L'Algorithme de la Couronne
Lire le chapitre 18: A Traitor Among Aides
Le couloir de Buckingham Palace sentait la cire et le mensonge. Jonah marchait d'un pas rapide, les deux clés USB dans la poche intérieure de sa veste comme des braises contre sa poitrine. Le roi avait tremblé. Julia Ashworth. Ce nom avait brisé quelque chose derrière ces yeux fatigués. Douze heures. C'était tout ce qui lui restait avant que la promesse royale ne s'évapore dans les méandres de la cour.
Il atteignit la sortie latérale, celle que les conseillers utilisaient pour éviter les photographes. La porte s'ouvrit sur le petit matin londonien, gris et froid.
Et sur quatre hommes en costumes sombres qui l'attendaient.
« Jonah Reed ? »
L'homme qui parlait avait la soixantaine, un visage taillé à la serpe et le regard d'un homme habitué à ce qu'on lui obéisse. Il tenait une carte d'identification noire. MI5. Derrière lui, trois agents plus jeunes formaient un demi-cercle parfait.
« Je suis l'inspecteur général Whitcombe, de la Direction de la sécurité nationale. Vous êtes en état d'arrestation pour haute trahison. »
Jonah cligna des yeux. La phrase n'avait aucun sens. Elle flottait dans l'air comme un avion sans pilote.
« C'est une erreur. J'ai un rendez-vous— »
« Votre rendez-vous est annulé. Vos accréditations NAEOC ont été révoquées à l'aube. Les preuves que vous prétendiez détenir — la mémoire USB, le journal de démarrage — ont été identifiées comme des fabrications. Des contrefaçons numériques conçues pour déstabiliser la Couronne. »
Jonah sentit ses jambes se dérober. Sa main se serra instinctivement sur sa poche.
« Qui a émis cet ordre ? »
Whitcombe sourit. Un sourire mince, sans chaleur.
« L'ordre émane du secrétariat royal. Signé par l'aide de camp senior du Roi. Vous nous suivez, monsieur Reed. Essayez de courir et je vous garantis que cela se terminera mal pour vous. »
L'aide de camp senior. Lequel ? Il avait rencontré trois assistants pendant son audience. L'un d'eux, un homme aux cheveux argentés du nom de Fairbanks, avait paru nerveux quand le roi avait mentionné la liste. Un autre, plus jeune, avait évité son regard. Mais Jonah n'avait pas le temps de jouer aux devinettes. Les mains des agents se refermèrent sur ses bras, fermes mais pas brutales — ils étaient trop professionnels pour ça.
Ils le firent monter dans une berline noire sans fenêtres latérales. L'intérieur sentait le cuir neuf et la désinfection. Jonah s'assit, les mains libres mais les poings serrés sur ses genoux.
« Vous faites une énorme erreur », dit-il. « J'ai des preuves. Le roi lui-même a confirmé— »
« Le roi n'a rien confirmé », coupa Whitcombe depuis le siège avant. Il ne se retourna pas. « Sa Majesté a été informée ce matin que vous étiez un imposteur, un ancien fonctionnaire licencié pour faute professionnelle qui cherchait à se venger en falsifiant des documents d'État. Le roi a exprimé sa profonde déception. Il a personnellement demandé que vous soyez traité selon toute la rigueur de la loi. »
Le sang de Jonah se glaça. Le roi avait signé son arrestation ? Après ce qu'il venait de voir ? Après le tremblement de ses mains à la lecture du nom de Julia Ashworth ?
« C'est impossible. Je l'ai vu. Il sait. Il a vu les noms— »
« Silence. » Whitcombe leva une main. « Vous aurez l'occasion de parler à votre procès. À condition que celui-ci ait lieu avant votre transfert vers une juridiction militaire. »
Une juridiction militaire. Jonah comprit soudain. Ils n'avaient aucune intention de le juger. Ils voulaient le faire disparaître. L'enterrer dans un procès à huis clos où les preuves ne seraient jamais examinées, où la parole d'un « ancien fonctionnaire licencié » ne pèserait rien face à celle de la Couronne.
Mais il n'était pas un ancien fonctionnaire licencié. Qui avait planté cette version ?
La réponse arriva comme un coup de poing dans le ventre. Priya. L'agent des renseignements intérieurs qui avait mené l'« enquête » sur son historique d'audit. Quelqu'un avait signé l'autorisation pour cette enquête. Quelqu'un dans le palais.
L'aide de camp senior.
La berline s'arrêta. Les portes s'ouvrirent sur un bâtiment anonyme, une façade de béton et de verre fumé. Un centre de détention temporaire, sans doute, sous juridiction directe du ministère de l'Intérieur. Jonah fut escorté à travers des couloirs blanchâtres, passé des portes à code, jusqu'à une cellule exiguë équipée d'un lit de camp, d'une table métallique et d'une caméra de surveillance aux reflets rouges.
