéra deux. Les contourna.

Trois pas plus loin, une dalle de bois à peine visible sous une touffe d'herbe.

Il la sauta.

Le regard tendu, le souffle court, il progressa de vingt mètres. Puis trente. La ferme se rapprochait. Il pouvait voir, maintenant, la silhouette d'un soldat français accroupi derrière une meule de foin.

Il plongea à terre juste avant qu'un coup de feu ne claque. La balle siffla au-dessus de sa tête, puis une seconde. Il rampa vers un pli du terrain, le cœur martelant.

Il était à moins de quinze mètres de la ferme.

Un bruit sourd sous sa main gauche.

Il n'eut pas le temps de comprendre. Le sol s'ouvrit sous lui dans un éclat blanc qui déchira l'air, une douleur fulgurante lui arrachant un cri étranglé, puis plus rien.

La lumière se replia. Le monde se défit.

Il ouvrit les yeux dans le fossé boueux, l'aube grise pesant sur ses paupières, et le visage de Van der Meulen lui revint en mémoire.

*Vous revenez depuis longtemps. Je vous ai vu mourir dix fois sur ce champ.*

La lettre, cependant, n'était plus dans sa poche.

Mais il se souvenait de chaque mot. *Le communiqué ne vient pas de Ney. Il vient de plus haut. Cherchez la signature en bas de page.*

Quelque chose dans cette lettre continuait de le hanter, une pièce du puzzle qui refusait de s'emboîter.

Il se leva, essuya la boue de son visage, et prit la direction du champ où il avait trouvé le corps du caporal lors d'une boucle antérieure.

Cette fois, il ne cherchait pas la montre. Il cherchait ce qu'Abel avait pu porter sur lui avant de mourir.

Et il avait trois heures avant que le premier boulet ne tombe.