La Veillée du Porteur de Lanterne
Lire le chapitre 13: The Skull in the Sand
La barque tanguait contre les rochers noirs quand Yann coupa le moteur. La carte du père Le Bris—une copie d'un plan manuscrit de Kerloc'h, déniché au fond d'un missel—indiquait l'entrée à marée basse, entre deux pointes de schiste qui déchiraient l'écume comme des mâchoires.
Il sauta dans l'eau jusqu'aux genoux, tira l'embarcation sur un lit de goémon, et scruta la paroi. Rien. Puis il vit l'ombre—une fissure verticale, trop régulière pour être naturelle, masquée par un rideau de varech. Il écarta les lanières brunes et découvrit l'ouverture : un mètre de haut, taillée à la main, patinée par des décennies de sel et de vent.
Le sable à l'intérieur était sec. Trop sec. Les grains ne portaient aucune trace de la dernière marée, pas de coquillages brisés, pas de bois flotté. Quelqu'un avait curé cette grotte, régulièrement, soigneusement, comme on entretient une chapelle.
Yann alluma sa lampe tempête. Le faisceau balaya les parois : granit brut, puis, plus profond, des marques. Des gravures. Il s'approcha, passa les doigts sur les traits—des entailles grossières, un alphabet qu'il ne connaissait pas, ou peut-être un comptage. Des bâtons, des croix, des symboles qui ressemblaient à des nœuds marins gravés dans pierre.
Il recula pour prendre la mesure de la grotte. Dix pas de profondeur, cinq de large. Au fond, une excroissance de roche surélevée comme un autel. Sur elle, un paquet de toile cirée noire, fermé par une corde goudronnée.
Yann dénoua la corde. La toile s'ouvrit sur des ossements humains—un squelette complet, allongé sur le dos, les mains croisées sur le sternum dans la posture d'un enterrement chrétien. Mais ce n'était pas une sépulture. Pas de cercueil, pas de drap, pas de terre. Juste la toile et les os, posés là comme une offrande.
Il s'accroupit. Le crâne était tourné légèrement vers la droite, mâchoire ouverte dans un rictus figé. Quelque chose brillait entre les dents.
Yann sortit son couteau, le glissa délicatement entre les mâchoires. La pièce tomba dans sa paume avec un tintement sec—une pièce d'or, lourde, épaisse, marquée d'un blason : trois coquilles Saint-Jacques sur champ d'azur, la devise *Mar d'hon na dor* enroulée autour d'une ancre. Le blason des de Kerandraon.
Le poids de la pièce le surprit. Il la retourna. Au revers, un seul mot gravé en lettres minuscules: *Daeron*.
Le cœur de Yann manqua un battement. Le nom que le vieux Le Bihan avait prononcé au cimetière, cette nuit de fête où il surveillait la crypte. Le nom d'un ancêtre—ou d'un débiteur.
Il regarda de nouveau le squelette. Combien de temps était-il mort ? Les os étaient propres, dégraissés par le sel, mais l'alignement était trop parfait pour un corps rejeté par la mer. Quelqu'un l'avait disposé. Quelqu'un avait mis cette pièce dans sa bouche avant que les chairs ne se décomposent.
Un paiement. Une tombe. Une signe de retour.
Yann glissa la pièce dans sa poche et se releva. Il fallait qu'il examine les ossements plus attentivement, qu'il cherche des marques sur le pelvis ou les côtes—des indices d'identité. Il se pencha de nouveau lorsque l'eau froide lui lécha les chevilles.
Il se figea.
Le sable autour de ses pieds était humide. Il releva la tête. Le rideau de varech à l'entrée se balançait—plus bas qu'avant. Beaucoup plus bas. Le jour grisonnait derrière les rochers.
La marée.
Il lança un regard affolé au plafond de la grotte. Les marques de gravure qu'il avait prises pour un alphabet—ce n'était pas un alphabet. C'était un relevé de marées. Des niveaux d'eau maximaux, incisés dans la pierre par des générations de visites. Et la plus haute marque était à deux mètres au-dessus du sol.
Yann bondit vers l'entrée. L'eau lui arrivait aux mollets maintenant, entrait par rafales entre les rochers, poussée par une houle montante. Il s'agenouilla, tenta de se glisser par la fissure.
L'ouverture était déjà à moitié submergée. Un paquet d'eau verte s'engouffra dans la grotte et le projeta vers le fond.
Il se releva, toussant, l'eau à la taille.
Il regarda les parois. Lisses, sans prise. Le plafond, en dôme, à quatre mètres. Rien à quoi s'accrocher. Rien pour escalader.
L'eau montait. Elle atteignait sa poitrine quand un détail le frappa, au fond de la grotte. Dans la roche, derrière l'excroissance-autel, presque invisible sous la ligne de gravures : une fissure horizontale, large de soixante centimètres, noire au-delà du faisceau de sa lampe. Un passage secondaire.
Le froid lui serrait les côtes quand il plongea vers elle, craignant de trouver un cul-de-sac. Il s'engagea à plat ventre dans le boyau, la lampe tenue devant lui. L'eau le suivait, plus rapide, remplissant l'espace derrière lui en silence. Il rampa sur dix mètres, douze, les genoux écorchés sur le granit.
Le boyau s'élargit soudain. Il déboucha dans une seconde chambre, plus petite, sèche, dont l'air sentait le renfermé et le vieux métal. Le faisceau de la lampe révéla, contre une paroi, un coffre de bois cerclé de fer, gros comme un cercueil d'enfant. Sur le couvercle, la même devise : *Mar d'hon na dor*.
La mer, dans notre honneur.
L'eau s'engouffra dans la chambre derrière lui. Yann saisit une anse du coffre, le tira—il était lourd, mais il bougeait. Il poussa le couvercle. L'intérieur était doublé de plomb, et dans le plomb, des empreintes régulières : des rangées de rectangles, alignées comme des dents sur une rangée de mâchoires. Trente-trois cavités de forme identique. Toutes vides.
Il comprit. La pièce d'or dans la bouche du squelette—elle était le modèle. La moule.
Un éclaboussement derrière lui. L'eau maintenant atteignait l'entrée de la chambre, mince filet vert qui rampait sur la pierre.
Yann recula, abandonna le coffre, se jeta de nouveau dans le boyau. L'eau lui mordait la poitrine, le menton. Il nagea dans le noir, la lampe morte, s'orientant au toucher des parois, les mains en sang.
Quand il émergea dans la grotte principale, l'eau avait cessé de monter. La fissure d'entrée n'était plus qu'un rectangle de gris, à un mètre au-dessus de sa tête. Il s'élança, attrapa le bord de sel et de granit, et se hissa sur les rochers extérieurs, tremblant, crachant l'eau de mer.
Il resta un instant à saturer, le front contre la pierre tiède. Sa main trouva la pièce dans sa poche. L'or était chaud.
Une seule pensée nette lui traversa l'esprit, comme une lame : le squelette n'était pas un hasard. Quelqu'un l'avait disposé pour être trouvé. La grotte avait été préparée pour sa visite. Quelqu'un voulait qu'il trouve la pièce—et le coffre vide qui allait avec.
Quelqu'un lui montrait ce qui avait été payé. Ce qui restait dû.
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