« Vous resterez ici jusqu'à l'audience préliminaire », dit Whitcombe depuis le seuil. « Quelqu'un viendra vous chercher dans quelques heures. »
La porte se referma avec un bruit définitif.
Jonah compta les secondes. Les minutes. Le silence était total — même le bourdonnement des néons semblait étouffé. Il inspecta la cellule. Pas de fenêtre. Une seule porte blindée. Il s'assit sur le lit, le visage dans les mains.
Il avait échoué. Les preuves étaient dans sa poche — mais il ne pouvait pas les sortir. La caméra le surveillait. Tout geste suspect serait noté, enregistré, utilisé contre lui.
Il resta immobile pendant ce qui sembla une éternité.
Puis la porte s'ouvrit.
Un jeune garde entra, un plateau de nourriture à la main. Il était mince, des cheveux bruns en bataille, l'air d'avoir vingt-cinq ans à peine. Il posa le plateau sur la table et, sans se retourner vers la caméra, murmura une phrase à peine audible :
« Deux minutes. La caméra a un cycle mort entre 03 et 05 heures. »
Jonah leva les yeux. Le garde tourna légèrement la tête, assez pour croiser son regard. Il avait l'air terrifié. Mais ses yeux disaient autre chose.
« Vous êtes Jonah Reed, n'est-ce pas ? L'auditeur NAEOC ? »
« Je suis... » Jonah hésita. « Comment me connaissez-vous ? »
« Mon cousin travaillait à la NAEOC. Il m'a parlé de vous. Il a dit que vous étiez le seul qui essayait de faire les choses correctement. » Le garde jeta un coup d'œil à la caméra. « J'ai vu les ordres. Ce n'est pas vous qui avez trahi. C'est eux. »
« Qui, eux ? »
« L'aide de camp. Holloway. C'est lui qui a signé votre mandat. Il a également ordonné l'enquête sur votre passé, il y a trois mois. J'ai vu les documents avant qu'ils soient classés. »
Seth Holloway. Le nom claqua dans l'esprit de Jonah comme un écho. L'homme aux cheveux argentés qui avait paru nerveux pendant l'audience. L'aide de camp senior du roi. Bien sûr.
« Pourquoi faites-vous cela ? » demanda Jonah. « Vous risquez votre carrière. Votre vie. »
Le garde haussa les épaules avec une tristesse qui semblait bien plus ancienne que son âge. « Parce qu'il faut bien que quelqu'un le fasse. » Il sortit un téléphone de sa poche — un vieux modèle crypté, passa sur l'écran. « J'ai besoin de votre personne de confiance. Pour transmettre un message. »
Jonah hésita une seconde. Gareth. Il n'avait personne d'autre. Le seul homme qui savait tout, qui avait les compétences et la paranoïa nécessaires pour continuer.
Il dicta le message. Court. Sans fioritures. *« Détention MI5. Holloway aide de camp. Les preuves sont sur moi. La caméra a un cycle mort. Il faut agir avant l'audience. »*
Le garde tapota et enfonça plusieurs boutons. Un cri d'erreur silencieux traversa son visage.
« Le signal est verrouillé. Le réseau du bâtiment est chiffré. Je dois sortir du périmètre pour... » Il s'interrompit, regardant la porte. « Si je sors, je ne pourrai pas revenir sans éveiller les soupçons. Je serai grillé. »
Jonah le regarda. Il n'y avait pas de temps pour l'hésitation.
« Envoyez-le. Partez. Si vous restez ici, ils vous trouveront tôt ou tard. »
Le garde acquiesça, une décision prise dans un battement de cils. Il tourna les talons, la porte s'ouvrit, et il disparut dans le couloir blanc.
Jonah resta seul. La caméra rouge clignota — 03 heures. Cycle mort.
Il attrapa une des clés USB dans sa poche et la glissa sous le matelas, plaquée contre le métal du cadre. Si la fouille survenait, c'était une chance infime. Mais il n'avait plus que ces infimes chances.
La caméra rouge se ralluma. Jonah s'assit sur le lit, les mains sur les genoux, le regard tourné vers la porte blindée.
Seth Holloway. L'homme qui avait ordonné l'enquête, qui avait signé son arrestation. L'homme aux accès du palais. Il faisait partie du dispositif. Ou il était lui-même menacé.
Mais une certitude s'installa, froide et définitive, au creux de son ventre : si Holloway avait pu signer un mandat d'arrestation avec l'autorité d'un aide de camp, il avait aussi pu signer autre chose. Il avait pu signer l'activation de REGENT X.
Ou du moins, faire croire que c'était le roi qui l'avait signée.
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