La Veillée du Porteur de Lanterne
Lire le chapitre 26: The Mass Grave
La nuit avait avalé le cimetière. Yann tenait la lampe basse, la flamme tremblante derrière son verre sale, et les ombres des ifs s'allongeaient comme des doigts vers la crypte des de Kerandraon. Julien marchait derrière lui, la pelle sur l'épaule, le souffle court — non d'effort, mais de peur.
— Tu es sûr que c'est ici ? demanda Julien.
Yann ne répondit pas. Il avait passé la soirée à relire la dernière page de la lettre, celle où le capitaine décrivait un tombeau sans nom, creusé sous la crypte, là où les marins de la *Sainte-Anne* avaient été enterrés en secret, loin des regards et des prières. Le curé Kermadec avait fait sceller le sol au-dessus d'eux, et chaque génération avait gardé le silence.
La crypte se dressait devant eux, basse et massive, sa porte de fer verrouillée. Mais Yann n'avait pas besoin d'entrer. La lettre indiquait un renfoncement à l'arrière, dissimulé par un buisson d'ajoncs morts. Il écarta les branches sèches et révéla une dalle de granit grossièrement taillée, sans inscription.
— Creuse.
Julien planta la pelle dans la terre meuble. Cinq minutes suffirent. Sous la couche de terre, une plaque de bois pourri céda sous la pointe du métal. L'odeur monta — salée, grasse, impossible à confondre. Yann braqua la lampe dans l'ouverture.
Ce qu'il vit lui serra l'estomac.
Les os étaient entassés, pas alignés. Des crânes roulés contre des fémurs, des côtes brisées, des vertèbres éparpillées comme des perles de chapelet. On les avait jetés là comme une cargaison de rebut. Au fond de la fosse, un manteau d'officier à moitié rongé portait encore des galons dorés ternis.
— Le capitaine, murmura Julien.
Yann plongea la main et toucha le tissu. Sous lui, quelque chose de dur. Il tira — un coffret de bois cerclé de cuivre, scellé. Il allait l'ouvrir quand la lampe éclaira les parois intérieures de la fosse. Des lettres gravées dans la pierre, fraîches, à peine érodées par le sel et le temps.
*Que les morts dorment.*
— Ils savaient, dit Yann.
Julien se figea.
— Qui ?
Mais Yann n'eut pas le temps de répondre. Le bruit d'abord — des graviers écrasés derrière eux, puis des pas rapides. Quand il se retourna, ils étaient quatre, cinq, peut-être six. Des ombres qui sortaient de la nuit du cimetière, vêtues de vêtements sombres, des matraques et des couteaux à la main.
Julien lâcha la pelle.
— Cours.
Yann n'hésita pas. Il saisit le coffret, le serra contre sa poitrine, et plongea dans le renfoncement. Une matraque siffla près de sa tête. Il esquiva, se jeta de l'autre côté de la dalle et courut vers les ifs. Derrière lui, Julien avait récupéré la pelle et la balança à l'aveugle. Un homme tomba avec un cri étouffé.
Les autres hésitèrent une seconde. Une seconde suffit.
Yann et Julien franchirent la grille du cimetière, dévalèrent la rue pavée qui menait vers le port. Des cris derrière eux. Les pas se rapprochaient. Ils tournèrent dans une ruelle si étroite que les murs semblaient se toucher au-dessus de leurs têtes. Yann se jeta contre une porte de bois usé, poussa, elle céda. Ils tombèrent ensemble dans l'obscurité d'un hangar à filets.
Julien claqua la porte derrière lui et s'y adossa, haletant.
Ils restèrent là, dans l'odeur du goudron et des cordages, écoutant les pas passer et s'éloigner vers le port. Le silence revint. La respiration de Julien se calma. Dans le noir, Yann sentit le poids du coffret contre ses côtes.
— Mon père savait, dit Julien d'une voix éteinte. Il m'a donné le locket parce qu'il savait que Kermadec...
Il n'acheva pas.
Yann souleva le coffret. Il avait besoin de lumière, mais pas ici. Pas encore. Une pensée le traversa, froide et précise : la fosse avait été ouverte avant eux. Quelqu'un avait enlevé les corps de leurs cercueils, les avait profanés, et y avait laissé le coffret comme un piège — ou comme un signe.
— Kermadec n'est pas seul, dit-il.
— Qu'est-ce qu'on fait ?
— On découvre ce qu'il y a dans cette boîte.
Dehors, le premier coq chanta. L'aube approchait. Mais il n'y aurait pas de confession, pas de vérité publique. Seulement eux, deux hommes, un coffret volé et les morts d'un siècle qui refusaient d'être laissés en paix.
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